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Préparez Vos Mouchoirs (Bertrand Blier, 1978)


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Désespéré de ne pas voir Solange heureuse, Raoul rencontre Christian, ils forment alors un ménage à trois dont le seul moteur est le bonheur de Solange. Lorsqu'ils encadrent une colonie de vacances, le trio fera la connaissance de Christian, un gamin de 13 ans que Solange prend en affection.

Inimitable cinéma que celui de Bertrant Blier. Recomposant le duo des Valseuses, Blier, sans atteindre les sommets des Valseuses, recevra l'Oscar du meilleur film étranger à l'occasion de ces retrouvailles. Sans doute ces deux là y sont pour beaucoup : Depardieu y est énorme, encore vierge du poids de son mythe, et Deware renversant de naturel (à doorama, on pense qu'il est l'un des plus grands acteurs français, toute générations confondues !).

Très ancré dans son époque, Préparez vos Mouchoirs, touchait un sujet aujourd'hui presque inimaginable, en abordant et montrant la relation entre la délicieuse Carole Laure et le personnage de Christian (13 ans ! l'acteur a un petit rôle dans Polisse). C'est sans doute cette liberté totale de Blier et de l'époque qui illumine le film : sujet, traitement, personnage, rythme et dialogues prennent ici une force et une énergie qui étonne et séduit encore lorsqu'on le revoit aujourd'hui.

Même si la deuxième partie de Préparez vos Mouchoirs s'essouffle et s'éparpille un peu, on retient l'incroyable univers conconcté par Blier et les sublimes dialogues, qui trouvent dans la bouche des acteurs un niveau de qualité étonnant, une vie proche du meilleur Audiard (ah... Mozart !). Les personnages de Blier sont lunaires, poétiques, ils s'affranchissent de la réalité et ne gèrent que leur propre bulle, et lorsqu'ils rencontrent la "vraie vie", ils l'absorbent dans leur monde (comme le voisin, Michel Serrault...).

On peut détester le cinéma de Blier, libertaire et provocateur, mais son style et son langage cinématographique sont immenses. Derrière son coté surréaliste et décalé (frôlant l'absurde), il met en image des sujets fort et il parle de nos petits problèmes quotidien avec un véritable humanisme (au service duquel la provocation sert de puissant révélateur).
Si la ballade décontractée n'avait pas recherché une fin définie à son histoire, l'ivresse du spectateur aurait été totale, et nous aurions à doorama volontiers augmenté notre échelle à 8, tant ce cinéma regorge de vie, de fantaisie et de légèreté. En un mot : Savoureux.


Devil Inside (William Brent Bell, 2011)


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En 1989, au cours d'un exorcisme, une femme tue trois personnes. 20 ans plus tard, sa fille se rend en Italie, où est internée sa mère, afin de réaliser un documentaire et déterminer si sa mère est folle ou possédée. Avec l'aide de deux prêtres elle découvre que sa mère est possédée par quatre démons.


Genre dans le Genre, le faux documentaire ou le "found-footage", a maintenant pas mal de bouteille, et aussi pas mal de rides. Si Canibal Holocaust, Blair Witch ou Paranormal Activity (pour ne citer que les projets de genre) ont  rencontré le succès en jouant avec la réalité et leurs "véritables bandes retrouvées !", il faut bien reconnaître que les réussites sont de plus en plus rares.

Devil Inside cautionne sa "véracité" sur la légendaire discrétion du Vatican autour de l'exorcisme, espérant ainsi créer le trouble sur la provenance des images proposées. Peine perdue, car à force de se heurter aux limites techniques du genre (plans épaules, point de vue du caméraman, hors champ, etc...) et tenter de les détourner, Devil Inside revêt bien vite un aspect bien trop scénarisé pour faire vrai. Et dans ce cas là, autant revoir l'Exosciste de William Friedkin dont la fiction basée sur du vrai est finalement plus crédible et bien plus dérangeante.

Quelques courtes scènes de Devil Inside font sursauter et surprennent le spectateur, mais devant toute la panoplie des recettes connues pour recréer le vrai, l'intérêt se fait rare et l'on a quand même bien du mal à se prêter au jeu et à faire de nouveau semblant d'y croire.

Conventionnel dans son genre, mais pas raté non plus, Devil Inside n'est qu'un exercice inutile de plus, sauf à n'avoir jamais vu de films de cette mouvance, ou à un grand amateur de films d'exorcismes (mais dans ce cas là, on aura déjà vu The Last Exorcism, et on le lui préfèrera bien largement). Ces faux documentaires se heurtent décidément toujours aux mêmes écueils (cf Apollo 18 ou Silent House).

A notre avis, Chronicle mis à part, Grave Encounters est la dernière bonne surprise en date du genre, et doorama en profite pour recommander Rec à ceux qui seraient passés à coté.

Intruders (Juan Carlos Fresnadillo, 2011)


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En Espagne, un petit garçon est confronté à des rêves où un croque-mitaine sans visage essaye de l’attraper. En Angleterre une jeune adolescente fait les mêmes rêves. Mais les rêves vont s'avérer bien plus réels lorsque son père verra lui aussi cet homme sans visage.

Juan Carlos Fresnadillo nous avait séduit à deux reprises déjà, avec Intacto (2003), un intéressant thriller ibérique teinté de fantastique, et le très fun et efficace 28 Semaines plus Tard. Mais avec Intruders, fini le fun et exit l'intérêt.

Basé sur le pitch des peurs enfantines qui prennent forment dans la réalité, la première moitié de Intruders suit la petite musique bien connue du quotidien qui bascule doucement, incident après incident, vers le fantastique. Hyper conventionnelle cette partie ne suscite que peu d'intérêt et le l'on se surprend à attendre la fin avec une grande impatience.

A mi-course Fresnadillo injecte de nouveaux éléments scénaristiques et tente d'orienter son scénario vers des horizons un peu plus consistants. Mais si ces horizons semblent intéressants et prometteurs, nous n'en verrons hélas pas la couleur, et les origines de cette incarnation nocturne ne prendront définitivement pas chez le spectateur. Malgré sa tentative de relever le niveau au dessus du simple film de croque-mitaine, le réalisateur s'embourbe dans un entremêlement d'histoires parallèles et une utilisation du thème du père-enfant, de la transmission, qui ne fonctionne tout simplement pas.

Intruders ennuie, ne surprend pas et, pire encore, ses personnages perdent en crédibilité avec son déroulement. Clive Owen se sort à peine de cette entreprise, la révélation finale s'écroule d'elle même son son propre poids (pourtant pas bien lourd) et les bonnes intentions initiales de son réalisateur se trouvent tant malmenées, qu'elles semblent bien prétentieuses au vu du résultat final.

Quand aux scènes avec le méchant "Sans-Visage", elles ne fonctionneront que pour ceux qui n'ont ni vu Fantômes contre Fantômes, ni la Trilogie des Anneaux. On oubliera donc bien vite Intruders, qui ne laissera pas plus de traces dans nos mémoires qu'une enquête de l'inspecteur Derrick, et on se résignera à attendre sagement la prochaine fournée de son réalisateur, que l'on espère bien supérieure.

Bad Ass (Craig Moss, 2011)


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A Los Angeles, Frank devient un héros local lorsqu'il sauve d'une agression le passager d'un bus. Et lorsque son meilleur ami se fait assassiner, Frank compte bien ne pas laisser ce crime impuni, il va alors découvrir que la mort de son ami est lié à des magouilles entre le maire et un criminel du quartier.

Bad Ass retrouve les fondamentaux du cinéma d'action des années 80, tendance justicier, et à la manière d'un hommage au genre nous livre son scénar type du pépé qui prend les choses en main. Pour son style général, Bad Ass ressemble à Hobo With a Shotgun ou bien encore à Machete, quand à son personnage, on pense bien sur à Eastwood avec son Gran Torino (à la différence qu'ici, c'est juste pour le fun).

Danny Trejo revêt l'uniforme de ce gentil sexagénaire (ex vétéran du vietnam) qui décide d'agir quand la police ne le fait pas. Même si son personnage aux allures de geek attardé (short et banane old school en guise d'emblème) est écrit avec humour, l'évidence saute aux yeux : Danny Trejo est aussi infiniment sympathique et charismatique que mauvais acteur ! Pas grave... : on aime quand même son incomparable gueule !

Bad Ass se construit autour de nombreuses bastons, mais là encore l'évidence s'impose : le rythme n'est pas là, le montage primitif, et Bad Ass se traine, à l'image de son vieux personnage. Bad Ass n'a bien sûr pas d'autre prétention que de pondre une série B estampillée 80's, mais la pauvreté générale du projet, tant scénaristique qu'au niveau de sa réalisation, est loin de convaincre et d'emporter l'adhésion.

On peut voir en Bad Ass un agréable petit film-hommage, mais si agréable soit cette aventure volontairement simplissime et bourrin, et si amusant soit son personnage, il ne propose au final qu'un divertissement puéril et enfantin qui n'est hélas pas sauvé par son second degré (ou plus !).

La médiocrité généralisée plane donc sur Bad Ass ! Néanmoins, Il parvient à dégager un certain capital sympathie, il caresse nos souvenirs d'enfance et, regardé avec un oeil bienveillant, est capable de faire naître un petit parfum de revival nostalgique pas si désagréable que ça. Bad Ass restera donc visible, mais à certaines conditions seulement : appartenir aux fans les plus durs et inconditionnels du genre vigilante, aimer les nanars 80's ou bien être en quête d'un petit plaisir régressif, simple et inoffensif, pour offrir à son cerveaux fatigué !
Bref : mauvais, mais sympa.

Malveillance (Mientras Duermes, Jaume Balaguero, 2011)


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César est un gardien d'immeuble calme, serviable et aimé de tous les locataires. Mais derrière les apparences se cache un homme qui n'hésite pas à nuire aux autres dès qu'il le peut, et tout particulièrement à Clara, une locataire chez dans le lit de laquelle il s'invite à son insu chaque soir...

Balaguero aime les histoires qui font peur, il aime choisir un thème inquiétant et le traficote, l'explore et le presse jusqu'à pouvoir en ressortir ses essences de peur. Nous sommes bien sûr loin du cinéma d'auteur, mais le cinéaste connaît ses classiques, de Hitchcock au pur cinéma de genre...

Malveillance est entièrement conçu pour le spectateur, sans calculs ni prétentions, il ne vise qu'à l'emmener 1h42 durant au coeur d'une histoire dont le seul but est de jouer à se faire peur. Pour réussir son coup, Jaume Balaguero adopte une mise en scène sobre, voire conventionnelle, mais soignée.

Bienvenue donc dans le monde de César, roi du faux semblant, incarnation de l'hypocrisie et de la tromperie. Bienvenue dans la tête d'un homme qui à cause de son incapacité à ressentir le bonheur, développe un machiavélisme sans limites dont le seul but est de gâcher l'insultant bonheur des autres.

Malveillance, même s'il n'évite pas quelques scènes poussives, réussit à installer le malaise et le suspense, il prend même un malin plaisir à dépeindre la cruauté gratuite de son concierge malfaisant, et nous emmène très naturellement dans son univers tordu. Sans jamais toutefois mettre suffisamment mal à l'aise pour réellement effrayer, il construit avec intelligence une inquiétante histoire, de celles propices à faire cauchemarder les enfants. Et c'est cette habile exploitation de ces peurs un peu enfantines qui, transposées dans un univers adulte (et avec un grand sens ludique !), risque bien de vous laisser quelques images dérangeantes après sa vision.  Une petite douceur, quoi !


Rampart (Oren Moverman, 2011)


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En 1999, la bavure d'un flic aux méthodes douteuses met en lumière la corruption de la Police de Los Angeles. Les images de Dave Brown passant à tabac un automobilisme tournent en boucle à la télé, il subit alors les pressions politiques de sa hiérarchie et doit affronter les effets de ce scandale dans sa structure familiale.

Inspiré du fait divers qui éclaboussa la police de Los Angeles, Oren Moverman exploite un scénario travaillé par James Elroy pour mettre en image le chemin de croix d'un flic corrompu.

Rampart, c'est un peu The Shield traité à la Bad lieutnant. Entièrement centré sur le personnage de Woody Harrelson (complètement bluffant dans son interprétation de flic en sursis !), le film dresse " un portrait attachant d'un beau salopard" en pleine "shit storm". Si le personnage est effectivement un ripoux, le spectateur est avant tout confronté à l'impression de son potentiel de violence et de nuisance plutôt qu'à la mise en image de ses actes. Le portrait ainsi dressé s'en trouve plus fin, plus subtil, mais ça ne sera pas suffisant !

Réalisé de la plus belle des manières qu'il soit, avec une esthétique particulièrement réussie (même si certains effets de caméra et certaines scènes interrogent, et que certains plans semblent là juste "pour faire joli"), Rampart ne réussit pas à s'emparer du spectateur. Son traitement en multitudes de petites scènettes, n'arrive pas à trouver son rythme et l'intensité dramatique du scénario peine à s'installer.

Rampart devient alors bien long, et son choix de ne pas tout raconter, de garder certaines zones d'ombres sur ses personnages, se paie bien vite en terme d'intérêt et de force. Sa narration erratique et confuse déstabilise, et la sensation de ratage se confirme avec une utilisation tout aussi confuse des personnages secondaires (pourtant un fort beau casting, Robin Wright en tête).

Woody Harrelson est grandiose, le sujet passionnant, la réalisation soignée et esthétique, et pourtant Rampart échoue à nous intéresser. Peut être victime d'avoir voulu trop bien faire, Rampart tombe dans l'obscur et ne livre au final qu'une succession de pièces hétéroclites, de qualité variable (du très bon au franchement moyen), une sorte de belle mécanique, fine et complexe, mais hélas non fonctionnelle, livrée sans aucun mode d'emploi pour le faire fonctionner. Dommage.

Mon Epouse Favorite (My Favorite Wife, Garson Kanin, 1940)


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Nick Arden vient de se remarier, sept ans après la disparition de sa femme, déclarée décédée dans une expédition à l'autre bout du monde. Mais un jour sa première femme réapparait, et elle est bien décidée à récupérer sa famille et son mari fraichement remarié.

Encore une charmante comédie romantique, comme les américains en avaient le secret à cette période. Mon Epouse Favorite possède tout le charme et l'énergie de ce type de production, et il éprenne efficacement cette joyeuse aventure conjugale, porté par un duo d'acteur (Cary Grant et Irene Dunne) tout aussi charismatique et énergique.

Mon Epouse Favorite suit un développement par chapitres plutôt réussi. Il enrichit régulièrement son pitch en y ajoutant de nouvelles étapes. Ce découpage marqué, relance sans cesse son rythme en enrichissant ses thèmes (la mise en place, le retour, l'annonce, l'autre vérité, la loi, la vengeance, etc...).

Bien que jouant la carte de la légèreté, les thèmes abordés, soigneusement emballés sous l'apparence de la comédie innocente, semblent encore aujourd'hui très "contemporains". Mon Epouse Favorite est bien sur un simple prétexte au divertissement, mais ses ingrédients (comme la bigamie, les aberrations juridiques, la famille recomposée et la relation avec les enfants) donnent une réelle consistance à cette très agréable fantaisie.

Une fois de plus, Cary Grant met son immense talent au service d'un film qui n'a finalement que peu vieillit. Mon Epouse Favorite, même s'il privilégie le comique de situation aux gags visuels et ponctuels, conserve encore tout son rythme et sa fraicheur, il se regarde avec un grand plaisir, même s'il est vrai aussi que sa fin peut apparaître laborieuse. Mais oubliez ce détail, laissez-vous entrainer dans cette excellente comédie et aidez plutôt ce pauvre Nick à résoudre sa quadrature du cercle : "si je veux retrouver mon épouse je dois divorcer de mon épouse... et si mon épouse n'est plus morte, je suis bigame !"

Lady Vengeance (Park Chan-wook, 2005)


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Emprisonnée 13 années pour avoir assassiné un enfant de 5 ans, Gueum-Ja retrouve enfin la liberté. Elle va enfin pouvoir se venger de celui qui l'a envoyé en prison, de celui qui lui a pris 13 années et tant d'autres choses...

Dernier opus de la "trilogie de la vengeance", Lady Vengeance succède à l'atypique Sympathy for Mr. Veangeance (2003) et au surpuissant Old Boy (2004) !

De nouveau Park décortique, dissèque presque, les mécanismes de la vengeance, la justifiant par une situation initiale brutale et injuste, et lui apportant en réponse une action plus brutale encore, le mal appelant le mal. Et lorsque le mal initial est incarné par Min-sik Choi (J'ai rencontré le diable et Old Boy), on dit "encore !")

Une fois de plus, Park brouille les repères et joue avec le spectateur, il fait basculer ses personnages d'un coté puis de l'autre de la ligne, et nous fait hésiter entre compassion et répulsion. Pour ce jeu là, Lady Vengeance déploie une réalisation virtuose et inspirée, sa mise en scène baroque et stylisée servent un scenario diabolique qui distille la vérité à coup de flashbacks maitrisés. Tant pour le fond que pour la forme Park soigne chaque détail de son film, que ce soit  l'image, l'ambiance, le rythme ou la musique, chacun de ses choix fait mouche.

Lady Vengeance prend quelquefois des allures excessives, lyriques, il fonce tête baisée vers son objectif sans se soucier des conventions ou de la morale. Comme sa belle vengeresse, il est jusqu'auboutiste, obsessionnel... C'est cette énergie permanente, sa stylisation presque poussive, mais jamais gratuite ou inutile, qui pourra paradoxalement déplaire dans Lady Vengeance.


Lady Vengeance a ce coté "rock'n roll" ou "Tarantino" qui flirte sans cesse avec les limites, mais si on accepte ses choix, alors il livre ses trésors : créativité, force, fulgurance, poésie morbide, violence et sens de l'image sont bien présents ici, au service d'un film d'auteur déguisé en série B, à moins que cela ne soit l'inverse... Qu'importe ! Quelque soit la nature de cet objet cinématographique, il y a de l'Excellence et de l'Excellent dans ce cinéma coréen. On n'arrête pas de vous le dire.
  

NDLR : Lady Vengeance redonne par ailleurs fortement envie de voir La Femme Scorpion, on avait juste envie de partager cette envie avec vous.

Panique A l'Hotel (Room Service, William A. Seiter, 1938)


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Un producteur sans argent et sa troupe de théâtre cherchent à lever  des fonds auprès d'un riche commanditaire. Installés dans un hôtel, ils doivent faire face au gérant de celui-ci qui, voyant la note impayée augmenter, veut les expulser. Face à cette menace la troupe va développer tout un arsenal de combines et d'arrangements pour éviter l'expulsion et sauver le spectacle.

Les Marx Brothers sont à part parmi les grandes figures comiques américaines : jeux de mots, humour au second degré (quelquefois troisième degré) et usage d'un certain non-sens, voire de l'absurde, plutôt atypiques à cette période... S'ils ont laissé des trésors de créativité au rythme fou (La Soupe Au Canard), Panique à l’Hôtel ne fait hélas pas partie de leurs meilleurs moments.

Ce qui fait la spécificité de leur humour cède ici la place à un comique plus conventionnel, celui du théâtre comique de Broadway d'alors. Panique à l'Hôtel peine à laisser leur folie créatrice s'exprimer et le rythme du film n'atteint jamais le quart de l'énergie qu'ils sont capables de générer.

Panique à l'Hôtel ne décolle donc pas de la simple comédie de boulevard, et si sympathiques que puissent être les aventures de cette joyeuse troupe, roublarde et prête à tout pour sauver leur spectacle, il ne rencontre à aucun moment le génie des Marx Brothers.

Cette "absence" relative du comique des Marx ne laisse aujourd'hui à Panique à l'Hôtel que de rares moments réussis. On retiendra cependant ce qu'il conviendra d'appeler la séquence de la "dinde volante" ou bien encore celle de la veillée funéraire. Sorti de cela, il se regarde aujourd'hui sans grand enthousiasme.

Plein Soleil (René Clément, 1960)


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Philippe Greenleaf est un oisif fortuné qui passe le temps en Italie avec sa fiancée Marge. Tom Ripley, lui, est chargé par le père de Philippe de le faire retourner aux Etats-Unis, mais en attendant il fait office d'assistant personnel de Philippe qui le méprise souvent. Tom entreprend alors de faire disparaitre Philippe afin de prendre sa place.

Aura solaire pour ce thriller psychologique bénéficiant d'un Delon au sommet de son charme et de son talent. René Clément met en image ce drame de l'envie et de la convoitise en choisissant le soleil de l'Italie comme témoin.

Plein Soleil se construit autour d'un crime, mais ce n'est pas tant sa résolution que les motivations de son auteur dont il est ici question. Le film dresse le portrait d'un tueur calculateur, mu par la convoitise et dont la passage à l'acte trouve ses origines dans la frustration. Delon envahi littéralement l'écran en donnant chair à cet homme décidé à s'offrir une nouvelle vie, il l'incarne si justement que le spectateur excuserait presque son acte. C'est cette inversion des rôles, puisque c'est la victime qui devient presque "coupable" dans Plein Soleil (Mairice Ronet absolument impérial), qui donne au film ce caractère trouble et fascinant.

Plein Soleil, subtilement, désoriente. Il agît sur le spectateur comme un soleil de plomb à midi ! Il l'entoure complètement, le submerge, et comme une insolation, lui donne la fièvre, trouble son jugement. Ce n'est qu'à la fin de Plein Soleil que la fièvre retombe, que le spectateur s'aperçoit qu'il s'est aventuré trop loin avec Tom Ripley.

René Clément signait avec Plein Soleil un thriller psychologique particulièrement fin et subtil, en jouant habillement sur le rythme, et en distillant habilement les clés de ses personnages. Tranquilement et avec nonchalance, il installe une ambiguïté et une tension des plus réussies qui font de lui un film noir à l'européenne : un film noir "méditerranéen".

La nouvelle de Patricia Highsmith dont il est tiré, "Mr. Ripley", fut réadaptée en 1999 par Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law : Le Talentueux Mr. Ripley... 



La Guerre Est Déclarée (Valérie Donzelli, 2011)


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Roméo et Juliette est un couple destiné au bonheur parfait. Mais l'harmonie disparait lorsque une tumeur du cerveau est diagnostiquée surAdam, leur fils de 2 ans. Ensemble, ils affrontent le cauchemar de tout parents.

La Guerre est Déclarée, appuyé du caractère autobiographique de son histoire, ne laisse aucune chance au spectateur, celui-ci s'immerge et vit intensément cette puissante histoire de courage.

Son sujet pesant, traité avec fantaisie, légèreté parfois, évite adroitement le pathos et la grosse artillerie du mélo désespéré. Toute la force de La Guerre est Déclarée réside dans l'énergie positive qu'il dégage à chaque événement dramatique, il revêt alors l'apparence d'un hymne à la vie, fort et exaltant, et fait ressentir une vigueur jubilatoire.

La seule réserve qu'il soulève est dans le style qu'il propose. Alternant la fantaisie, force de vie, et le drame de la maladie dans une succession de scènes au style hétérogène, il passe d'indéniable moments de grâce (le verdict médical sur fond de Vivaldi !) à des passages plus décalés (la chanson) ou encore à d'autres presque chorégraphiés à la Lelouch. Si l'intention est claire et plutôt bien vue, cette illustration des hauts et des bas de la vie rate certaines de ses articulations, et si elle surprend, elle n'évite pas des "débrayages" brutaux chez le spectateur.

On pourra aussi regretter le jeu parfois artificiel de Jérémie Elkaïm (alors qu'il a vécu avec Valérie Donzelli le drame à la base de ce film) et certains dialogues un peu faibles, peut être victimes d'une trop grande envie de faire naturel et authentique. Malgré ces réserves, le couple qu'ils forment à l'écran est rayonnant, il force la sympathie et la compassion, on a envie de les aimer, les prendre dans ses bras et les soutenir. 

La Guerre Est Déclarée est avant tout un beau film, fort et émouvant, mais ses choix de réalisation, peut être un peu bobo, risquent de ne pas survivre à l'évolution de l'air du temps. Ne restera alors que la force de son  histoire, et c'est déjà énorme.


Piégée (Haywire, Steven Soderbergh, 2012)


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Mallory Kane travaille pour le gouvernement. Trahie par sa hiérarchie après une mission à Barcelone, elle est contrainte de fuir. Mallory mettra tout en oeuvre pour comprendre les raisons de cette situation et se venger.

Superbe casting pour ce Sodergergh étonnant, malgré son scénario dénué d'originalité. Ewan McGregor et Michael Fassbender, entre autres, donnent la réplique et les coups à une personnalité du free fight : la puissante Gina Carano.

Alors qu'Haywire n'aurait dû être qu'une série B ordinaire, dans les mains de son réalisateur, il devient un objet d'expérimentation. Remplissant ses fonction de divertissement efficace, Soderbergh prend le parti d'inverser le rythme habituel des films d'espionnage en décalant le rythme de son film sur toutes les séquences qui ne sont pas d'action (aidé pour celà par la cool BO de David Holmes !).

Haywire devient alors cool et décontracté, à la manière d'un Ocean 11, mais devient silencieux et réaliste lors de ses hallucinantes séquences de combat, qui dénuées de toute musique et de montage excessif, dégagent une intensité rare. Exploitant le potentiel de son athlète féminine, il dépouille les combats de leurs artifices cinématographiques pour ne retenir qu'une efficacité destructrice et définitivement létale ! 

Avec Haywire, Soderbergh opte pour une structure non linéaire de son récit, comme s'il s'ennuyait dans un cinéma trop calibré, il expérimente des rythmes différents et injecte régulièrement des moment plus atmosphériques. Bien que déjà vu, le sujet de Haywire est ici traité avec une volonté de tout les instants de s'éloigner des codes du blockbuster tout en préservant sa dimension de "simple divertissement".

C'est le traitement particulier de sa réalisation qui fait de Haywire un très agréable moment, il permet de s'immerger dans un univers très Jason Bourne sans en ressentir la comparaison. S'il peut déconcerter par son rythme très personnel, Haywire est tout à fait réussi dans son genre, il fait parti de ces films qui surclassent leur catégorie initiale, surprennent, voire même stimulent. Un plaisir faussement simple...