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We Need To Talk About Kevin (Lynne Ramsay, 2010)


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Eva est une mère brisée. Elle passe en revue ses relations catastrophiques avec son fils Kevin, s'interroge sur l'amour qu'ils partagent, et sur sa responsabilité dans un drame qui la marquera à jamais.

Si la forme éclatée du film de Lynne Ramay peut au début déconcerter le spectateur, elle lui permet aussi d'accepter plus "naturellement" cette terrible description des rapport entre une mère et son fils, rapport de haine (?) et de défiance, qu'il aurait peut être refusé autrement.

We Need To Talk About Kevin aborde avec tact, intelligence, mais aussi avec une grande cruauté psychologique, cette histoire d'anti-amour maternel. Sa réalisation en flash-backs donne force et justesse à cette dissection de la souffrance maternelle. En digne pendant parental de Eléphant, We Need To Talk About Kevin s'attaque à la psychologie du fait-divers qui choque, et non à la violence de son résultat, et lui adjoint un judicieux traitement à la limite du fantastique. Il dresse un portrait diabolique (maléfique !) et dérangeant d'un Kevin ordinaire, et parvient à transformer le quotidien de cette mère en antichambre de l'horreur (horreur qui sera révélée, mais judicieusement non expliquée au spectateur, lors du puissant dénouement du film).

Tilda Swinton, en mère honteuse de ne pas aimer son propre fils, parachève la justesse et la pertinence du point de vue féminin du film de Lynne Ramsay. Avec la force et la froideur du cinéma de Haneke, We Need To Talk About Kevin emmène le spectateur dans une réflexion sur l'amour filiale, ou plus précisément sur le tabou de son absence.

Puissant, inquiétant, dérangeant et superbement construit, We Need To Talk About Kevin trouble le spectateur en lui proposant le cauchemar de toute mère. C'est un film d'horreur sans portes qui claquent, sans suspense (la découverte du drame final n'est pas son enjeux) ni aucune goutte de sang (du sang, Ramsay ne retiendra que le pouvoir d'évocation de sa couleur). We Need to Talk About Kevin fait froid dans le dos, son sujet glace, sa forme séduit, cette immersion dans ce double drame (un pour la mère, l'autre pour le fils) fascine autant qu'il passionne.

Un tel sujet aurait pu (aurait normalement dû ?) donner un simple films fantastique ou un pur thriller, Lynne Ramsay l'a transformé, en ses mains orfèvres, en un redoutable face à face, silencieux, implacable, à l'efficacité quasi imparable. Une approche troublante, impressionnante et inspirée.  


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