Accueil

Shogun's Sadism (Ushiaki No Kei, Yuji Makiguchi, 1975)


tags | , , , , , ,

0 comments

Deux histoires : 1) Dans l'ère Tokugawa, le shogun traque les chrétiens et leur inflige de terribles tortures. Il apprend que l'un de ses samouraïs à pour femme une chrétienne. 2) Dans l'ère Edo, un homme devient l'employé d'un bordel. Devant la brutalité du lieu, il s'enfuit avec une geisha.

Dans les années 70, le cinéma d'exploitation japonais produisait à la chaine des films centrés sur la violence ou le sexe (les "pink" movies). Shogun's Sadism surfe donc sur cette vague en proposant deux histoires, purs prétextes à montrer une tortures gores et des corps féminins nus, le tout avec le moins de limites possibles et avec la plus grande gratuité.

Shogun's Sadism (dans son genre !) s'avère plutôt "raffiné" et souvent "original" dans la recherche de l'extrême (un homme cuit dans un four en forme de Tanuki -genre de blaireau- ou une femme écartelée par des taureaux !), mais cette imagination débordante est vite annihilée par la pauvreté technique et artistique de l'ensemble. Ce cinéma bis ne présente que bien peu d'intérêt, si ce n'est les reflets qu'il renvoie de l'industrie cinématographique de l'époque.

Enchaînant viols et tortures aussi naturellement que Superman porte une cape pour voler (curieuse image...), Shogun's Sadism est finalement bien inoffensif. Sorte de grand-guignol gore à la Herschell Gordon Lewis (2000 maniacs) (du steak et du faux sang sur des acteurs qui simulent mal la douleur...), sa surenchère poussive de sadisme gratuit est aussi loin de toute utilité scénaristique que d'installer un quelconque malaise. De malsain, Shogun's Sadism n'a que son idée de base (montrer du crade), sa forme finale relève du divertissement d'horreur au premier degré, finalement assez rigolo. Bref, ce n'est ni Salo, ni La Dernière Maison sur La Gauche !  .

Shogun's Sadism est un "cinéma de quartier" complaisant et qui prête à sourire, c'est un film qui bien que laid et inutile (et pour peu que "série Z", "ciné-bis" ou "exploitation" attire votre oreille), tiendra toutes ses promesses. Shogun Sadism est un ciné débridé, racoleur, voyeur (bien que ses "flouttés" frustreront les plus coquins d'entre vous...), fun et créatif, c'est un peu un film d'enfant qui ne serait destiné qu'aux adultes, c'est aussi un témoin de son époque qui ravira les amateurs de perles baroques un peu oubliées... Inutile mais tellement indispensable !

Guilty of Romance (Koi no Tsumi - Sion Sono, 2011)


tags | , , , , , , , , ,

0 comments

Des morceaux d'un corps féminin sont découverts dans le quartier des Love Hotels de Tokyo... Izumi est une femme au foyer, sage est rangée, qui va découvrir sa sexualité, et tomber dans à la prostitution... Mitsuko, professeur à la fac le jour et prostituée la nuit, sera celle qui guidera Izumi de plus en plus loin dans ce quartier trouble... Trop loin ?

Avec Guilty of Romance, Sion Sono termine sa "trilogie de la famille" (après Love Exposure et la passionnant et étonnant Cold Fish), mais il est davantage connu pour son Suicide Club. Son cinéma très libre et provocant, excessif et riche, revêt ici des allures très "punk-underground" et s'accompagne surtout d'une avalanche de sexe nimbée dans une violence omniprésente (peu visuelle, à l'exception de la scène de crime qui ouvre le film, mais présente jusque dans le quotidien tranquille et bourgeois d'Izumi).

Si Cold Fish apparait comme barré, complaisant  et jusqu'auboutiste (sa sexualité impudiquement et largement étalée aux yeux du spectateur, son hystérie croissante, ses couleurs agressives...), il demeure pourtant plus proche du cinéma d'auteur que de la série B choc. Sion Sono manie la violence des situations et ses tableaux dérangeants loin de toute volonté de gratuité. Bien au contraire, il les utilise comme de véritables révélateurs des parcours intérieurs de ses personnages. Les femmes de Guilty of Romance sont frustrées et blessées, la frénésie des images ne fait qu'exprimer l'intensité de leurs blessures, leur sexualité débridée est l'exutoire de leurs frustrations profondes (jusqu'à l'oedipe selon Sono !).

Guilty Of Romance, c'est un peu Belle de Jour (version No-Future) avec un zeste de Doom Generation... S'il peut largement déconcerter, voire perdre complètement le spectateur (ses excès, sa relative lenteur, sa structure en chapitre qui casse son rythme) , il n'en demeure pas moins un bel objet cinématographique, aussi stimulant que radical. Comme Cold Fish ou Audition, son début lent et routinier (intro mise à part) vous emmène irrémédiablement vers un drame tourmenté, véritable bouillon de culture de souffrances (une structure très prisée du cinéma asiatique finalement).

Imparfait à bien des égards, Guilty Of Romance fascine pourtant par sa liberté totale de ton et son audace. On a du mal à classer ce film qui ne ressemble à rien, qui ne cesse d'exhiber et de s'exhiber derrière des allures provocantes. En revanche, on identifie parfaitement le plaisir qu'il procure : et celui-ci n'est pas que du qu'à la splendide plastique de son héroïne (quelle poitrine !), mais bel et bien de l'immense talent (peut être maladroitement canalisé) de son brillant et passionnant réalisateur.
Guilty of Romance est un acide cinématographique à essayer !

Verbo (Lost Destination - Eduardo Chapero-Jackson, 2011)


tags | , , , , , ,

1 comment

Dans une ville d'Espagne un peu déshumanisée, une jeune fille renfermée sur elle même a du mal a trouver sa place dans sa famille et la société. Fascinée par les tags de Lyriko, leur interprétation tourne presque à l'obsession. Lorsque elle décide de mettre fin à ses jours, Lyrico vient à elle dans univers imaginaire.

L'exploration de l'univers de l'enfance ou de l'adolescence, de leurs souffrances, leur sensibilité, peut donner les meilleures choses (Le Labyrinthe de Pan pour la vision enfantine du monde adulte, Colorful pour son approche du suicide...), mais aussi les pires, comme le démontre brillamment ce Verbo, nouvelle approche ibérique de ce thème.


Le réalisateur avait pourtant visé haut en choisissant d'aborder le suicide et le mal-être par le biais d'un monde imaginaire (où se déroule le combat de l'héroïne pour surmonter la dureté de la société) et en lui appliquant un traitement non dénué de volonté poétique. Mais peine perdue ! Pourtant ambitieux, Verbo s'enlise dans un rythme calamiteux et une utilisation des codes ados proche du caricatural (look skateurs ténébreux, entre le cyber punk de Matrix et le gothic-samouraï tendance Emo...).

Caché derrière un symbolisme faussement travaillé, Verbo échoue à communiquer le mal-être de son héroïne (la jeune Alba Garcia aura pourtant livré une interprétation juste et fragile de son personnage) et se heurte régulièrement au ridicule, en proposant un monde imaginaire factice, superficiel et fort peu inspiré (les jeunes aiment le rap, Matrix et les jeux vidéos...). Verbo aurait pu se limiter à un film inabouti, victime de quelques maladresses, mais tant de fausses idées, infligées avec tant de prétention (l'alibi culturel Don Quichotte, le message de la beauté...) au spectateur, ne parviennent au final qu'à le faire trébucher de plus haut.

A la manière d'un Sucker Punch (raté, selon nous), Verbo tente vainement de mettre en image les fragilités de nos teens, son utilisation de codes puéril ne parvient pas à rendre crédible une problématique pourtant riche et passionnante (Le Labyrinthe de Pan, lui, y parvenait). Verbo dégage, malgré une ambition initiale certaine, le parfum du "bon coup" calculé, il semble transpirer d'une envie de devenir le film emblématique d'une génération incomprise. Hélas, devant tant de sincérité feinte, tant de maquillages artificiels (les parties animées) et de représentations creuses et usées, Verbo irrite profondément et ennuie rapidement (à moins que ça ne soit l'inverse...).

A la rédaction, nous avons vécu ce Verbo comme une tentative d'escroquerie intellectuelle, mais malgré nos recherches, il ne semble pas possible de porter plainte contre ce genre de faits !


On The Ice (Andrew Okpeaha MacLean, 2011)


tags | , , , , , , ,

0 comments

Dans la petite ville d'Alaska où vivent Qalli, James et Aivaaq, il y a peu de choses à faire et la vie s'écoule doucement. Lors d'une virée pour chasser le phoque, une dispute s'engage et James est tué par accident. Qalli et Aivaaq décident de faire disparaitre le corps, alors que le village entame des recherches...

Plus qu'un thriller, comme le suggère son affiche, On The Ice est avant tout un drame simple et sobre en provenance directe d'Alaska (si rare qu'il fallait le signaler !).

Débutant comme une chronique sociale d'une micro société isolée et se poursuivant sur une pseudo enquête, cette dispute qui tourne mal (et les mauvaises décision des personnages qui s'ensuivent) oriente le film vers le thème de la culpabilité et du mensonge. A des années lumières du film à rebondissement, On The Ice joue la carte de l'intimiste. Dans la petite communauté soudée de cette ville isolée, il est aussi difficile de cacher la vérité que de faire disparaitre un corps au milieu d'un grand nord qui fige et conserve tout...

Le film d'Andrew Okpeaha MacLean est silencieux, resserré sur cette amitié malmenée par le tragique accident. On The Ice installe un climat pesant, il exploite à merveille l'isolement et le dépouillement du paysage désertique dans lequel il se déroule. Pour ainsi dire au milieu de nulle part, ses personnages ne peuvent se cacher, ils sont alors condamnés à voir leurs actes exposés et la vérité éclater.

Atypique, tendu et comme suspendu par le froid, On the Ice est un drame lent et douloureux. Le dénuement dans lequel le drame se forme, n'est pas sans rappeler l'ambiance et le désespoir d'un Winter Bone (mais sans sa dimension sociale). Loin des clichés et des enquêtes criminelles basées sur le suspense, le film propose une intrigue minimaliste, peuplée de personnages fragiles et terriblement attachants. On the Ice n'est ni trépidant, ni exagérément excitant, mais il est une intéressante alternative à la fureur habituelle des thrillers grand public, hors des sentiers battus, comme figée dans le froid, .

Projet X (Nima Nourizadeh 2012)


tags | , , , , , ,

0 comments

Thomas, Costa, JB et Dax, quatre ados "anonymes" dans leur lycée, veulent eux aussi accéder à la reconnaissances et aux "bombes" qui vont avec. Profitant de l'absence des parent de Thomas, Costa prend en main l'organisation de l'anniversaire de Thomas : la fête va rencontrer un tel succès qu'elle va vite devenir incontrôlable...

Comment Doorama peut-il décerner un généreux 7 à ce Projet X ? Car il est vrai que Projet X repose non seulement sur un maigre prétexte, mais il ajoute à celui-ci une forme abusivement tendance et propose des personnages aussi riches qu'un statut Facebook ! Oui, Projet X n'est pas un bon film, mais c'est avant tout le teen-movie le plus con et sympathique de l'année :-) (waow ! "djeuns" le smiley !)

Projet X nous parait donc plutôt réussi, sinon au moins parfaitement jouissif dans le cas d'un visionnage unique et jetable ! Il rappelle un Risky Business (la fête interdite) ou un Super Grave (le portrait de ces ados), tout en s'adaptant à l'air du temps. Tout est effectivement superficiel et instantané dans ce Projet X, mais du coup le film colle et décrit parfaitement les fantasmes et aspirations de nos jeunes : Gloire instantanée & Jouir de tout est un droit sans passer par la case mérite. Son portrait (volontairement grossi et caricatural) des jeunes fonctionne finalement très bien, et s'accompagne par ailleurs de quelques personnages de second plan particulièrement savoureux (le nain casse-couille, le service de sécurité pré pubère...)

Ensuite Projet X propose effectivement LA fête ultime, le pire cauchemar de nos géniteurs, il condense en une seule fête nos pires souvenirs de jeunesse (et croyez-nous, on en a à Doorama) et pousse encore le curseur... Les filles, les mecs bourrés, les conneries, les accidents, les parents absents, les excès, les expérimentations douteuses (le chien qui vole) : Projet X réussit à créer son patchwork, entre fantasmes et souvenirs, de manière ludique et rythmée. Bien que son coté found-footage n'apporte strictement rien au scénario, ses plans épaule (pour beaucoup tournés par les 'vrais' figurants qui festoyaient sur le tournage) parviennent à crédibiliser efficacement son coté camera embarquée dans la fête...  

Vous l'aurez compris, si mineur soit-il, Projet X parvient exactement là où son réalisateur le souhaitait. Ses choix techniques comme artistiques (?) fonctionnent particulièrement bien et fabriquent au final ce portrait complètement gratuit, immoral, jouissif et excessif d'une "birthday party d'un teen ricain ordinaire". Si Projet X est effectivement calibré pour séduire la "génération facebook", ses ficelles restent discrètes, et sa légèreté débilitante joue à fond en sa faveur.
Curieusement, Projet X est un film solide et cohérent construit sur un grand "rien", un pur teen-movies assumé bien au dessus des standards habituels qui, dans son genre, atteint tout ses objectifs. Un péché-mignon aussi savoureux qu'éphémère, un ride aussi fun et excessif que la légèreté de son sujet... On aime régresser à Doorama !

Alien, le 8ème Passager (Ridley Scott, 1979)


tags | , , , , , ,

0 comments

Le vaisseau Nostromo interrompt son retour sur terre en raison d'un signal en provenance d'une planète. L'équipe va à la source de celui-ci, et y découvre une forme de vie qui attaque l'un des leurs. De retour au vaisseau, ils découvrent qu'ils ont ramené de leur mission une redoutable créature qui s'apprête à les décimer tous.

Après un premier film visuellement splendide (Duellistes), Ridley Scott renouvelle la performance en signant avec Alien ce qui fait maintenant partie des chefs d'oeuvres du cinéma de SF. Aujourd'hui encore Alien fascine par la force de son univers visuel (la biomécanique imaginée par H.R. Giger) et par sa conception même.

Proposant un univers de SF à la fois sobre, sale et fonctionnel (très différents de ce qu'on voyait alors sur les écrans), Alien mélange le film d'horreur à la science-fiction pour créer au final un oppressant huis-clos au suspense redoutablement efficace. C'est cette peur, méticuleusement élaborée par Ridley Scott (avec son scénariste Dan O'Bannon), qui confère à Alien son impressionnante efficacité : une implacable chasse à l'homme dans un lieu fermé, un survival claustrophobique !

Des décors hallucinants, une créature aussi redoutable que mystérieuse (tout l'art de Scott est d'entretenir l'imagination  du spectateur en montrant le moins possible de sa créature), un androïde inquiétant, une femme en héros principale (Sigourney Weaver), une tension crescendo, une confrontation finale dantesque (mais en mode mineur, comme "au ralenti") : Alien s'est rapidement imposé comme un modèle du genre, une réussite artistique majeure et un succès critique et publique sans faille, le propulsant presque immédiatement parmi les chefs-d'oeuvre du genre.

De très légères rides apparaissent aujourd'hui sur ce bel objet de Cinéma longtemps immaculé, mais l'intelligence de sa conception et de ses choix (réalisation, esthétiques, artistiques et scénaristiques...) ne cessent de rappeler que Alien est une réussite totale et rare. Celle d'un réalisateur qui ne semble jamais se contenter des codes établis par d'autres et de celles que même les plus hermétiques au genre se doivent de découvrir. Scott a revisité l'univers d'Alien, mais avec bien moins de réussite toutefois, en réalisant Prometheus, plus de 30 ans après.

Prometheus (Ridley Scott, 2012)


tags | , , , , , , , ,

0 comments

En 2089, une expédition envoie des scientifiques sur une lointaine planète où se trouve peut être les explications de l'origine de l'homme. La planète recèle effectivement une forme de vie, mais est elle à la base de notre existence ou bien une menace pour notre survie ?

33 ans après Alien, et 30 ans après Blade Runner, Ridley Scott renoue avec la SF et retrouve pour l'occasion l'univers qu'il avait créé avec Dan O'Bannon et Giger. Prometheus, bien que reprenant tout l'univers de Alien n'est pas, comme initialement prévu, un préquel à son film de 1979, mais plutôt un spin-off de la série.

Des constructions extra-terrestres, des "navigateurs", une forme de vie parasite, un visuel soigné et un scénario travaillé (bien que loin d'être convaincant) permettent à Prometheus d'être (comme bien souvent avec Scott) un film réussi, dont la vision s'avère particulièrement agréable (ne serait-ce que pour sa conception même de la science-fiction, sobre, réfléchie et adulte). Excellent divertissement de haute qualité, Prometheus ne souffre finalement que d'une chose : son ancêtre de 1979 !

Pris seul, Prometheus tient toutes ses promesses en proposant un film soigné et un scénario ambitieux (même si... mais bon !). Il captive du début à la fin, entretient un climat tendu et construit un rythme croissant sans erreurs majeures. Pris dans son déroulement, on oublie vite ses excès (la récupération de l'opération) comme ses faiblesses (la carte spatiale des navigateurs) pour jouir d'un spectacle globalement réussi. Mais hélas, l'ombre d'Alien plane, et il est bien difficile (voire impossible) d'en faire abstraction, puisqu'elle agit comme un verre grossissant sur les points faibles (pourtant pas bien méchants) de Prometheus. Cet effet-loupe nuit à Prometheus, mettant bien plus en avant ses boursoufflures que ses qualités, pourtant nombreuses et indéniables.

Ridley Scott n'a pas réussi à livrer son troisième chef d'oeuvre de science-fiction (deux sur trois est déjà un excellent score, non ?), mais il demeure ce touche-à-tout de talent, capable de ressusciter le péplum et renouveler la SF, à l'aise dans la grande Histoire (Kingdom Of Heaven, Duellistes) comme dans l'intimiste (Les Associés, Thelma et Louise). En bientôt 40 ans de carrière, il est parvenu à livrer une filmographie impressionnante, presque exempte de tâche (GI Jane ?), dont le souci permanent semble être le spectateur. Prometheus n'est certes pas le grand film que l'on attendait, ce n'est pas non plus ce précieux fruit d'un Auteur (grand A), mais c'est celui d'un cinéaste appliqué et exigeant, dont la qualité se voit à l'écran, et dont le plaisir qu'il procure ne fait aucun doute !


Meurtre par Decret (Murder by Decree, Bob Clark, 1979)


tags | , , , , ,

0 comments

A Whitechapel des meurtres sanglants sont perpétrés par celui que l'histoire retiendra sous le nom de Jack l'Eventreur. Devant une police incapable de faire avancer l'enquête, des citoyens demandent au célèbre détective Sherlock Holmes d'enquêter...

Casting de prestige pour cette fausse adaptation de Sherlock Holmes (puisque Conan Doyle n'a jamais confronté son héros à l'éventreur...) réalisée par Bob Clark (Black Christmas).

Il faudra se contenter de la très bonne ambiance victorienne (bien qu'un peu cheap) pour vibrer sur cette aventure de  Sherlock Holmes, car davantage attentive à la construction d'un Holmes crédible (violon, pipe, caractère, etc...) qu'à entretenir un véritable suspense, le film de Clark peine à exciter notre curiosité et notre intérêt. Comme à son habitude, Holmes à une longueur d'avance sur tout le monde à assembler les morceaux du puzzle, tellement même que tout  mystère disparait de cette énigme avant même que le spectateur ne s’approprie les indices, ôtant ainsi tout aspect ludique à cette enquête.

Christopher Plummer et James Mason donnent une incarnation peu dynamique du duo Holmes-Watson, ne proposant au spectateur qu'un Holmes avare d'explications et un Watson, exagérément passif, peu curieux de les entendre. Quant aux meurtres de Whitechapel, ils ne semblent être présents que pour assurer le caractère horrifique sensé vendre le projet.

Orienté vers la version d'une implication du gouvernement britannique dans ces fameux événements (comme From Hell), Meurtre par Décret peine à assembler de manière excitante et intéressante tous ses éléments scénaristiques. D'un matériel propice à une aventure trépidante et inquiétante, Bob Clark n'a tiré qu'une enquête molle et convenue, comme incapable de créer toute intensité et d'appliquer un quelconque rythme à son film.

Paradoxalement, et en dépit de toutes ses lourdes faiblesses, Meurtre Par Décret dégage pourtant un charme certain. Entre son sujet propre à faire galoper l'imagination et ses décors de studio embrumés (pour masquer leur petitesse...), il reconstitue avec soin le contexte historique de l'Angleterre victorienne et propose un Sherlock Holmes tout à fait crédible et fidèle à l'esprit de Doyle (faute d'être aussi beau, tonique et ludique que Le Chien Des Baskerville de Terence Fisher !).

Bien que trop mou et "raté" sur bien des aspects, Meurtre Par Décret est fidèle à l'esprit de Sherlock Holmes, et cette fidélité "respectueuse" s'avère davantage payante pour notre imagination que les artifices visuels du Sherlock Holmes de Guy Ritchie.
 

Thor (Kenneth Branagh, 2011)


tags | , , , , ,

2 comments

Thor, le fils d'Odin, est exilé de son monde, le royaume d'Asgard, pour avoir cherché la guerre... Envoyé sur Terre, il perds tous ses pouvoirs, alors que son monde cours un grand péril.

Kenneth Branagh est aux commande de cette nouvelle adaptation Marvel. Thor, comme la plupart des films de super-héros ce cette écurie là, balance donc son avalanche d'effets spéciaux autour du cahier des charges habituels (origines, bastons, problèmes, bastons et "un super-héros est né"), accompagne ici d'un casting "grand luxe" (Anthony Hopkins plus cabotin et ridicule que jamais !).

Pourquoi Branagh pour ce blockbuster hyper conventionnel,  autant "regardable" qu'indigeste ? L'histoire ne le dira pas. On retiendra en revanche le coté calibré à l'extrême du film et un curieux penchant pour des plans penchés, et si Brannagh a été pris pour mettre en avant la dramaturgie shakespearienne de l'exil de Thor, alors il faudra attendre sa suite pour le voir.

En attendant, Thor s'avère finalement davantage puéril qu'ennuyeux. Ses défauts viennent principalement de l'adaptation d'un monde BD aux exigences (différentes !) de celui du cinéma. Il faudra donc accepter, pour apprécier Thor, la représentation proche du ridicule du monde d'Asgard (sorte de mix maladroit  entre le kitsch d'un Flash Gordon version 80 et la sérénité bucolique des cités de La Menace Fantôme...) et affronter la banalité de son traitement (même si Branagh injecte un humour salvateur au milieu de cet océan de déja vu).

A dire vrai, on s'amuse quand même à regarder Thor (le duel sur terre avec le titan de métal nous a beaucoup plu !), mais on s'interroge sur son traitement très premier degré, voire complètement enfantin. On repense à Watchmen ou Dark Knight (ok, la barre est haute...), on pleure sur un Branagh en manque d'imagination et d'ambition, et on s'étonne que nombre d'adaptations ne retiennent de leur origines dessinées que les aspects les plus enfantins, négligeant ainsi tout le capital et le potentiel que recèle les super-héros de notre enfance.

Dans le genre film de super-héros à la chaîne, on a très largement préféré Dardevil et on considère Captain America plus cohérent et réussi (même s'il est moins fun).

The Prodigies (Antoine Charreyron, 2010)


tags | , , , , , ,

0 comments

Depuis toujours Jimbo peut contrôler les choses et les gens par la seule force de sa pensée. Il travaille maintenant pour la fondation Killian et trouve 5 ados dotés des mêmes pouvoirs que lui. Il va tenter de les rassembler pour les aider à canaliser leurs pouvoirs, les protéger d'eux mêmes, mais aussi ceux qui seraient confrontés à leurs pouvoirs...

Contrairement à ce que son affiche et son titre pouvait laisser présager, The Prodigies est une production d'animation en grande partie française, réalisée par un français (cocorico ! mais en animation, les français sont plutôt prisés...) et avec la belle voix de Mathieu Kassovitz. Et effectivement, nous sommes assez loin de l'esprit "super-héros" américain.

Cette adaptation de "La Nuit des Enfants Rois" propose une fort belle mise en image, quelquefois impressionnante, même si on pourra lui reprocher une très grande hétérogénéité visuelle (hyper réaliste par moments, très stylisée à d'autre). Mais le véritable intérêt de The Prodigies est son traitement très "mature", attaquant de front des problématiques délicates (les violences subies par ses protagonistes notamment, familiales ou sociales) , sans en édulcorer le fond, ni exagérer la forme.

On peut rapprocher The Prodigies de Chronicle, d’abord pour son sujet autour de super-pouvoirs dans des mains encore inexpérimentées, ensuite pour sa volonté de fuir les codes conventionnels des films de "super-héros", ou pour être plus précis encore, des films traitant des supers-pouvoirs (et là, on pense au traitement de Incassable...), enfin pour son approches des difficultés (souffrances ?) des adolescents.

Plutôt fin et riche, The Prodigies est passionnant à découvrir. Il rentre dans la courte liste de ces films à priori destinés aux ados (même si ce n'est pas la cas ici) mais dont le traitement "adulte" emporte finalement le morceau. Plutôt que de jouer la carte de l'action pure, The Prodigies surprend par son rythme et son traitement tout en nuances. Une belle occasion donc de découvrir un excellent film d'animation, aussi ludique que réfléchi, qui fait regretter que les américains ne s'arrêtent qu'à l' "entertainement" et ne creuse pas davantage le potentiel de certains de ses super-héros.

There Be Dragons (Roland Joffé, 2011)


tags | , , , , , , , ,

0 comments

De nos jous, Un journaliste enquête sur le père Josemaría Escrivá, fondateur de l'Opus Dei. Pour cela, il se rapproche de son père, qui à connu le père pendant la guerre civile en 1936, mais qui prenait alors un tout autre chemin....

On se souvient de Roland Joffé pour Mission, La Déchirure, ou bien encore La Cité de la Joie, mais il y a bien longtemps que son cinéma, appliqué et humaniste, n'a plus délivré de films d'ampleur équivalente. There Be Dragons ne sera pas encore le film du retour en grâce pour Joffé.

Cette évocation du parcours du fondateur de l'Opus Dei, particulièrement pendant la période de la guerre civile espagnole, se fait au travers de l'évocation d'une relation entre deux homme : un qui va vers Dieu, l'autre non ! En ces temps de guerre, Joffé utilise les camps adverses marquer les directions opposées de ses personnages, tant et si bien qu'a force de "marquer" les personnages, il finit par grossir à l'extrême ses ficelles. Si l'on rajoute à cela une  narration en voix off envahissante, There Be Dragons perds toute fluidité et tombe dans une routine scénaristique propre aux "films à Oscars".

There Be Dragons raconte certes une "Belle Histoire", son scénario est riche d'angles et d'enjeux, mais Roland Joffé échoue à lui donner corps, sa réalisation convenue lui ôte toute ampleur, tue son souffle épique, et le ramène à une évocation historique ordinaire et peu excitante. Même si There Be Dragons n'est pas un "mauvais film" et parvient à intéresser le spectateur (ne serait-ce que pas sa peinture d'une période peu évoquée au cinéma), il souffre d'un manichéisme maladroit et d'une timidité narrative que l'on pourrait qualifier d'indigne pour son réalisateur.
A ranger à coté de Cheval De Guerre, même si les objectifs diffèrent.

The Raid (Gareth Evans, 2011)


tags | , , , , ,

0 comments

Nous sommes à Jakarta, en Indonésie. Une équipe de policiers d'élite doit investir un immeuble entièrement contrôlé par un baron du crime afin de le capturer. Mais très rapidement, la situation s'inverse et le groupe d'intervention passe de chasseur à proie.

Gareth Evans est écossais, mais The Raid est bel et bien un film d'action indonésien qui jette au spectateur 1h40 d'action pure, de défouloir tendu, rythmé et bien bourrin à cheval entre Ong Back et Nid de Guêpes.

La première partie de The Raid évoque La Horde ou Nid de Guêpe en inversant les rôles et en mettant rapidement les "gentils" en position de cible ! Très bien gérée, cette partie est efficace, et son moment de basculement ressemble à s'y méprendre à une invasion de morts-vivants, tant cela saigne et  semble sans issue. La suite de The Raid laisse tomber les armes à feu pour les arts martiaux (le Silat) et propose alors des chorégraphie particulièrement soignées et brutales qui rappellent le meilleur de Ong Bak.

On l'aura compris, le scénario de The Raid tient sur un timbre poste, en revanche son rythme, sa mise en scène soignée et créative (on pense à l'action made in l'écurie Besson, mais en plus réussi) et son déchainement de violence assumé transforment le film en un excellent moment fun et jouissif (sans doute hérité de son coté jeux vidéos...). On regrettera seulement que ses 3 décors de tournage un peu cheap (escalier, couloirs, chambre) et sa succession de bastons (néanmoins stylées !) donnent un coté un peu répétitif a la fin de cette mission, mais bon, rien de grave...

Efficace, hyper violent et assumé, The Raid, est donc dans son genre (action, action, action...) une réussite certaine. Loin des productions d'action locales, le film de Gareth Evans se concentre sur son objectif premier : donner au spectateur ce qu'il demande. Et sur ce point, on est gâté, le film va à 100 à l'heure, la réalisation est habile (certains plans sont même particulièrement intéressants), et puis tous ces indonésiens qui parlent... indonésien (!), ça donne une impression de nouveauté ! Vous ne serez certainement pas plus cultivé après, qu'avant sa vision, mais musclé, ultra efficace et top fun, The Raid est un joli petit morceau de cinéma de genre dont il serait bien dommage de se priver !