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Rampart (Oren Moverman, 2011)


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En 1999, la bavure d'un flic aux méthodes douteuses met en lumière la corruption de la Police de Los Angeles. Les images de Dave Brown passant à tabac un automobilisme tournent en boucle à la télé, il subit alors les pressions politiques de sa hiérarchie et doit affronter les effets de ce scandale dans sa structure familiale.

Inspiré du fait divers qui éclaboussa la police de Los Angeles, Oren Moverman exploite un scénario travaillé par James Elroy pour mettre en image le chemin de croix d'un flic corrompu.

Rampart, c'est un peu The Shield traité à la Bad lieutnant. Entièrement centré sur le personnage de Woody Harrelson (complètement bluffant dans son interprétation de flic en sursis !), le film dresse " un portrait attachant d'un beau salopard" en pleine "shit storm". Si le personnage est effectivement un ripoux, le spectateur est avant tout confronté à l'impression de son potentiel de violence et de nuisance plutôt qu'à la mise en image de ses actes. Le portrait ainsi dressé s'en trouve plus fin, plus subtil, mais ça ne sera pas suffisant !

Réalisé de la plus belle des manières qu'il soit, avec une esthétique particulièrement réussie (même si certains effets de caméra et certaines scènes interrogent, et que certains plans semblent là juste "pour faire joli"), Rampart ne réussit pas à s'emparer du spectateur. Son traitement en multitudes de petites scènettes, n'arrive pas à trouver son rythme et l'intensité dramatique du scénario peine à s'installer.

Rampart devient alors bien long, et son choix de ne pas tout raconter, de garder certaines zones d'ombres sur ses personnages, se paie bien vite en terme d'intérêt et de force. Sa narration erratique et confuse déstabilise, et la sensation de ratage se confirme avec une utilisation tout aussi confuse des personnages secondaires (pourtant un fort beau casting, Robin Wright en tête).

Woody Harrelson est grandiose, le sujet passionnant, la réalisation soignée et esthétique, et pourtant Rampart échoue à nous intéresser. Peut être victime d'avoir voulu trop bien faire, Rampart tombe dans l'obscur et ne livre au final qu'une succession de pièces hétéroclites, de qualité variable (du très bon au franchement moyen), une sorte de belle mécanique, fine et complexe, mais hélas non fonctionnelle, livrée sans aucun mode d'emploi pour le faire fonctionner. Dommage.

Mon Epouse Favorite (My Favorite Wife, Garson Kanin, 1940)


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Nick Arden vient de se remarier, sept ans après la disparition de sa femme, déclarée décédée dans une expédition à l'autre bout du monde. Mais un jour sa première femme réapparait, et elle est bien décidée à récupérer sa famille et son mari fraichement remarié.

Encore une charmante comédie romantique, comme les américains en avaient le secret à cette période. Mon Epouse Favorite possède tout le charme et l'énergie de ce type de production, et il éprenne efficacement cette joyeuse aventure conjugale, porté par un duo d'acteur (Cary Grant et Irene Dunne) tout aussi charismatique et énergique.

Mon Epouse Favorite suit un développement par chapitres plutôt réussi. Il enrichit régulièrement son pitch en y ajoutant de nouvelles étapes. Ce découpage marqué, relance sans cesse son rythme en enrichissant ses thèmes (la mise en place, le retour, l'annonce, l'autre vérité, la loi, la vengeance, etc...).

Bien que jouant la carte de la légèreté, les thèmes abordés, soigneusement emballés sous l'apparence de la comédie innocente, semblent encore aujourd'hui très "contemporains". Mon Epouse Favorite est bien sur un simple prétexte au divertissement, mais ses ingrédients (comme la bigamie, les aberrations juridiques, la famille recomposée et la relation avec les enfants) donnent une réelle consistance à cette très agréable fantaisie.

Une fois de plus, Cary Grant met son immense talent au service d'un film qui n'a finalement que peu vieillit. Mon Epouse Favorite, même s'il privilégie le comique de situation aux gags visuels et ponctuels, conserve encore tout son rythme et sa fraicheur, il se regarde avec un grand plaisir, même s'il est vrai aussi que sa fin peut apparaître laborieuse. Mais oubliez ce détail, laissez-vous entrainer dans cette excellente comédie et aidez plutôt ce pauvre Nick à résoudre sa quadrature du cercle : "si je veux retrouver mon épouse je dois divorcer de mon épouse... et si mon épouse n'est plus morte, je suis bigame !"

Lady Vengeance (Park Chan-wook, 2005)


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Emprisonnée 13 années pour avoir assassiné un enfant de 5 ans, Gueum-Ja retrouve enfin la liberté. Elle va enfin pouvoir se venger de celui qui l'a envoyé en prison, de celui qui lui a pris 13 années et tant d'autres choses...

Dernier opus de la "trilogie de la vengeance", Lady Vengeance succède à l'atypique Sympathy for Mr. Veangeance (2003) et au surpuissant Old Boy (2004) !

De nouveau Park décortique, dissèque presque, les mécanismes de la vengeance, la justifiant par une situation initiale brutale et injuste, et lui apportant en réponse une action plus brutale encore, le mal appelant le mal. Et lorsque le mal initial est incarné par Min-sik Choi (J'ai rencontré le diable et Old Boy), on dit "encore !")

Une fois de plus, Park brouille les repères et joue avec le spectateur, il fait basculer ses personnages d'un coté puis de l'autre de la ligne, et nous fait hésiter entre compassion et répulsion. Pour ce jeu là, Lady Vengeance déploie une réalisation virtuose et inspirée, sa mise en scène baroque et stylisée servent un scenario diabolique qui distille la vérité à coup de flashbacks maitrisés. Tant pour le fond que pour la forme Park soigne chaque détail de son film, que ce soit  l'image, l'ambiance, le rythme ou la musique, chacun de ses choix fait mouche.

Lady Vengeance prend quelquefois des allures excessives, lyriques, il fonce tête baisée vers son objectif sans se soucier des conventions ou de la morale. Comme sa belle vengeresse, il est jusqu'auboutiste, obsessionnel... C'est cette énergie permanente, sa stylisation presque poussive, mais jamais gratuite ou inutile, qui pourra paradoxalement déplaire dans Lady Vengeance.


Lady Vengeance a ce coté "rock'n roll" ou "Tarantino" qui flirte sans cesse avec les limites, mais si on accepte ses choix, alors il livre ses trésors : créativité, force, fulgurance, poésie morbide, violence et sens de l'image sont bien présents ici, au service d'un film d'auteur déguisé en série B, à moins que cela ne soit l'inverse... Qu'importe ! Quelque soit la nature de cet objet cinématographique, il y a de l'Excellence et de l'Excellent dans ce cinéma coréen. On n'arrête pas de vous le dire.
  

NDLR : Lady Vengeance redonne par ailleurs fortement envie de voir La Femme Scorpion, on avait juste envie de partager cette envie avec vous.

Panique A l'Hotel (Room Service, William A. Seiter, 1938)


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Un producteur sans argent et sa troupe de théâtre cherchent à lever  des fonds auprès d'un riche commanditaire. Installés dans un hôtel, ils doivent faire face au gérant de celui-ci qui, voyant la note impayée augmenter, veut les expulser. Face à cette menace la troupe va développer tout un arsenal de combines et d'arrangements pour éviter l'expulsion et sauver le spectacle.

Les Marx Brothers sont à part parmi les grandes figures comiques américaines : jeux de mots, humour au second degré (quelquefois troisième degré) et usage d'un certain non-sens, voire de l'absurde, plutôt atypiques à cette période... S'ils ont laissé des trésors de créativité au rythme fou (La Soupe Au Canard), Panique à l’Hôtel ne fait hélas pas partie de leurs meilleurs moments.

Ce qui fait la spécificité de leur humour cède ici la place à un comique plus conventionnel, celui du théâtre comique de Broadway d'alors. Panique à l'Hôtel peine à laisser leur folie créatrice s'exprimer et le rythme du film n'atteint jamais le quart de l'énergie qu'ils sont capables de générer.

Panique à l'Hôtel ne décolle donc pas de la simple comédie de boulevard, et si sympathiques que puissent être les aventures de cette joyeuse troupe, roublarde et prête à tout pour sauver leur spectacle, il ne rencontre à aucun moment le génie des Marx Brothers.

Cette "absence" relative du comique des Marx ne laisse aujourd'hui à Panique à l'Hôtel que de rares moments réussis. On retiendra cependant ce qu'il conviendra d'appeler la séquence de la "dinde volante" ou bien encore celle de la veillée funéraire. Sorti de cela, il se regarde aujourd'hui sans grand enthousiasme.

Plein Soleil (René Clément, 1960)


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Philippe Greenleaf est un oisif fortuné qui passe le temps en Italie avec sa fiancée Marge. Tom Ripley, lui, est chargé par le père de Philippe de le faire retourner aux Etats-Unis, mais en attendant il fait office d'assistant personnel de Philippe qui le méprise souvent. Tom entreprend alors de faire disparaitre Philippe afin de prendre sa place.

Aura solaire pour ce thriller psychologique bénéficiant d'un Delon au sommet de son charme et de son talent. René Clément met en image ce drame de l'envie et de la convoitise en choisissant le soleil de l'Italie comme témoin.

Plein Soleil se construit autour d'un crime, mais ce n'est pas tant sa résolution que les motivations de son auteur dont il est ici question. Le film dresse le portrait d'un tueur calculateur, mu par la convoitise et dont la passage à l'acte trouve ses origines dans la frustration. Delon envahi littéralement l'écran en donnant chair à cet homme décidé à s'offrir une nouvelle vie, il l'incarne si justement que le spectateur excuserait presque son acte. C'est cette inversion des rôles, puisque c'est la victime qui devient presque "coupable" dans Plein Soleil (Mairice Ronet absolument impérial), qui donne au film ce caractère trouble et fascinant.

Plein Soleil, subtilement, désoriente. Il agît sur le spectateur comme un soleil de plomb à midi ! Il l'entoure complètement, le submerge, et comme une insolation, lui donne la fièvre, trouble son jugement. Ce n'est qu'à la fin de Plein Soleil que la fièvre retombe, que le spectateur s'aperçoit qu'il s'est aventuré trop loin avec Tom Ripley.

René Clément signait avec Plein Soleil un thriller psychologique particulièrement fin et subtil, en jouant habillement sur le rythme, et en distillant habilement les clés de ses personnages. Tranquilement et avec nonchalance, il installe une ambiguïté et une tension des plus réussies qui font de lui un film noir à l'européenne : un film noir "méditerranéen".

La nouvelle de Patricia Highsmith dont il est tiré, "Mr. Ripley", fut réadaptée en 1999 par Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law : Le Talentueux Mr. Ripley... 



La Guerre Est Déclarée (Valérie Donzelli, 2011)


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Roméo et Juliette est un couple destiné au bonheur parfait. Mais l'harmonie disparait lorsque une tumeur du cerveau est diagnostiquée surAdam, leur fils de 2 ans. Ensemble, ils affrontent le cauchemar de tout parents.

La Guerre est Déclarée, appuyé du caractère autobiographique de son histoire, ne laisse aucune chance au spectateur, celui-ci s'immerge et vit intensément cette puissante histoire de courage.

Son sujet pesant, traité avec fantaisie, légèreté parfois, évite adroitement le pathos et la grosse artillerie du mélo désespéré. Toute la force de La Guerre est Déclarée réside dans l'énergie positive qu'il dégage à chaque événement dramatique, il revêt alors l'apparence d'un hymne à la vie, fort et exaltant, et fait ressentir une vigueur jubilatoire.

La seule réserve qu'il soulève est dans le style qu'il propose. Alternant la fantaisie, force de vie, et le drame de la maladie dans une succession de scènes au style hétérogène, il passe d'indéniable moments de grâce (le verdict médical sur fond de Vivaldi !) à des passages plus décalés (la chanson) ou encore à d'autres presque chorégraphiés à la Lelouch. Si l'intention est claire et plutôt bien vue, cette illustration des hauts et des bas de la vie rate certaines de ses articulations, et si elle surprend, elle n'évite pas des "débrayages" brutaux chez le spectateur.

On pourra aussi regretter le jeu parfois artificiel de Jérémie Elkaïm (alors qu'il a vécu avec Valérie Donzelli le drame à la base de ce film) et certains dialogues un peu faibles, peut être victimes d'une trop grande envie de faire naturel et authentique. Malgré ces réserves, le couple qu'ils forment à l'écran est rayonnant, il force la sympathie et la compassion, on a envie de les aimer, les prendre dans ses bras et les soutenir. 

La Guerre Est Déclarée est avant tout un beau film, fort et émouvant, mais ses choix de réalisation, peut être un peu bobo, risquent de ne pas survivre à l'évolution de l'air du temps. Ne restera alors que la force de son  histoire, et c'est déjà énorme.


Piégée (Haywire, Steven Soderbergh, 2012)


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Mallory Kane travaille pour le gouvernement. Trahie par sa hiérarchie après une mission à Barcelone, elle est contrainte de fuir. Mallory mettra tout en oeuvre pour comprendre les raisons de cette situation et se venger.

Superbe casting pour ce Sodergergh étonnant, malgré son scénario dénué d'originalité. Ewan McGregor et Michael Fassbender, entre autres, donnent la réplique et les coups à une personnalité du free fight : la puissante Gina Carano.

Alors qu'Haywire n'aurait dû être qu'une série B ordinaire, dans les mains de son réalisateur, il devient un objet d'expérimentation. Remplissant ses fonction de divertissement efficace, Soderbergh prend le parti d'inverser le rythme habituel des films d'espionnage en décalant le rythme de son film sur toutes les séquences qui ne sont pas d'action (aidé pour celà par la cool BO de David Holmes !).

Haywire devient alors cool et décontracté, à la manière d'un Ocean 11, mais devient silencieux et réaliste lors de ses hallucinantes séquences de combat, qui dénuées de toute musique et de montage excessif, dégagent une intensité rare. Exploitant le potentiel de son athlète féminine, il dépouille les combats de leurs artifices cinématographiques pour ne retenir qu'une efficacité destructrice et définitivement létale ! 

Avec Haywire, Soderbergh opte pour une structure non linéaire de son récit, comme s'il s'ennuyait dans un cinéma trop calibré, il expérimente des rythmes différents et injecte régulièrement des moment plus atmosphériques. Bien que déjà vu, le sujet de Haywire est ici traité avec une volonté de tout les instants de s'éloigner des codes du blockbuster tout en préservant sa dimension de "simple divertissement".

C'est le traitement particulier de sa réalisation qui fait de Haywire un très agréable moment, il permet de s'immerger dans un univers très Jason Bourne sans en ressentir la comparaison. S'il peut déconcerter par son rythme très personnel, Haywire est tout à fait réussi dans son genre, il fait parti de ces films qui surclassent leur catégorie initiale, surprennent, voire même stimulent. Un plaisir faussement simple...


doorama.com : 200 déjà !


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Merci de vos visites, toujours plus nombreuses, sur doorama.com !

A l'occasion de de sa 200ème critique, doorama.com vous donne son Top 6 (mais pourquoi 6 ?) de l'année écoulée. Pas nécessairement les meilleurs films de l'année, mais des coups de coeur et/ou des bonnes surprises...

Alors voilà, sans ordre et en vrac...




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Merci de votre fidélité.
> La rédaction

Le Bon, La Brute et le Cinglé (Kim Jee-Woon, 2008)


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En Manchourie, une carte au trésor dérobée aux Japonaix attire toutes les convoitises. Brigands, voleurs, tueur à gages, chasseur de prime et armée japonaise veulent tous mettre la main sur ce Cinglé qui à cette carte !

Attention, Le Bon, La Brute et le Cinglé décoiffe ! Après le superbe Bittersweet Life (2006) et avant l'hallucinant J'ai Rencontré le Diable (2011), Kim Jee-Woon réalisait ce western asiatique barré et défoulant.

Hommage évident à Le Bon, la Brute et le Truand, cette variation s'amuse des codes instaurés par Sergio Leone et les utilise vers une course au trésor effrénée (à la façon d'Un Monde Fou, Fou, Fou). Rempli d'humour et d'action, le film de Kin Jee-Woon joue à fond la carte du divertissement et du décalage avec son modèle (façon Tatantinienne) pour transformer son film en pur moment de fun.

Véritable démonstration de la virtuosité de son réalisateur (quel sens de l'image, du montage !), Le Bon, La Brute et le Cinglé est aussi un réel plaisir pour les yeux. Il regorge de couleurs vives et chatoyantes (n'ayant à priori pas leur place dans ce désert Manchou !) qui lui donnent une beauté visuelle réjouissante et lui confèrent une étonnante touche de fantaisie particulièrement bien géré.

Mais comme fatigué de son rythme fou, le film s'essouffle sur la fin en sur-utilisant la carte de la "joyeuse pagaille". Certaines scènes deviennent confuses, la mise en scène semble moins soignée, et le contraste avec la grande qualité de ce qui précédait se fait alors grandement ressentir. 

Mais ne boudons pas notre plaisir, s'il s'use un peu sur la longueur, Le Bon, La Brute et le Cinglé reste une fantaisie brillante, atypique et originale. Il regorge de bon moment et, même imparfait, demeure un objet cinématographique ciselé, qui au delà du  divertissement réussi, confirme et impose avant tout l'immense talent de son réalisateur : Kim Jee-Woon !


Duellistes (Ridley Scott, 1977)


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Pendant  les guerres napoléoniennes un incident entraine deux officiers, Gabriel Féraud et Armand d'Hubert, à s'affronter en duel. L'honneur bafoué du perdant et sa volonté de revanche déclenchera une rivalité, toute leur vie durant, prétexte à rechercher chaque occasion de combattre l'autre.

Comme une réponse à Barry Lyndon, Ridley Scott, réalise son film en costume, évoquant lui aussi un destin (ou plutôt deux) raconté sur plusieurs années, dans plusieurs lieux dans l'Europe. Comme Barry Lyndon, Les Duellistes est lui aussi visuellement particulièrement soigné et esthétique, mais cependant moins pictural que son aîné. Mais la comparaison s'arrête là.

Adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad (Apocalypse Now), Les Duellistes suit le parcours de deux officiers (Harvey Keitel et Keith Carradine) qui se vouent une rivalité obsessionnelle, et concentre ses articulations scénaristiques sur les choix de ses personnages. Alors que Redmond Barry n'était qu'un bois charrié par le courant, nos deux duellistes, par leurs actions et leurs réactions, sont les moteurs, les deux seuls décideurs de leur destin : ils s'évitent, s'éloignent (en prenant du galon) ou se chargent (à l'épée, au sabre, à cheval et au pistolet dans de magnifiques séquences) !

Le film de Scott fait presque abstraction de son contexte, pour se concentrer exclusivement sur l'antagonisme des hommes et son incidence sur leur vie. La mort qui plane sur chacune de leurs rencontres est davantage synonyme de finalité, elle est l'expression de libération pour l'un et d'accomplissement pour l'autre.La lutte de ces ennemis intimes devient une quête au long cours pour le spectateur, sa conclusion logique sera pire que celle attendue. 

Une fois de plus, Ridley Scott démontrait sa formidable capacité à s'emparer d'un genre cinématographique et à en livrer une vision brillante. S'il n'est pas un Auteur, Scott est un faiseur de génie, appliqué et inspiré. Son Duellistes, sous ses allures "modestes", est un immense film, puissant et passionnant, qui trouve tout naturellement sa place parmi les plus grands face à face mythiques du cinéma. Un incontournable souvent oublié à (re)découvrir absolument.

Colorful (Karafuru, Keiichi Hara, 2011)


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Arrivée dans l'au-delà, une âme se voit accordé une chance de réparer et comprendre ses erreurs. Elle est pour cela renvoyée sur terre dans le corps de Makoto, un adolescent mal dans sa peau qui vient de tenter de se suicider. La découverte du difficile quotidien de Makoto sera elle une chance de "rédemption" ?

Très belle et très sensible histoire sur un adolescent en détresse, Colorful possède l'immense qualité de traiter d'une bien jolie manière le thèmes difficile du mal-être chez les ados. A travers cette âme expérimentant la vie abimée de son hôte, Keiichi Hara,  aborde la question du besoin et du rejet des autres, et parvient à distiller de très beaux moments d'émotion avec une grande délicatesse .

Le spectateur reconstruit, en même temps que cette âme, le parcours de fragilités et de souffrances de Makoto, il expérimente lui aussi, touche après touche, le sentiment d'incompréhension et d'isolement ressenti par Makoto. C'est cette compréhension de l'autre et de ses souffrances que Colorful parvient admirablement bien à retranscrire et partager avec nous.

Visuellement très beau et sobre, Colorful est une belle immersion dans une famille japonaise contemporaine. En dépit de son sujet difficile, le film de Hara parvient à exhaler, à l'image de son affiche, un agréable parfum de bonheur et de bien être pour le spectateur. Et c'est finalement bien de bonheur dont il est question dans Colorful !

Un bémol cependant. Si Colorful évite habilement la naïveté et la compassion excessive, s'il évite aussi le sentimentalisme stérile, à Doorama on est moins séduit par cette impression de morale, de "leçon de vie" qu'il laisse au final. Mais devant le message qui nous est ici livré, on se dit aussi : "et si c'en était une ?".


Un Million Clé En Main (Mr. Blandings builds his Dream House, H.C. Potter, 1948)


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A l'étroit dans leur appartement de New York, Jim Blandings entreprends d'acquérir la maison de ses rêves pour sa petite famille. Il trouve la maison idéale, mais la bonne affaire initiale va vite se transformer en gouffre financier sans fin.

Charmante comédie de H.C. Potter, Un Million Clé En Main, raconte le parcours du combattant pour tout nouvel acquéreur de foyer et poussera l'aventure jusqu'à la construction !

Rien ne sera épargné aux Blandings, chaque décision entraînera une augmentation immédiate de la facture et des soucis, tel un un domino en entraînant un autre.

Si Un Million Clé en Main possède bien ce charme si particulier des comédies américaines de cette période, jouant à fond la carte du rêve américain, son rythme s'est hélas bien ralenti.

Un peu laborieux à se mettre en place, le film tarde à trouver son rythme et sous-exploite certains ressorts comiques (comme par exemple les rapports entre Mme. Blandings et l'ami de la famille...). Enfin, on ressent une certaine frustration à ces péripéties en cascade, puisque jamais, malgré leur fort potentiel comique, voire burlesque, elles n'atteignent réellement l'envergure qu'elles méritent.

Qu'importe ce traitement tempéré, Un Million Clé En Main demeure une agréable comédie romantique, non dénuée de charmes (Cary Grant en tête), qui devrait rappeler bien des souvenirs à de nombreux propriétaires !