Accueil

Le Grand Soir (Benoît Delépine, Gustave Kervern, 2012)


tags | , , , , , ,

0 comments

Jean-Pierre pète les plombs et perd son emploi de vendeur de literie. Il se rapproche alors de son frère, du nom de Not, plus vieux punk à chien d'Europe, qui arpente la zone commerciale dans laquelle il travaillait. Ensemble, ils ont un message à faire passer...

Benoît Delépine et Gustave Kervern, les anciens de Groland, ont maintenant un univers bien à eux, caractérisé par une forme de poésie de la laideur, du fond social et un sens du décalage. Après Aaltra, Louise-Michel ou Mammuth, il signent leur 5ème co-réalisation.

De son style ou de ses comédiens, il est difficile de dire ce qui l'emporte dans Le Grand Soir. Benoït Poelvoorde (Not) est tous simplement un vrai punk à chien, plus crédible qu'un de ces vagabonds urbain et social, dont le corps même porte sur lui le poids de la rue. Avec justesse et sobriété, il nous ouvre les yeux sur "l'envers du décor" d'un punk en nous donnant un aperçu de ce qui peut trotter dans une tête de punk. Albert Dupontel quand à lui excèle, comme souvent, à gonfler son personnage de vie, et parvient une fois de plus à partager cette détresse intérieure qu'il sait si bien incarner. Un casting sans faute, haut de gamme même, parmi lequel il faudra aussi saluer le couple Fontaine-Areski lunaire à souhait, qui nous permet livre ses personnages doucement déjantés sans jamais tomber dans la caricature.

L'autre grande réussite du Grand Soir, c'est sa zone commerciale, ou plutôt la manière dont ses réalisateurs s'en emparent. A la limite du no man's land, il y a bien des gens dans cette zone commerciale, mais on peine à y sentir le vie. Déshumanisée et triste, la modernité de cette zone commerciale rappelle Playtime ou Mon Oncle, pour son inhospitalité, voire son hostilité contre nous, et la vie qu'elle dégage évoque davantage le Zombies de Georges Romero que les fastes des bienfaits de la société de consommation. Sous la caméra de nos deux réalisateur, méfiante et distante des sujets qu'elle filme, Le Grand Soir adopte un rythme lent et désenchanté, sans énergie, comme le rythme de Not qui vit dans la rue. Le Grand Soir, par le sens qu'il donne à la tôle et au béton des bâtiments fait naître une poésie urbaine folle, à cheval entre la douce désillusion quand aux promesses de la société et la beauté involontaire de nos grands échecs sociaux et urbanistiques. 

Au travers de ses deux exclus et de son décor, sans aucun misérabilisme, c'est bien une puissante vibration sociale que le spectateur ressent. Alors bien sûr son humour décalé et discret, troisième degré parfois, oblige à remplacer les fous rires par des sourires... Son rythme "déambulatoire" et hasardeux (à l'image des parcours de Not) générera davantage l'ennui que l'intérêt chez les amateurs de divertissements léger... Mis à part son duo d'acteur, il faut bien le dire, Le Grand Soir est loin de s'attirer les faveurs du grand public. Trop critique, trop sombre, trop triste, trop vide, Le Grand Soir partage plus facilement son Blues avec le spectateur que Swing. Benoît Delépine et Gustave Kervern livrent encore un objet à la limite de l'Ovni (même si leur ton si particulier s'approche maintenant de la recette de fabrication) et le résultat est particulièrement stimulant, invitant le spectateur à l'abandon et à la réflexion. Curieusement, il y a de la vie et de l'espoir derrière ce Punk Not Dead à la française. Le Grand Soir, c'est un bon vivant déguisé en mort... une comédie déguisée en drame... c'est un cauchemar à Disneyland... c'est une critique sociale déguisée en poésie... Qu'il s'agisse de ses réalisateurs Benoît Delépine et Gustave Kervern ou bien de ses acteurs Benoït Poelvoorde et Albert Dupontel : nous, à la rédaction, on dit "On les aime bien ces deux là !".

Laissez un Commentaire