Si l'on songe que La Désintégration est sorti 1 mois avant l'épisode Mohammed Merah (et donc conçu et pensé bien en amont), il faudra alors lui reconnaître bien des qualités. Sujet particulièrement délicat que celui de l'identité et de la sensation d'appartenance à un groupe (qu'il soit social, religieux, ethnique ou autre), Philippe Faucon aura au moins eu le mérite de l'aborder avec une réelle ambition d'impartialité sur son contenu critique.
En adoptant une mise en image sobre, exempte d'effets de styles et d'artifices dramatiques, Philippe Faucon concentre toute son énergie sur sa proposition de lecture d'une des problématiques de notre société : la montée de l'islamisme. Il tente de dépassionner au maximum ses arguments et se concentre sur un certain point d'équilibre, d'impartialité, en soumettant au spectateur une imposante collection de "pour" et de "contre", sans chercher pour autant à imposer de bouc émissaire.
La Désintégration ressemble davantage à une invitation au débat qu'à une proposition de lecture finalisée. Comme une évidence ou une urgence à "appeler un chat un chat", il expose une vision des responsabilités, et celle-ci fait mal ! Racisme et rejet(s) des deux cotés... Déséquilibre des chances... Cercle vicieux entre causes d'exclusions et effets de celles-ci... La Désintégration ne cherche pas à imposer une vision, sa vision, il utilise simplement le cinéma pour analyser une problématique sociale. Il utilise sa capacité à concentrer en son cadre des éléments choisis, et à l'aide de comédiens solides et justes (le petit frère Debbouze et le rabatteur sont absolument superbes !) semble se proposer comme un outil d'aide à la décision ou une ouverture au dialogue.
En fonction de camp où l'on estime se trouver ("gaulois" ou "sale arabe", mais on pourra aussi choir une troisième voie plus salvatrice...), on pourra bien sûr lire La Désintégration dans un sens ou dans l'autre, comme une arme à double tranchant, arme dans les deux cas, désignant des coupables absolus au mépris de la complexité des fautes... Ce n'est pourtant pas l'ambition de La Désintégration ! Compter les points n'est pas sa finalité, La Désintégration propose au contraire d'arrêter la distribution des rôles et appelle à prendre du recul.
Approche enrichissante d'un sujet complexe, Philippe Faucon utilise le cinéma comme une arme pédagogique, il utilise son pouvoir narratif pour lancer un appel au calme, un appel à la responsabilité et au "vivre ensemble". Faute de trouver LA solution à l'islamisme en France, La Désintégration donne à ses images, à son propos, l'intelligence nécessaire pour analyser et mieux appréhender le monde qui nous entoure. A la limite d'un "cinéma citoyen", la rédaction de Doorama voit dans la Désintégration une invitation à la tolérance, formidablement emballé sous la forme d'une chronique sociale captivante, aussi dérangeante qu'utile. Philippe Faucon à réussi son pari : nous "mettre le nez dans la m..." sans désigner de coupable. Ce n'est pas la panacée, mais on évite avec talent la moralisation et le politiquement correct grâce à une sobriété documentaire puissante et habile : un cinéma imparfait par nature, frustrant même, mais à l'issue duquel on se sent moins bête. Proposition validée !

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