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Lock Out (James Mather, Stephen St. Leger, 2012)


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Snow, un agent accusé de trahison, et est envoyé sauver la fille du président américain, dans une prison spatiale tombée aux mains de 500 détenus. Il acceptera d'autant plus la mission qu'un détenu détient peut être la preuve de son innocence.

Nous sommes habituellement très "fan" de Guy Pearce (Memento, l'interessant First Snow) mais ici, son rôle de mec qui assure, hyper détaché et alignant punch-line sur punch-line nous a horripilé dès les premières minutes (n'est pas Snake Plissken qui veut !) . Puis vient cette poursuite dont les effets numériques ressemblent à un cinématique de jeux vidéo d'il y à 10 ans. Et puis il y a son scénario... et puis...

Lock Out, à l'image, ne manque certes pas de rythme et d'action, et les amateurs les moins regardant y trouveront sans doute leur compte en le visionnant. A la Rédaction de Doorama, nous nous considérons comme "plus regardant", puisqu'à à nos yeux il est une accumulation paresseuse et tape à loeil de recettes usées, un véritable empilement de cadavres scénaristiques ! Lock Out croule sous le banal et du déjà-vu, il se déforme sous sa volonté artificielle et excessive d'en mettre plein la vue, il ne dégage aucune personnalité, ni ne dégage de charme. Lock Out, pourtant bandant de loin, de plus près à les traits d'une vieille prostituée cachée derrière un maquillage vulgaire.

"Un gars qui doit sauver une fille et récupérer une malette"... Voilà peut être pourquoi Lock Out ne fonctionne pas ! Son scénario est signé Besson ! Rappelant furieusement New York 1997 (il faut entrer dans un nid de guêpes, trouver la fille du président, survivre et sortir à temps... On à dit "la fille du président" ?), chacune de ses scènes accumule les clichés, jusqu'à la saturation, et finissent par fatiguer à force de trop en faire et de nous surcharger de références éculées. L'exagération, sans doute recherchée, tourne à la caricature : Lock Out irrite infiniment plus qu'il n'est fun.

Toujours à la recherche de pépites et de séries B musclées, Lock Out avait tout pour nous attirer, il a au final tout pour nous repousser ! Des personnages irritants, des décors vu et revus, un numérique souvent laid, une actions prévisible, des situations qui ne surprennent jamais : nous n'avons (hélas) rien trouvé de sexy à Lock Out. On a un peu l'impression de s'être fait escroquer, et c'est sans doute un peu vrai puisque la "SF musclée dans l'espace" nous avait déjà été vendue 10 fois déjà par le même M. Besson dans Paris, dans Berlin, dans des voitures, des beaux hôtels, les beaux quartiers, les banlieues, etc... Vous vous souvenez ? "Un gars qui doit sauver une fille et récupérer une malette"...
A la Rédaction, nous sommes vraiment des pigeons !

Procurez-vous Lock Out ou d'autres films avec Guy Pearce

Lady Snowblood (Toshiya Fujita, 1973)


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Yuki est destinée dès son premier jour de vie à venger sa mère. Entrainée jusqu'à l'age de 20 ans, elle part alors à la recherche des 4 hommes qu'elle va traquer et assassiner.

Adaptation d'un manga, Lady Snowblood est davantage connu pour être l'une des influences majeures, avec La Femme Scorpion, de Quentin Tarantino pour son Kill Bill. Lady Snowblood est un pur produit du cinéma populaire japonais des 70's, à la fois excessif et simpliste, mais véhiculant aussi une imagerie surpuissante et utilisant à merveille les codes du (des) genre(s).

Film de vengeance et film de sabre, Lady Snowblood vise loin et pousse à l'extrême (hypertrophie) ses ficelles et enjeux dramatiques. Jugez plutôt : une mère emprisonnée à vie pour avoir tué le meurtrier de son mari, s'offre aux gardiens dans l'unique but d'avoir un enfant pour la venger (un simple instrument !)... Son enfant grandit dans la seule quête (obsessionnelle, bien sûr) d'accomplir cette vengeance reçue en héritage... La vengeance verra le jour non sans dommages collatéraux (car les coupables aussi ont des enfant) et surtout sous des geysers de sang écarlate (Ah, série Baby Cart, tu nous manques !). Meiko Kaji en est l'instrument, magnifique et mortel.

Pour ne parler que du film (nous laissons volontairement le manga original de coté), Lady Snowblood se divise en quatre chapitres qui chacun tenteront de contrarier le destin vengeur de Yuki : 1 coupable qui impose le pardon ? 1 autre déjà mort ? etc... (on peut pas tout vous dire...). Pourtant en plein film de genre, Lady Snowblood ne cesse de jouer du décalage discret avec les codes et, touche après touche, réussit à créer la surprise et dessiner ainsi un personnage torturé sans cesse contrarié alors qu'il s'approche de son but.

Lady Snowblood en digne et excessive expression du ciné popu de genre, délivre encore aujourd'hui une belle énergie, codifiée à l'extrême et pourtant infiniment libre. Simple défouloir de masse, stérile et sans intérêt pour certains, il cache en son sein une transgression libératrice, le plaisir de s'affranchir de toutes limites, et ce en toute sécurité, par la fiction. On comprend que toutes ces expérimentations "pour de rire" aient pu laisser derrière elles des traces, et des curiosités passionnantes à observer : Lady Snowblood en est une ! Trésor d'exagérations et d'inventivité, sa frénésie cinématographique (ses concepts, sa forme visuelle) est un petit bonheur de chaque instant pour tout cinéphile en quête de sang neuf. Lady Snowblood ne manque ni de sang, ni de nouveauté.

Que l'on aime ou pas le recyclage permanent de Tarantino, reconnaissons lui au moins le mérite d'orienter nos regards sur des oeuvres (mineures ou pas) dont l'oubli nous aurait privé de leurs passionnantes (et nous pensons indéniables) qualités. Que ce soit Lady Snowblood, La Femme Scorpion, Baby Cart pour le japon, ou le fachisant Inspecteur Harry pour ne citer que lui aux US, le cinéma de genre n'est pas qu'un sous-genre dominé par la médiocrité. C'est une terre certes souvent ingrate, pas toujours luxuriante, mais qui recèle parfois des pépites à l'éclat aveuglant. Lady Snowblood est de ces pépites. Grattez la terre qui l'entoure et vous trouverez son éclat : un petit film à l'allure folle, rempli d'images puissante et de véritables morceaux de cinéma ! 70's, on adore tes excès, ton énergie...


NDLR : Ce n'est pas dans nos habitudes, mais Lady Snowblood n'étant pas édité en France, vous pouvez voir l'intégralité du film en VOSTFR sur cette page (streaming ou téléchargement - pas de risques de sécurité décelés)

Procurez-vous les Baby Cart cités plus haut ou d'autres films avec Meiko Kaji

Le Hussard Sur Le Toit (Jean-Paul Rappeneau, 1995)


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En 1830, dans le sud de la France, Angelo, un officier italien est pourchassé par des agents prussien. En pleine épidémie de Choléra, il traverse la Provence afin de rejoindre l'Italie. En route il rencontre Pauline de Théus...

Adaptation du roman éponyme de Jean Giono, Le Hussard sur le Toit suit, pour Jean-Paul Rappeneau, Cyrano de Bergerac. Fort de son succès Jean -Paul Rappeneau avait donc toute confiance de la part de ses producteurs pour donner ses chances à ce Hussard et mettre en image cette grande aventure faite de morts et d'amour.

Léger, alerte et enjoué, Le Hussard Sur Le Toit parvient élégamment à vous emmener avec le tumultueux officier italien. Au travers de ses rencontres (certaines fort brèves à cause de l'épidémie), le voyage du jeune homme ressemble à une dernière étape avant de devenir homme, comme scellé par le premier amour qu'il croisera. Olivier Ramirez donne toute crédibilité et fougue à cet intrépide et courageux hussard, de la candeur aussi.  Quand à Juliette Binoche, elle lui oppose un modernisme parfaitement complémentaire et superbement interprété.

Jean-Paul Rappeneau articule et rythme son film autour de l'amour en construction des deux tourtereaux. Après un début riche de rebondissements, l'aventure laissera finalement plus de place au rapprochement des deux êtres, mais ne se fera pas oublier pour autant ! Rappeneau semble avoir pris le parti d'une grande simplicité et limpidité. Le Hussard Sur Le Toit est un film grand film d'aventure et d'amour, jamais prétentieux, jamais trop bavard et jamais "artificiel".

L'écrin de nature dans lequel se déroule le film (entre Aix et Gap), le contraste entre la mort rôdant et l'amour galopant, la fougue "traditionnelle" de Angelo face à la fronde "moderne" de Pauline, Rappeneau opte toujours pour une simplicité narrative et une mise en scène limpide et donne ainsi à son film une légèreté presque enfantine et ne surcharge jamais son histoire de signification excessive. Les péripéties s'enchaînent avec naturel, laissant entre chacune d'elles se former sans hâte la belle histoire d'amour des deux amants platoniques.

Une reconstitution historique  plus que convaincante, un rythme sans faille et une réalisation humble et maitrisée caractérisent Le Hussard Sur Le Toit, rendant sa vision facile, agréable et propice à une immersion totale du spectateur dans ce flot de sentiments et d'aventure. Rappeneau signe là un film vivant et attachant. Un cinéma simple et efficace entièrement tourné vers le divertissement et le plaisir instantané du spectateur : sans livrer une oeuvre inoubliable, Rappeneau livre cependant une vision incroyablement fluide d'un classique de la littérature et satisfait aux exigences premières d'un grand film d'aventure. On applaudit comme des enfants.


Procurez-vous Le Hussard Sur Le Toit ou d'autres films de Jean-Paul Rappeneau ou avec Juliette Binoche

Dragon Eyes (John Hyams, 2012)


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Hong s'installe dans le quartier de St. Jude et semble bien décidé à casser du petit dealer local... Puis à les dépouiller... Puis enfin travailler pour eux.... Mais que cherche donc Hong dans ce jeu dangereux ?

Particulièrement soigné visuellement avec ses couleurs brulées et saturées, aux contrastes bien tranchés, Dragon Eyes a un peu surpris les amateurs éclairés que nous sommes de film de baston, tendance bourrins. Plutôt en bien d'ailleurs...

D'abord à cause d'un Van Damme annoncé tout en haut de l'affiche, et qui n'occupera finalement que 3 ou 4 flashbacks, presque hors déroulement du film. Allez, 10 minutes en tout et pour tout, comme un "guest" rajouté en toute hâte au scénar pour assurer la vente... En tout cas, difficile de lui imputer une quelconque responsabilité sur la qualité (ou pas) du film !

Le scénario de Dragon Eyes tient évidement sur un timbre poste (par ailleurs trop pétit pour contenir une fin digne de ce nom...), mais sa construction brouille élégamment les pistes et parvient tout à fait honorablement à entretenir le suspense sur les motivations et objectifs de Hong. Quand à ce qui fait l'intérêt de ce genre de film, l'action, ses combats sont plutôt bien réalisés, efficaces et fluides, et les chorégraphies soignées. Et puis il y a Peter Weller (Robocop), qui cabotine comme jamais, mais dégage une délicieuse énergie destructrice.

Dragon Eyes dopé par un style visuel travaillé et une volonté de faire dans la qualité, soigne sa tenue générale, tente même la recherche d'un rythme atypique pour ce style de cinéma et ses combats tendance freefight fonctionnent plutôt bien (Cung Le, acteur principal est combattant à l'UFC). Mais hélas, au delà de tous ces bons points, Dragon Eyes, pourtant appliqué et techniquement ambitieux, ne trouve pas la même ambition pour ses personnages. Même si on suit avec plaisir ce gentil qui casse du méchant, tout ça reste, bien entendu, assez limité.

Mais (une fois de plus), ne boudons pas notre plaisir ! Si John Hyams n'est pas Sodderbergh, et que Dragon Eyes n'est pas Piégée, il est en revanche, dans sa catégorie et son genre, bien supérieur à la plupart de ses petits camarades ! Un simple action movie, peut être, mais tout à fait honorable et parfaitement visible. Mission accomplie !



Procurez-vous Dragon Eyes ou d'autres films avec Jean Claude Van Damme ou Peter Weller

To Rome With Love (Woody Allen, 2012)


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A Rome, la vie de plusieurs individus va subitement s'animer, comme influencée par l'énergie de la ville éternelle : des couples se font et se défont, d'anodines rencontres deviennent magiques...

Après Vicky Cristina Barcelona puis Minuit à Paris, c'est au tour de Rome d’accueillir les problèmes, désirs, rêves et et espérances des personnages de Woody Allen. Une rencontre inter-parentale qui vire à l'opéra d'avant garde, une actrice bourreau des coeurs, une gloire soudaine et un couple au départ contrarié forment les quatre histoires principales (et savoureuses) qui animent l'effervescente ville.

Timide à l'allumage, To Rome With Love installe finalement ses nombreux personnages pour un marathon touristique de près de deux heures. A grand coup de "magie" (Allen nous avait déjà fait le coup maintes fois, et en mieux pour Paris) et de scénettes souvent drôles (l'opéra aquatique est un grand moment !), la galerie de personnage prend vie et l'écriture et le style de Woody Allen dégage son charme et son élégante légèreté... mais pas toujours !

To Rome With Love est un Woody Allen "pur jus" : léger et drôle (et donc très loin du très noir, et génial Match Point !). Certes traversé de personnages truculents, touchants, maladroits et névrosés, le film est hélas entravé d'automatismes irritants et paresseux. "Allen fait du Allen", et le roi du cocktail fait sa recette star : "1 doigt de ville européenne, 1 doigt de film choral, 1 doigt d'humour, 1 doigt d'observation bien senti, 1 filet de magie et son indispensable zeste de légèreté". Le maestro ne rate certes jamais sa recette (quoi que...), mais il faut reconnaitre qu'il y a des jours avec... et des jours "moins avec" ! To Rome With Love est de ces derniers. La recette est connue, mais la surprise n'est plus là, le rythme artificiel et l'ensemble ne séduit plus autant.

Indéniablement, To Rome With Love possède ses moments de grâce, de justesse et de drôlerie, on retrouve avec plaisir les obsessions du réalisateurs et le casting est tout à fait plaisant. Mais To Rome With Love est aussi un Woody Allen en mode pilotage automatique, une redite qui peine un peu à nous emporter, qui tarde à trouver son rythme de croisière, et qui tarderait presque aussi à s'arrêter. Loin d'être mécontents de sa vision, nous sommes cependant déçus de ne pas avoir eu droit au niveau habituel, nous avons connu Woody Allen mieux inspiré, plus appliqué et finalement avec bien plus de choses à nous raconter.
Rome ne l'aura pas autant inspiré que Paris, ou bien est-ce la chaleur... qui sait ?


Procurez-vous d'autres films de Woody Allen ou avec Alec Baldwin, Penelope Cruz, Roberto Benigni ou Ellen Page

Dos Au Mur (Man On A Ledge, Asger Leth, 2012)


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Nick Cassidy, un ancien flic, s'évade de prison. Pourtant il ne quittera pas le pays, et c'est à plus de 20 étages du sol qu'on le retrouvera, sur la corniche d'un hôtel, menaçant de se jeter dans le vide... Mais est-ce vraiment son objectif, ou bien cette menace cache t'elle d'autres projets ?

Moins mauvais qu'à son habitude, mais toujours aussi peu excitant, Sam Worthington (Avatar, Terminator Renaissance, Le Choc des Titans... que des chefs-d’œuvre, hein ?) tient le rôle principal de ce film, alors que la véritable action se ne déroule pas sur cette corniche d'hôtel. C'est sans doute là la seule originalité de Dos Au Mur, qui essaye pourtant en permanence de nous surprendre. On va essayer de vous en dire plus, sans abimer les petits ressorts de ce petit thriller.


C'est donc sur un scénario qui tente de multiplier les fausses pistes et les rebondissements que se construit Dos Au Mur. Son scénario excessif explore tant bien que mal toutes les pistes à sa portée, afin de réorienter régulièrement son action et essayer de nous surprendre en modifiant son propre genre (film de cavale, film de vengeance, film de cambriolage...). Mais c'est sans grand entrain ni conviction que l'on suit cet effeuillage un peu mécanique de genres, jusqu'à son final attendu et peu excitant.

Victime de sur-écriture chronique, Dos au Mur cherche en permanence à être sur le fil, à jouer avec le spectateur et a dynamiser son timing jusqu'à en devenir totalement artificiel. Il multiplie les situation poussives qui écrasent rapidement toute crédibilité et ôte toute respiration à son récit. Plutôt que de nous de nous maintenir un peu en haleine et contrôler l'oxygène qu'il nous délivre, il fait souffler sur son intrigue pléthore d'effets artificiels et peu fins qui nous écrasent finalement bien plus qu'il ne nous décoiffent. Ses changements de direction et ses relance de rythmes ne parviendront même plus à nous surprendre, tant elle s'annoncent de manière bien trop évidentes et anticipées pour réellement fonctionner. 


C'est sûr, vu comme ça, Dos Au Mur n'est pas très sexy... Mais pourtant, bien qu'artificiel et sans âme il faut reconnaître que Dos Au Mur assure au moins le service minimum. La Maîtrise est certes absente, ses choix de mise en scène semblent s'orienter vers la facilité, mais rien ne vient pour autant malmener le spectateur en quête d'un simple divertissement.

On suit gentiment notre héros, on pressent souvent ce qui va suivre, mais même si on n'est jamais "complètement dedans", Dos Au Mur aura au moins fait tout son possible pour nous sortir un peu de la routine. Faute de réussir son objectif, il parvient au moins à ne pas susciter l'ennui. Dos Au Mur n'est pas un bon film, mais dire qu'il est dénué de tout intérêt serait sans doute excessif. Décevant, mais regardable (même si nous ne faisons pas partie des 95% de spectateurs satisfaits qu'arbore fièrement le DVD !).


Procurez-vous Dos Au Mur ou d'autres films avec Ed Harris ou Sam Worthington

Les Gens de Dublin (The Dead, John Huston, 1987)


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Un réveillon à Dublin, en 1904, est l'occasion pour les convives de partager récits, chansons et poésies, mais aussi d'évoquer les choses du quotidien, de demain mais aussi du passé.

Nos fidèles lecteurs auront remarqué notre attrait naturel vers des films qui allient ce que nous aimons à appeler le Cinéma (grand C) avec une dose de divertissement, plutôt que vers ceux estampillés d'Auteur ou dits "exigeants". Mais à coté de notre appétit pour la série B, le Bis, le blockbuster de qualité ou même le cinéma Pop-Corn, ils auront aussi remarqué notre soif, jamais étanchée, de jouir de nos classiques et de voire du Beau, du Vrai, du Grand Cinéma. C'est cette soif qui nous à guidé vers Les Gens de Dublin... Amateurs de thrillers, de violence âpre, de blagues potaches et de bastons musclées : passez votre chemin !

Pour son dernier film, John Huston (Le Faucon Maltais, Quand La Ville Dort, Les Misfits ou L'Honneur des Prizzis) porte à l'image une nouvelle de James Joyce (immense poète irlandais me dit Wiki...) : The Dead. 1h23 en compagnie de la belle société irlandaise du début du siècle, par une froide et neigeuse soirée d'hiver, à partager musique, chants, poésie, avis sur l'opéra et anecdotes sur les gens qu'ils connaissent. Les Gens de Dublin nous convie à cette soirée aimable et chaleureuse, ponctuée de moments d'émotion et de souvenirs, et nous invite dans ce cercle intime.

Sous des apparences que certains trouveront bavardes et ennuyeuses, se construit pourtant une puissante évocation de la Vie elle-même. John Huston, dans une mise en scène d'une incroyable fluidité et sobriété, dessine derrière une soirée anodine toute la complexité de notre rapport à la vie. Au travers de la nostalgie véhiculée dans une chanson, d'un poème sur l'amour perdu, d'un chanteur d'opéra presque inconnu mais jamais oublié ou encore du souvenir d'un disparu, John Huston fait émerger une réflexion qui submerge et emporte le spectateur vers une nostalgie à la fois douce et amère, vers une prise de conscience de combien les petites choses sont importantes et pourtant fugaces et éphémères, destinées à disparaître, comme nous tous.

Avec la patience et l'application d'un grand maître sur sa toile, Huston fait apparaître progressivement une foule de détails qui finissent par occulter, par leur sens, le sujet principal. A la manière d'un scientifique, il explique l'infiniment grand par l'infiniment petit. En immense cinéaste qu'il fût, John Huston livre en guise d'oeuvre posthume un chef d'oeuvre dont la portée poétique et émotionnelle est vertigineuse. La mise en scène de Huston laisse admiratif, la capacité des Gens de Dublin à attraper le temps qui passe, et à rattraper ce qu'il a emporté, est un tour de force qui touche à la magie !

Au risque de perdre nos lecteurs les plus fins devant la déception que peut engendrer ce qui va suivre, nous l'avouons sans honte : le Rédaction de Doorama s'est presque "ennuyée à mourir" lors de la projection des Gens de Dublin. Mais telle une bombe à retardement, le tic-tac des Gens de Dublin (1h23 de tic-tac, ça nous a paru long...) à laissé place, ensuite, à une détonation assourdissante, nous laissant finalement abasourdis devant tant de maîtrise et de finesse si humblement exposées...
"Le plus important, c'est pas la chute..."  vous connaissez la suite !


Procurez-vous Les Gens de Dublin, de John Huston ou avec Angelica Huston

Furyo (Merry Xmas Mr Lawrence, Nagisa Oshima, 1983)


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En 1942, dans un camp de prisonniers à Java, John Lawrence sert d'intermédiaire entre les soldats anglais et leurs geôliers japonais. Avec l'arrivée du major Jack Celiers, il verra naître une provocante rivalité avec le capitaine Yonoï, l'officier en charge du camp.

Nagisa Oshima (l'Empire des Sens) choisit deux stars du rock, Ryuichi Sakamoto et David Bowie, pour donner corps à ce que l'on pourrait comparer (à tort ?) à une version japonaise du Pont de la Rivière Kwaï, et aborder la différence culturelle, mais aussi, en toile de fond, l'homosexualité.

Furyo s'intéresse donc à cette guerre qui fait s'interroger sur son ennemi et ses valeurs, cette guerre qui, paradoxalement,  rapproche les peuples (la relation entre Lawrence et le sergent Hara joué par Kitano...). Il oppose la tradition japonais et son sens de l'honneur, qui trouve un sommet avec la mort (le hara kiri), avec la vision occidentale où l'honneur est de survivre et de résister. Et de rapprochement il en sera question puisque Oshima trouble cette confrontation culturelle en installant, derrière la fascination du capitaine Yonoï pour Celiers, une attirance homosexuelle, contraire à toutes ses valeurs. Pour Oshima, la passion et le sentiment est le vecteur de rapprochement entre ces deux cultures distantes, entre deux êtres, leur terrain de rencontre...

Illustrée par la superbe BO de Ryuichi Sakamoto, Furyo est un film ambigüe et d'une grande richesse thématique. Oshima, traitant de la guerre, ne délivre aucune leçon d'humanisme directe (il se contente d'approcher et de soulever les questions sans y apporter de réponse définitives) et, traitant de l'Amour, se contente de décrire son potentiel créateur (de rapprochement, de compréhension, de découverte) sans jamais lui donner vie (un simple geste, une bise, appellera la faucheuse...). C'est cette pudeur des sentiments, refoulés, cachés et contraints par les codes japonais, qui donnent à Furyo sa finesse et son parfum si particulier. Oshima livre un film fin et atypique, un film de guerre subtil (psychologique !), tout en non-dits, théâtre d'une passion aussi problématique que salutaire.


30 ans plus tard, et malgré son rythme vieillissant, Furyo reste un bien curieux film. Réunissant deux stars du rock et une star du comique (le Kitano !), pour parler d'amour et de respect, sur fond de guerre, d'honneur et de fossé culturel, il conserve tout son mystère, sa richesse thématique et sa force. Le "Merry Xmas, Mr Lawrence" lâché par le sergent Hara, résume à lui seul la très large palette émotionnelle et thématique de Furyo... La rédaction de Doorama à véritablement été surprise de constater que Furyo recèle encore autant de vie, autant de dynamisme caché : une redécouverte passionnante.

Procurez-vous Furyo d'autres films de Nagisa Oshima ou avec de Takeshi Kitano ou David Bowie

Une Nuit En Enfer (From Dusk Till Dawn, Robert Rodriguez, 1996)


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Après un vol à main armées et la mort de plusieurs personnes, deux truands prennent en otage un ancien pasteur et ses deux enfants pour fuir les Etats-Unis et passer au mexique. Ils ont rendez-vous avec un caid local dans un bar de routier, le Titty Twister.

Comme pour remplir à lui seul les deux films de "doubles programmes" d'avant, Une Nuit En Enfer se divise radicalement en deux parties : le road-movie gangster et le fantastique pur jus, tendance gore. Adeptes du cinéma de genre et de sa liberté, Robert Rodriguez réalise donc le scénario de Quentin Tarantino, mais on sent bien que les rôles de ces deux là se sont régulièrement mixés..

Pur objet de fun du début à sa fin, Une Nuit En Enfer se nourrit de nombreuses de références du cinéma de genre et se parsème d'allusions au cinéma de série B (comme la présence de Tom Savini [maitre des effets spéciaux], de Fred Williamson [Star black 70's de sous-films d'action] ou un personnage avec un T-shirt "Precinct 13" [Assaut, dont Une Nuit En Enfer reprend l'idée même de l'union face à l'invasion d'un ennemi]). Georges Clooney et Quentin Tarantino incarnent avec génie (si, si !) et conviction les deux parfaits salopards que sont les frères Gecko, respectivement sociopathe et psychopathe (et n'oublions pas de citer Harvey Keitel, sympathique mais un peu cabot). Entre stéréotypes des personnages et no-limit des situations, Une Nuit En Enfer revisite et survitamine les codes du genre (gangsters, famille, bad guys, créatures...) pour en livrer une version extrème et excessive en forme d'hommage.

 Aujourd'hui, Une Nuit En Enfer appartient bien plus à l'univers hyper référentiel de Tarantino qu'à son réalisateur attitré. Il demeure un exercice cinématographique entièrement dédié au pur divertissement et profondément guidé par l'idée même du cinéma. Si sa réalisation trouve ses limites dans sa partie fantastique (les créatures du Titty Twister et le rythme de ses confrontations subissent déjà un bon coup de vieux), son écriture et sa perpétuelle quête du petit plaisir cinématographique originel lui préservent une jeunesse et une énergie intacte. Et son revirement total de style restera sans doute comme le plus radical et inattendu de toute l'histoire du cinéma !

A des années lumières du chef d'oeuvre (nous sommes d'accord), Une Nuit En Enfer défend portant, et représente à la perfection une vision du cinéma : celle d'un plaisir "simple", instantané, d'une conversation à bâton rompu entre le film et son spectateur, quasi instinctive. A la manière d'une tournée des bars, Une Nuit En Enfer est excitant et enivrant, il est comme un shot d'alcool fort, à effet immédiat, mais lui au moins peut être consommé sans modération et ne donne pas mal à la tête.
Une série B boostée à l'hommage et délicieusement débridée.

Procurez-vous Une Nuit En Enfer d'autres films de Robert Rodriguez ou Quentin Tarantino ou avec Georges Clooney

Rough Cut (Hun Jang, 2008)


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Les relations conflictuelles d'un gangster qui a toujours rêvé de faire du cinéma et d'un acteur de films d'action en perte de vitesse, à cause de son comportement violent. Amenés à tourner ensemble ils décident de ne pas simuler les scènes de combat...

Hun Jang (Secret Reunion) a déjà contribué à grossir la liste des films chroniqués sur Doorama. Avec Rough Cut, il met en image un scénario de Kim Ki Duk (Printemps, Eté Automne, Hiver) construit autour de la fascination réciproque de deux personnages issus d'univers différents.

Contrairement aux apparences, Rough Cut n'est pas un âpre polar, mais davantage une confrontation psychologique dont les combats s'apparentent plus à l'expression de l’orgueil des personnages qu'à leur violence. Thème cher au cinéma asiatique, c'est ici des "différences qui nous unissent" dont il est question, Rough Cut met en perspectives deux profils a priori opposés et les fait s’entremêler pour souligner ce qu'ils ont de commun (jusqu'à les confondre ?).

Le potentiel de ce rapprochement improbable ne trouve hélas pas son épanouissement dans le film de Hun Jang. Coincé entre une réelle volonté de raconter deux parcours de vie, la tentation de donner corps physiquement à la tension psychologique et le manque d'épaisseur de ses personnages, Rough Cut sombre dans l'anecdotique. Hun Jang échoue à donner à son film l'intensité nécessaire, il ne parvient pas à impliquer le spectateur dans ce duel en ne parvenant pas à faire apparaître de réels enjeux chez ses personnages. Au mieux il ne parvient qu'à justifier le point de départ de leur histoire, dans une première partie par ailleurs très bien construite, mais qui ne tiendra hélas pas ses promesses.

Nous avons été durs dans notre note avec Rough Cut... Si elle est loin de refléter la qualité générale du film (bien plus qu'honorable, en tout cas techniquement), elle témoigne plutôt de cette déception tenace qui nous a envahi devant l'incapacité de son réalisateur à s'emparer de son scénario. Rough Cut ne fait qu'effleurer son sujet (le monde du cinéma face à celui des gangsters, sa timidité à construire et explorer une rivalité...), et s'il se laisse regarder gentiment, jamais il ne nous emporte. Rough Cut n'est au final qu'une bonne idée initiale, mais qui peine à occuper tout l'espace d'un film.

Procurez-vous d'autres films coréens ou de Hun Jang

The Hot Spot (Dennis Hopper, 1990)


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Harry Madox arrive dans une petite ville du Texas et trouve une place de vendeur de voitures. Entre cette banque qui lui tends les bras, le maître chanteur de la jeune et belle Gloria et Dolly, la femme de son patron, qui a jeté son dévolu sur lui, le séjour de Madox au Texas sera chaud.

C'est l'acteur Dennis Hoper (réalisateur du mythique Easy Riders ou de Colors) qui est aux commande de ce Film Noir pur jus. A l'Instar des acteurs-réalisateurs de cette génération (Eastwood ou Redford), Hopper opte pour une mise en scène classique et académique, et ressort pour l'occasion tous les codes et le bestiaire qui ont fait la gloire du genre (l'épouse mante-religieuse, l'innocente colombe, le loup-solitaire, la jalousie, le crime, le chantage et des problèmes pour seule issue possible).

Mais The Hot Spot vit cependant avec son temps, nous sommes à la fin de 80's. Il troque donc le noir et blanc d’antan pour les tons chauds et la lumière des grands espaces (avec un usage des bleus et orangé, très tendances à l'époque, mais aujourd'hui bien laids) et libère l'érotisme et le désir de ses personnages (suggérés et non montrés dans les 50's). Il utilise les impressionnantes plastiques de la délicate Jennifer Connely et de la brûlante Virginia Madsen et la chaleur étouffante du Texas (à la manière de U-Turn) pour appuyer la chaleur et le torride de son scénario. Il jette enfin le bellâtre Don Johnson (de la série Deux flics à Miami) au milieu de cette étuve...

The Hot Spot ne surprendra pas, mais ce n'est certainement pas son but. Il propose simplement un revival, remis au gout du jour (sexe !), de l'un des grand thèmes du Film Noir : à savoir la mante religieuse (comme assurance Sur La Mort ou Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois). Élégamment  mis en scène, il soigne son climat sulfureux et son rythme accablé, et même s'il ne ne met pas en danger un seul instant la réputation de ses illustres prédécesseurs, le film de Dennis Hoper ne démérite absolument pas (pour peu que l'on ne s'attarde pas trop sur sa chute) et fera honnêtement son office auprès des amateurs de films noirs (dont nous faisons partie).

Quant aux autres, s'ils venaient à trouver le temps long, ils auront largement de quoi se consoler, lorsqu'en fermant leurs yeux le soir, ils continueront de voir les sculpturales courbes de Jennifer Connely et de Virginia Madsen, à jamais incrustées à l'intérieur de leurs paupières... 

Procurez-vous Hot Spot ou des films de (ou avec) Dennis Hoper ou avecJennifer Connely

Carnets de Voyage (Walter Salles, 2003)


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En 1952, Ernesto Guevara, que l'histoire retiendra sous le nom du "Che", et Alberto Granado partent pour un long voyage à travers toute l'Amérique Latine sur leur vieille moto. Ils en seront changés à jamais.

Walter Salles (La Cité de Dieu) porte à l'écran le journal de voyage de Che Guevara, avant que celui-ci ne devienne le leader révolutionnaire que l'on connait. Ce n'est donc pas "la légende" mais bien "la légende : les origines" qui est ici qui magnifiquement évoqué par le biais de ce voyage initiatique.

Le Voyage (le vrai), voilà le véritable thème de Carnets de Voyages. Que ce soit d'un point géographique à un autre, avec toute l'expérience humaines et l'enrichissement qui en découle, ou bien par l'évocation de ce qui décidera un jeune médecin à prendre par la suite les armes, Walter Salles jalonne ce parcours d'autant de rencontres et de prises de conscience qui construisent un homme et peuvent à jamais en changer la destinée.

Se cachent dans le film de Walter Salles de puissants moments d'humanité, ainsi que de formidables leçons que la vie distribue à ceux qui veulent bien les voir. Avec une mise en scène épurée, limpide et solide, Walter Salles concentre et réussit à partager une émotion folle. Il parvient à évoquer, en 2h superbement gérées, la force du Voyage et la construction d'un homme (et par le moindre), au travers de personnages simples et de situations sociales toujours abordés avec finesse.

Visuellement splendide (les paysages sont le troisième acteur magique du film !), parfaitement dépaysant et incroyablement riche par les thèmes qu'il aborde, Carnets de Voyage est un voyage initiatique (pour le Che comme pour le spectateur) qui enthousiasme et mène à la réflexion. Et qu'il s'agisse d'un morceau de vie du "Che" ou non, ne change rien à la force du film, celui-ci tire sa beauté de la simplicité des choses de la vie, et de la manière qu'elle a de nous interpeler. Simple, subtil et imparable.

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