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L'hôpital (The Hospital, Arthur Hiller 1971)


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Le docteur Herbert Bock, au bord de la dépression, gère au mieux son hôpital dans lequel se succède une inquiétante série d'erreurs, dont certaines s'avèreront mortelles. Il s'éprend de la fille d'un patient dont le père dans le coma n'est peut être pas étranger aux derniers incidents.

Le film le plus connu de Arthur Hiller est sans doute Love Story, mais faute d'identifier clairement le style de ce réalisateur dans the Hospital, on se contentera de suivre ici une curieuse intrigue amoureuse sur fond d'erreurs médicales.

Nous sommes bien loin d'Urgences, mais on retrouve dans L'Hôpital ce quotidien des médecins, ici traité d'une manière très particulière. The Hospital semble hésiter en permanence entre plusieurs genres, passant de la comédie acide, au film de moeurs intimiste puis au film d'enquête. Ainsi fractionné en plusieurs facettes, chacune intéressantes, le film ne trouve pas sa cohérence, et on est alors un peu passif, voire captif de ses choix narratifs.

Reste que le ton de The Hospital parvient souvent à séduire profondément. Grâce à un sublime George C. Scott (Patton, le superbe Jour du Dauphin) et à sa passionnante interprétation, The Hospital dégage un certain spleen, une vague sensation de désespoir et/ou d'impuissance qui permet pourtant d'aborder avec une belle sensibilité la difficulté d'un métier aussi dur que beau. On n'oubliera pas bien sûr la belle Diana Rigg dans un superbe personnage particulièrement énigmatique, sorte de créature angélique, dans ce gigantesque bâtiment où l'humain, pourtant au centre de tout, semble bien rare.

Petit film oublié, à juste titre diront certains, nous avons pourtant été séduit malgré sa forme maladroite. Si notre plaisir n'était pas complet, le matériau humain abordé dans son scénario nous a en revanche apporté toute satisfaction. Quand à George C. Scott, nous sommes tombé en admiration devant tant de talent : la rencontre avec Diana Rigg dans son bureau est un superbe moment de cinéma, fort et intime, Vrai !

Procurez-vous d'autres films de Arthur Hiller

Zardoz (John Boorman, 1973)


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En 2293, une société avancée se préserve en gardant le contrôle sur le reste des habitants de la planète, à l'aide d'un dieu factice, représenté par un masque de pierre : Zardoz. Mais un jour Zed, qui fait partie du monde soumis à Zardoz, s'introduit dans la petite société d'élites, apportant avec lui  questionnement et division.

Nous ne sommes pas peu fiers, à Doorama, d'avoir pondu le résumé ci-dessus, tant Zardoz est difficile à cerner. Film de science-fiction né dans les années post baba cool, Zardoz porte effectivement ce souffle (et ce look !) en lui, mais il lui adjoint une approche philosophique et métaphysique sur la Société et la vie.

Véritable bouillon de culture en effervescence, Zardoz brille (et ploie !) sous mille facettes : une esthétique kitch bien avancée (mais savoureuse !), une fable philosophique sur la Société Humaine, une réflexion sur le grand cercle de la Vie, une vision ambitieuse de la SF et une narration qui hésite entre symbolisme et réflexion. A dire vrai, on hésite à classer Zardoz dans une quelconque catégorie, ni même se prononcer sur sa qualité (ou non !) tant il échappe à toute classification. La seule certitude qu'apporte Zardoz, ce sont ces origines "beatnik" qui lui donnent aujourd'hui une patine aussi kitch que salvatrice (ses allures de happening à la Ken Russel surprennent et séduisent !).

A la fin de ses 100 minutes de réflexion, de rebondissements, d’hypothèses new-age, créationnistes et sociétales, on ressort lessivés (et lassé) de ces trips hermétiques symbolistico-hallucinatoires, mais on est aussi parfaitement étonné, et d'une certaine manière réjouis de l'expérience !

Zardoz est un rejeton psychédélique et barré que seul un réalisateur libre, engagé et ambitieux pouvait mener à bien. John Boorman, l'auteur de Délivrance, La Forêt d'Emeraude, Excalibur ou bien encore L'Exorciste II ou le Point de Non-Retour, s'est attelé à ce délire non identifié qu'est Zardoz, si on ne sait trop quoi en penser, on pense en revanche que c'est un film unique (jamais copié !) aussi riche que ridicule ! (inoubliable Sean Connery en exterminateur en slip rouge !).
Echec total ou ovni : à découvrir pour se forger sa propre idée sur ce délire psychédélique particulièrement surprenant entre le Magisien d'Oz et 2001 l'Odysée de l'Espace.
On attend vos commentaires.

Procurez-vous Zardoz ou d'autres films de John Boorman ou avec Sean Connery

Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil, 1969)


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Après une évasion audacieuse, Roger Sarlet se planque chez les Manalese, des truands siciliens. Ensemble ils vont monter le casse d'une exposition de bijoux internationale. Mais c'est sans compter sur la détermination du Commissaire Le Goff, bien décidé à retrouver Sarlet.

Cinéaste à la carrière internationale, Henri Verneuil touchait à tout : du western au policier (La bataille de San Sébastien, Le Casse), du drame au film politique (Un Singe en Hiver, Mille Milliards de Dollars), et toujours avec les plus grands (Anthony Quin, Gabin, Delon...). Le Clan des Siciliens revêt donc naturellement les habit de la grosse production française (et populaire !), mais de qualité.

Verneuil réunit pour cette histoire de casse les plus grands acteurs français d'alors et élabore, avec le Clan des Siciliens, un film de gangsters soigné qui,malgré un certain coté convenu et académique, s'est installé dans l'histoire du cinéma français. Le Clan des Siciliens est un "cinéma de papa", pur et efficace, dont la patine "cinéma à l'ancienne" procure toujours un plaisir authentique. Dénué de tout humour, ce polar à la française, sobre et "masculin" (on ajoutera Alain Corneau et surtout Melville dans cette veine là) souffre certes de rides marquées, dues à sa réalisation train-train, pas très créative, et son rythme peu alerte, mais il continue de fonctionner parfaitement et dégage encore cette "force tranquille" des classiques.

Le Clan des Siciliens n'est pas un chef d'oeuvre éternel, il n'est finalement qu'un divertissement haut de gamme, mais qui à su trouver sa place parmi nos classiques. Alain Delon en jeune félin impétueux et séducteur (Ah ! cette scène de la pêche au congre qui se termine en étreinte qui s'avèrera mortelle), Jean Gabin en sage patriarche, Lino Ventura en commissaire obstiné, Ennio Morricone à la musique, et Henri Verneuil en chef d'orchestre expérimenté : avec autant de talents, il était difficile de ne pas livrer une belle pièce ! Si on se dit aujourd'hui que le résultat est en dessous de ce qu'on était en droit d'espérer, Le Clan des Siciliens n'en demeure pas moins savoureux au plus haut point : un classique de genre qui "roule ses mécaniques" aujourd'hui démodées, mais qui séduit encore et en impose toujours !

Strange Circus (Kimyô na sâkasu - Sion Sono, 2005)


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Mitsuko est abusée par son père puis forcée (enfermée dans un étui de violoncelle) à regarder ses parents faire l'amour. Mitsuko tue accidentellement sa mère, profondément perturbée depuis la découvert des pratiques de son mari... Quelques années plus tard, une femme écrivain publie les terribles histoires de Mitsuko qui éveilleront l'intérêt de Yuji, un jeune homme androgyne.

Son affiche rappelle certes American Beauty, mais ce Strange Circus va bien au délà de la simple destruction de la sacro-sainte notion de Famille, jugez plutôt : inceste, voyeurisme, séquestration, handicap, transfert, mutilation, sexe, refoulement, violence, traumatisme, etc... Une fois de plus Sion Sono livre un patchwork aussi libre et dense que provocateur.

Emprunt de la fureur d'un Old Boy et du baroque d'un univers Lynchien, Strange Circus dessine un film dérangeant et maladif, dont l'intention reste difficilement définissable devant tant de pistes psychologiques et scénaristiques. Objet fascinant et barré, le film de Sion Sono met en image un univers mental brisé (plusieurs ?) avec une grande liberté et une vaste énergie créative, proposant ainsi au spectateur un scénario à tiroirs, véritable jeu de pistes aux multiples facettes, entre thriller et fantastique.

Si le cinéma du réalisateur est une passionnante expérience, assez extrême quand à ses thèmes, son flirt perpétuel avec les limites joue cependant contre lui. On connait cette tendance, dans le cinéma japonais, à aller loin, très loin, dès lors qu'ils l'ont décidé, mais en poussant tous les curseurs à fond,  Strange Circus casse volontairement son enjeu dramatique pour lui préférer l'évocation baroque, aux allures grotesques et excessives, bref mettre en image le chaos intérieur de son (ses) personnage(s) sous la forme d'un "grand cirque étrange".

On adhèrera (ou pas !) à ce cinéma et ce langage, mais on ne pourra ni rester insensible à autant d'énergie, ni même ne pas reconnaitre à Sion Sono un style et une personnalité qui, à l'opposé de ses thèmes troubles et dérangeants, font du bien au spectateur exigeant (et préparé !) que nous sommes.
A la rédaction, on lui a cependant préféré Guilty of Romance, plus conventionnel certes, mais plus "durable" et abordable.


Beneath The Darkness (Nuits Noires - Martin Guigui, 2012)


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Des adolescents tentent de prouver que le croque-mort de la ville n'est pas cet individu normal qu'il prétend être... En pénétrant chez lui, ils découvrent qu'il y garde le corps d'une femme, mais surpris par l'homme, l'un d'eux est tué de sang froid...

Il y a Thriller et thriller ! Beneath the Darkness ne rentre ni dans la première catégorie des Thrillers qui font peur, glacent le sang et vous mettent en apnée jusqu'au générique de fin, il ne rentre pas non plus dans celle de ces thrillers qui font au moins passer un bon moment et divertissent efficacement.Non, Beneath The Darkness ne semble exister que pour occuper un trou dans une grille de programmation d'une chaîne télé lambda !

On s'étonne du minimum mis en oeuvre par Martin Guigui (non, ne nous moquons pas, c'est mal !), on ne comprend pas pourquoi un tel scénario (des jeunes sans aucun relief se "battent" pour prouver qu'ils ont raison de suspecter un homme d'être un dangereux psychopathe) soit porté à l'écran sans même tenter d'y ajouter un nouvel élément, on comprend encore moins comment son réalisateur puisse imaginer que le spectateur marche, ne serait-ce qu'un instant, dans une intrigue aussi dénuée de suspense que de surprise.

Beneath The Darkness échoue à susciter tout intérêt du spectateur, il accumule les poncifs, exploite mal les codes du genre et ne parvient qu'à créer un profond ennui que le jeu cabotin d'un Denis Quaid au minimum syndical ne parvient pas à rehausser un instant.

Grand "rien" exempt de tout enjeux, vidé de toute substance artistique comme technique, on ressort de Beneath the Darkness avec une folle envie de se revoir un bon Steven Seagal, histoire d'avoir l'impression de voir un "vrai film"... C'est dire !


The Rutles (Gary Weis & Eric Idle, 1978)


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Le documentaire sur le groupe de Liverpool qui à véritablement révolutionné la musique de notre siècle : The Rutles.

Eric Idle, membre des Monty Python, co-réalise ce "Mockumentaire" méticuleux et précis sur des pseudos Beatles. Si cet exercice de faux-documentaire sort de l'univers des Monty Python et n'apporte pas la folie d'un Monty Python's Holy Graal, il n'en est pas moins un rejeton, mais sa nature lui fera rechercher les apparences de la crédibilité, plutôt que le non-sens no-limit que l'on connait à la fine équipe.

L'ampleur d'un phénomène comme celui des Beatles se prête forcément à la caricature, et tout en exprimant l'indispensable respect britannique dû aux garçons de Liverpool, The Rutles ne se prive pourtant pas de pointer le ridicule du phénomène pop du siècle (certains engagements ou prises de position du groupe, le grand cirque médiatique...). Il réussi à livrer un documentaire qui par la relative discrétion de son humour (on a dit "relative" !) n'est pas plus improbable que certains véritables Rockumentaires (on pense au très rock Dig, et sa sidérante réalité caricaturale...)

The Rutles ne déclenche pas de longs fou-rires, il travaille au contraire l'art du petit détail. Il trouve son inspiration comique dans les faits tels qu'on les connait et installe le décalage Monty Pythesque, l'inattendu : Lennon n'épousera pas une japonaise, mais une allemande en uniforme nazi (et Idle se gardera d'aller plus loin...) et les substances illicites sont remplacées par une addiction au Thé !

Mais le clou des Ruttles c'est la richesse des textes prêtés au groupe ! Point de pitié ne sera faite sur le légendaire génie créatif du groupe : "I feel good, I feel bad, I feel happy, I feel sad, Am I in love? I must be in love" et autres  morceaux de haute volée achèvent la finesse du portrait. On notera par ailleurs les nombreuses participations amicales au film, parmi lesquelles Mick Jagger et Paul Simon...

The Rutles n'est pas un sommet d'humour inoubliable, et encore moins un objet aussi culte que Spinal Tap, mais en le précédant de plus de 6 ans et en ayant montré (non sans talent) la voie, on s'incline respectueusement devant l'esprit Pythonesque, à la fois irrévérencieux, débridé (même s'il est ici volontairement canalisé) et surtout sacrément en avance !
 

We Need To Talk About Kevin (Lynne Ramsay, 2010)


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Eva est une mère brisée. Elle passe en revue ses relations catastrophiques avec son fils Kevin, s'interroge sur l'amour qu'ils partagent, et sur sa responsabilité dans un drame qui la marquera à jamais.

Si la forme éclatée du film de Lynne Ramay peut au début déconcerter le spectateur, elle lui permet aussi d'accepter plus "naturellement" cette terrible description des rapport entre une mère et son fils, rapport de haine (?) et de défiance, qu'il aurait peut être refusé autrement.

We Need To Talk About Kevin aborde avec tact, intelligence, mais aussi avec une grande cruauté psychologique, cette histoire d'anti-amour maternel. Sa réalisation en flash-backs donne force et justesse à cette dissection de la souffrance maternelle. En digne pendant parental de Eléphant, We Need To Talk About Kevin s'attaque à la psychologie du fait-divers qui choque, et non à la violence de son résultat, et lui adjoint un judicieux traitement à la limite du fantastique. Il dresse un portrait diabolique (maléfique !) et dérangeant d'un Kevin ordinaire, et parvient à transformer le quotidien de cette mère en antichambre de l'horreur (horreur qui sera révélée, mais judicieusement non expliquée au spectateur, lors du puissant dénouement du film).

Tilda Swinton, en mère honteuse de ne pas aimer son propre fils, parachève la justesse et la pertinence du point de vue féminin du film de Lynne Ramsay. Avec la force et la froideur du cinéma de Haneke, We Need To Talk About Kevin emmène le spectateur dans une réflexion sur l'amour filiale, ou plus précisément sur le tabou de son absence.

Puissant, inquiétant, dérangeant et superbement construit, We Need To Talk About Kevin trouble le spectateur en lui proposant le cauchemar de toute mère. C'est un film d'horreur sans portes qui claquent, sans suspense (la découverte du drame final n'est pas son enjeux) ni aucune goutte de sang (du sang, Ramsay ne retiendra que le pouvoir d'évocation de sa couleur). We Need to Talk About Kevin fait froid dans le dos, son sujet glace, sa forme séduit, cette immersion dans ce double drame (un pour la mère, l'autre pour le fils) fascine autant qu'il passionne.

Un tel sujet aurait pu (aurait normalement dû ?) donner un simple films fantastique ou un pur thriller, Lynne Ramsay l'a transformé, en ses mains orfèvres, en un redoutable face à face, silencieux, implacable, à l'efficacité quasi imparable. Une approche troublante, impressionnante et inspirée.  


Detachment (Tony Kaye, 2011)


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Henry Barthes est professeur-remplaçant dans les lycées. Il est confronté aux difficultés de son métier d'enseignant, à un système éducatif usé ainsi qu'aux souffrances de certains de ses élèves.

Detachment frappe fort ! Entre spleen et désespoir, Tony Kaye (American History X) dresse un portrait noir et sombre du métier d'enseignant. Il en parcours toutes les faiblesses, toutes les difficultés, tous les combats pour en dresser le portrait d'une profession qui serait le dernier enjeux de notre société, son dernier rempart contre ses propres maux.

Si au premier abord Detachment fait mouche par le ton de sa narration, son rythme et sa très belle réalisation (sans compter les nombreux et pertinents sujets qu'il aborde !), il ne parvient pourtant pas remporter l'adhésion du spectateur. 

A grand coups de scénettes clipesques et tendances (caméra épaule, profondeur de champs hyper réduite, passages en animation, flash backs esthétisants...), Tony Kaye surligne les difficultés et le désespoir de ses personnages. Chaque minute met à nu un nouveau problème, qu'il soit social ou humain, chaque nouvelle scène appelle un sombre constat, surchargeant chaque fois davantage le noir tableau. Comme fasciné par les situations qu'il met à nu, Tony Kaye surcharge son propos, et à force de désespoir tombe dans la complaisance.

A la manière d'un Biutiful (lui aussi beau et fort), Detachment pousse trop loin le curseur. Rien n'est omis : océan d'incompréhension, incapacité à communiquer, isolement, suicide, décès, prostitution, échec scolaire, perte de lien, perte des repères, etc... la liste est longue ! Detachment se contente d'accumuler les signaux alarmants, de lister les agressions de la vie quotidienne sans jamais laisser aucun répit.

Alors oui, Detachment est émouvant, remue à l'intérieur... Oui, Detachment est beau et esthétique... Mais son exhibition stylisée et systématique de tous les malheurs du monde, finit par habituer puis insensibiliser le spectateur. Si belles et justes soit les idées véhiculées par Detachment, la réalisation de Tony Kaye peine à trouver son équilibre, manque de contrastes, et par manque de lumière peine à mettre en valeur ses ombres. Quand à son interprète, Adrien Brody (impérial en professeur qui tente de trouver la bonne distance aux choses), il ne fera que renforcer le désespoir excessif de Detachment.

Detachment est un plat raffiné, sa présentation est magnifique, il est absolument délicieux et réussi... mais il est hélas difficile à digérer ! Maintenant que vous êtes prévenu, on vous le recommande.



Shogun's Sadism (Ushiaki No Kei, Yuji Makiguchi, 1975)


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Deux histoires : 1) Dans l'ère Tokugawa, le shogun traque les chrétiens et leur inflige de terribles tortures. Il apprend que l'un de ses samouraïs à pour femme une chrétienne. 2) Dans l'ère Edo, un homme devient l'employé d'un bordel. Devant la brutalité du lieu, il s'enfuit avec une geisha.

Dans les années 70, le cinéma d'exploitation japonais produisait à la chaine des films centrés sur la violence ou le sexe (les "pink" movies). Shogun's Sadism surfe donc sur cette vague en proposant deux histoires, purs prétextes à montrer une tortures gores et des corps féminins nus, le tout avec le moins de limites possibles et avec la plus grande gratuité.

Shogun's Sadism (dans son genre !) s'avère plutôt "raffiné" et souvent "original" dans la recherche de l'extrême (un homme cuit dans un four en forme de Tanuki -genre de blaireau- ou une femme écartelée par des taureaux !), mais cette imagination débordante est vite annihilée par la pauvreté technique et artistique de l'ensemble. Ce cinéma bis ne présente que bien peu d'intérêt, si ce n'est les reflets qu'il renvoie de l'industrie cinématographique de l'époque.

Enchaînant viols et tortures aussi naturellement que Superman porte une cape pour voler (curieuse image...), Shogun's Sadism est finalement bien inoffensif. Sorte de grand-guignol gore à la Herschell Gordon Lewis (2000 maniacs) (du steak et du faux sang sur des acteurs qui simulent mal la douleur...), sa surenchère poussive de sadisme gratuit est aussi loin de toute utilité scénaristique que d'installer un quelconque malaise. De malsain, Shogun's Sadism n'a que son idée de base (montrer du crade), sa forme finale relève du divertissement d'horreur au premier degré, finalement assez rigolo. Bref, ce n'est ni Salo, ni La Dernière Maison sur La Gauche !  .

Shogun's Sadism est un "cinéma de quartier" complaisant et qui prête à sourire, c'est un film qui bien que laid et inutile (et pour peu que "série Z", "ciné-bis" ou "exploitation" attire votre oreille), tiendra toutes ses promesses. Shogun Sadism est un ciné débridé, racoleur, voyeur (bien que ses "flouttés" frustreront les plus coquins d'entre vous...), fun et créatif, c'est un peu un film d'enfant qui ne serait destiné qu'aux adultes, c'est aussi un témoin de son époque qui ravira les amateurs de perles baroques un peu oubliées... Inutile mais tellement indispensable !

Guilty of Romance (Koi no Tsumi - Sion Sono, 2011)


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Des morceaux d'un corps féminin sont découverts dans le quartier des Love Hotels de Tokyo... Izumi est une femme au foyer, sage est rangée, qui va découvrir sa sexualité, et tomber dans à la prostitution... Mitsuko, professeur à la fac le jour et prostituée la nuit, sera celle qui guidera Izumi de plus en plus loin dans ce quartier trouble... Trop loin ?

Avec Guilty of Romance, Sion Sono termine sa "trilogie de la famille" (après Love Exposure et la passionnant et étonnant Cold Fish), mais il est davantage connu pour son Suicide Club. Son cinéma très libre et provocant, excessif et riche, revêt ici des allures très "punk-underground" et s'accompagne surtout d'une avalanche de sexe nimbée dans une violence omniprésente (peu visuelle, à l'exception de la scène de crime qui ouvre le film, mais présente jusque dans le quotidien tranquille et bourgeois d'Izumi).

Si Cold Fish apparait comme barré, complaisant  et jusqu'auboutiste (sa sexualité impudiquement et largement étalée aux yeux du spectateur, son hystérie croissante, ses couleurs agressives...), il demeure pourtant plus proche du cinéma d'auteur que de la série B choc. Sion Sono manie la violence des situations et ses tableaux dérangeants loin de toute volonté de gratuité. Bien au contraire, il les utilise comme de véritables révélateurs des parcours intérieurs de ses personnages. Les femmes de Guilty of Romance sont frustrées et blessées, la frénésie des images ne fait qu'exprimer l'intensité de leurs blessures, leur sexualité débridée est l'exutoire de leurs frustrations profondes (jusqu'à l'oedipe selon Sono !).

Guilty Of Romance, c'est un peu Belle de Jour (version No-Future) avec un zeste de Doom Generation... S'il peut largement déconcerter, voire perdre complètement le spectateur (ses excès, sa relative lenteur, sa structure en chapitre qui casse son rythme) , il n'en demeure pas moins un bel objet cinématographique, aussi stimulant que radical. Comme Cold Fish ou Audition, son début lent et routinier (intro mise à part) vous emmène irrémédiablement vers un drame tourmenté, véritable bouillon de culture de souffrances (une structure très prisée du cinéma asiatique finalement).

Imparfait à bien des égards, Guilty Of Romance fascine pourtant par sa liberté totale de ton et son audace. On a du mal à classer ce film qui ne ressemble à rien, qui ne cesse d'exhiber et de s'exhiber derrière des allures provocantes. En revanche, on identifie parfaitement le plaisir qu'il procure : et celui-ci n'est pas que du qu'à la splendide plastique de son héroïne (quelle poitrine !), mais bel et bien de l'immense talent (peut être maladroitement canalisé) de son brillant et passionnant réalisateur.
Guilty of Romance est un acide cinématographique à essayer !

Verbo (Lost Destination - Eduardo Chapero-Jackson, 2011)


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Dans une ville d'Espagne un peu déshumanisée, une jeune fille renfermée sur elle même a du mal a trouver sa place dans sa famille et la société. Fascinée par les tags de Lyriko, leur interprétation tourne presque à l'obsession. Lorsque elle décide de mettre fin à ses jours, Lyrico vient à elle dans univers imaginaire.

L'exploration de l'univers de l'enfance ou de l'adolescence, de leurs souffrances, leur sensibilité, peut donner les meilleures choses (Le Labyrinthe de Pan pour la vision enfantine du monde adulte, Colorful pour son approche du suicide...), mais aussi les pires, comme le démontre brillamment ce Verbo, nouvelle approche ibérique de ce thème.


Le réalisateur avait pourtant visé haut en choisissant d'aborder le suicide et le mal-être par le biais d'un monde imaginaire (où se déroule le combat de l'héroïne pour surmonter la dureté de la société) et en lui appliquant un traitement non dénué de volonté poétique. Mais peine perdue ! Pourtant ambitieux, Verbo s'enlise dans un rythme calamiteux et une utilisation des codes ados proche du caricatural (look skateurs ténébreux, entre le cyber punk de Matrix et le gothic-samouraï tendance Emo...).

Caché derrière un symbolisme faussement travaillé, Verbo échoue à communiquer le mal-être de son héroïne (la jeune Alba Garcia aura pourtant livré une interprétation juste et fragile de son personnage) et se heurte régulièrement au ridicule, en proposant un monde imaginaire factice, superficiel et fort peu inspiré (les jeunes aiment le rap, Matrix et les jeux vidéos...). Verbo aurait pu se limiter à un film inabouti, victime de quelques maladresses, mais tant de fausses idées, infligées avec tant de prétention (l'alibi culturel Don Quichotte, le message de la beauté...) au spectateur, ne parviennent au final qu'à le faire trébucher de plus haut.

A la manière d'un Sucker Punch (raté, selon nous), Verbo tente vainement de mettre en image les fragilités de nos teens, son utilisation de codes puéril ne parvient pas à rendre crédible une problématique pourtant riche et passionnante (Le Labyrinthe de Pan, lui, y parvenait). Verbo dégage, malgré une ambition initiale certaine, le parfum du "bon coup" calculé, il semble transpirer d'une envie de devenir le film emblématique d'une génération incomprise. Hélas, devant tant de sincérité feinte, tant de maquillages artificiels (les parties animées) et de représentations creuses et usées, Verbo irrite profondément et ennuie rapidement (à moins que ça ne soit l'inverse...).

A la rédaction, nous avons vécu ce Verbo comme une tentative d'escroquerie intellectuelle, mais malgré nos recherches, il ne semble pas possible de porter plainte contre ce genre de faits !


On The Ice (Andrew Okpeaha MacLean, 2011)


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Dans la petite ville d'Alaska où vivent Qalli, James et Aivaaq, il y a peu de choses à faire et la vie s'écoule doucement. Lors d'une virée pour chasser le phoque, une dispute s'engage et James est tué par accident. Qalli et Aivaaq décident de faire disparaitre le corps, alors que le village entame des recherches...

Plus qu'un thriller, comme le suggère son affiche, On The Ice est avant tout un drame simple et sobre en provenance directe d'Alaska (si rare qu'il fallait le signaler !).

Débutant comme une chronique sociale d'une micro société isolée et se poursuivant sur une pseudo enquête, cette dispute qui tourne mal (et les mauvaises décision des personnages qui s'ensuivent) oriente le film vers le thème de la culpabilité et du mensonge. A des années lumières du film à rebondissement, On The Ice joue la carte de l'intimiste. Dans la petite communauté soudée de cette ville isolée, il est aussi difficile de cacher la vérité que de faire disparaitre un corps au milieu d'un grand nord qui fige et conserve tout...

Le film d'Andrew Okpeaha MacLean est silencieux, resserré sur cette amitié malmenée par le tragique accident. On The Ice installe un climat pesant, il exploite à merveille l'isolement et le dépouillement du paysage désertique dans lequel il se déroule. Pour ainsi dire au milieu de nulle part, ses personnages ne peuvent se cacher, ils sont alors condamnés à voir leurs actes exposés et la vérité éclater.

Atypique, tendu et comme suspendu par le froid, On the Ice est un drame lent et douloureux. Le dénuement dans lequel le drame se forme, n'est pas sans rappeler l'ambiance et le désespoir d'un Winter Bone (mais sans sa dimension sociale). Loin des clichés et des enquêtes criminelles basées sur le suspense, le film propose une intrigue minimaliste, peuplée de personnages fragiles et terriblement attachants. On the Ice n'est ni trépidant, ni exagérément excitant, mais il est une intéressante alternative à la fureur habituelle des thrillers grand public, hors des sentiers battus, comme figée dans le froid, .