Entre Traquée et Thelma & Louise, Ridley Scott retrouve les décors saturés de néons et les rues bondées qui l'avaient inspiré pour son Blade Runner, dans ce thriller japonisant et esthétique. Cette confrontation de style entre les méthodes d'un policier new-yorkais fonceur et tête-brûlée et la discipline japonaise débouchera, bien sûr, sur une meilleure compréhension de l'autre culture.
Scott s'appuie donc sur la différence de culture pour donner un peu de relief à un scénario bien connu, et habille son film de tout son savoir-faire visuel pour lui donner une apparence élégante, voire tendance. Black Rain arrive après Top Gun et l'Arme Fatale, et ça se sent ! Comme une réponse visuelle au Flic de Beverly Hills 2 de son frérot Tony Scott, Black Rain est tape à loeil, comme le Mel Gibson de l'Arme Fatale il met en scène un flic obstiné, très moto-ray-ban-brushing, parfait prototype du héros 80's ! Si Black Rain était très "beau" lors de sa sortie, il est aujourd'hui marqué du fer rouge des années 80's, et c'est une impression de superficiel qui se dégage de sa vision.
Au delà de son look esthétisant (soigné et réussi, mais énervant), c'est la transposition de son enquête ordinaire au japon, avec toutes ses différences culturelles, qui donne à Black Rain sa personnalité. Hélas, nous sommes bien loin de la finesse et de l'intensité du génial Yakuza de Sidney Lumet (avec Robert Mitchum, 1975) et Black Rain ne fait qu'effleurer cet aspect culturel, l'utilisant davantage comme un simple élément de décor que comme un réel moteur de son scénario. Ken Takakura, qui assiste nos flics dans le film de Scott était d'ailleurs celui qui donnait la réplique à Robert Mitchum dans Yakuza ; il tenait ce rôle de "traducteur culturel", fonction bien discrète dans Black Rain... Nos deux flics sont certes perdus dans la société japonaise (avec leurs armes confisquées), mais malgré leur assistant local, ils apprendront finalement bien peu de leur séjour à Osaka...
Reflet de son époque, superficielle et très "m'as tu vu", Black Rain est certes un peu au dessus des productions du moment, mais son manque d'action, la prévisibilité de son scénar et la sous utilisation de l'environnement japonais ne lui permettent pas d'exprimer son plein potentiel. Film mineur dans la belle filmo de Ridley Scott, Black Rain n'est plus aussi jeune et séduisant qu'en 1989, et sa réalisation pourtant au top alors apparaît aujourd'hui bien plate (preuves de la pauvreté et de l'éphémère de ces années ?).
Sa vision aujourd'hui n'est pas désagréable, mais elle laisse apparaître un thriller un peu mou, mené par un Michael Douglas à la limite de l'exaspérant, et au thème plutôt mal exploité.
Certains films donnent envie d'en revoir d'autres : contents d'avoir revu Black Rain, mais grandement insatisfaits, nous brûlons d'envie de redécouvrir le Yakuza de Lumet... Voilà bien là le meilleur atout de Black Rain !
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