Produit pas Joss Whedon (The Avengers, il faudra donc dorénavant s'intéresser au sens du cinéma de ce monsieur...), La Cabane Dans Les Bois se propose de réinventer le slasher et le moins que nous puissions dire est que la tentative tient toutes ses promesses. Le film de Drew Goddard (scénariste de séries comme Lost et de Cloverfield) est un plaisir de cinéphile, aussi malin que jouissif, qui joue avec délice avec les codes du cinéma d'horreur.
Une cabane, des jeunes un peu cons, une cave, des esprits qui se réveillent... La base de cette pépite est un hommage évident à Evil Dead, mais La Cabane Dans Les Bois y greffe une dimension d'horreur orchestrée par une autre main, de manipulation de la "réalité", particulièrement réjouissante. Ainsi doté d'un outils d'analyse distanciée du Genre, il propose une amusante grille de lecture des films d'horreur (et du coup de l'industrie qui les fait naître !), ce qui lui permet d'atteindre un second degré assez plaisant qui le rapproche d'un "manuel du bon film d'horreur". Très vite on est accroché par l'organisation qui se cache derrière le massacre annoncé des 5 jeunes, très vite le slasher banal et ordinaire se double d'un mystère extraordinaire et d'une véritable raison d'être. La Cabane Dans Les Bois s'amuse à innover là où ne l'attend pas (Lovecraft ?), il détourne les codes usuels en conservant l'esprit potache du Genre et le hisse jusqu'à une véritable impression de jamais vu (d'accord, nous exagérons un peu, mais le résultat est tellement atypique...).
Dissection dans son premier acte du slasher lambda, exposition de la manipulation dans son second acte (avec une intéressante lecture du rôle du ciné d'horreur...) et gigantesque pétage de plombs scénaristique (tout fan en avait rêvé...) dans son exutoire final, La Cabane Dans Les Bois marque des points sur tout les tableaux grâce à un méticuleux décorticage du Genre, et joue avec les capacités des ressorts qu'il contient. Flirtant souvent avec les limites (comme lors de son final, dantesque et loufoque...), Drew Goddard parvient néanmoins à garder le cap et rester fidèle à l'esprit qu'il s'est donné. Derrière son idée initiale se cache une déclaration d'amour au Genre, Fantastique et Horreur, et son réalisateur, à aucun moment, ne tentera d'imposer au spectateur sa vision personnelle du Genre. La Cabane Dans Les Bois évite avec soin de sombrer dans le prétentieux, elle respecte sagement et modestement les limites de son territoire de divertissement, ce qui lui permet d'acquérir ainsi l'adhésion totale du spectateur à son amusante proposition.
La Cabane Dans Les Bois n'atteindra peut-être jamais le statut de chef d'oeuvre du genre ou de film culte, mais son ingéniosité, son humour discret (logé dans son scénario plutôt que dans l'image) et surtout sa volonté inspirée de proposer de neuf en font une grande réussite du genre. A la manière de Chronicle qui explorait avec énergie un matériau connu, La Cabane Dans Les Bois déploie une créativité sincère pour changer la donne, il propose un scénario biscornu et un peu fou, plein de surprises et de clins-d'oeil, qui lui permet de donner forme à un vrai objet de cinéma.
Réservé avant tout aux amateurs de ciné de genre, La Cabane Dans Les Bois est un éfouloir ciselé et pensé, qui regorge de surprises et de plaisirs simples. Malicieux, ludique, créatif, construit avec amour (si, si !), il constitue un excellent moment de cinéma de genre et de divertissement, dont chaque détail est exécuté avec un indéniable savoir-faire et une formidable énergie. La rédaction de Doorama ne peut qu'applaudir devant un tel état d'esprit (même si nous ne sommes pas dupes de son coté roublard...). Même si son charme risque de se dissiper presque totalement lors d'une seconde vision, l'effet est bien là : une bonne claque qui réveille, avec comme récompense l'odeur des croissants et du café chaud ! Une excellente surprise : foncez !

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