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Blackthorn (Mateo Gil, 2011)


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Alors que tous le croient mort, Butch Cassidy vit retiré en Bolivie depuis 20 ans sous le nom de James Blackthorn. Las de sa vie d'éleveur de chevaux, il prépare son retour chez lui aux Etats-Unis, mais sa rencontre avec Eduardo va bouleverser ses projets et l'entraîner dans une dernière chevauchée.

C'est sans doute la rareté du genre sur les écrans et son allure atypique qui nous ont emballé dans ce Western élégant et crépusculaire. Au travers de cette retraite imaginaire du grand bandit américain, on retrouve dans Blackthorn toute la distance nécessaire pour aborder les codes et la mythologie de "feu le genre western" avec l'amertume, le désenchantement et le coté sombre déjà abordé par Eastwood dans Impitoyable. Blackthorn, est un western lent et nostalgique qui explore le Mythe, avec comme principaux atouts Sam Sheppard et les sublimes et étranges paysages de l'Amérique du Sud.

Sam Sheppard a tourné le dos à son tumultueux passé et aspire maintenant à retrouver ses racines et sa famille, mais sa légende se rappellera à lui, comme s'il lui était interdit de d'effacer sa vie d'avant malgré une certaine rédemption. Blackthorn c'est l'aspiration à redevenir un homme ordinaire qui est refusée à un mythe : un homme condamné au passé, malgré la noblesse de ses valeurs retrouvées. Mateo Gil s'attaque avec une grande sobriété à ce parcours rédemptoire et en abordant la fin d'un mythe (Butch Cassidy quand même !) parvient à le ressusciter. Sans parvenir toutefois à atteindre la qualité d'Impitoyable, tout est là, et son réalisateur s'approprie les thèmes eastwoodiens pour en livrer une bien belle interprétation, nostalgique et personnelle.

Ses somptueux décors donnent aussi à Blackthorn une réelle identité, ils impriment un rythme très particulier sur l'histoire et agissent directement sur les personnages. Que ce soit les hauts plateaux salés où l'air se fait rare et les poursuites lentes, ou ses montagnes hostiles, ils plongent les personnages dans d'immenses (et magnifiques !) déserts naturels et, en les isolant, les confrontent et les renvoient à eux même, les forcent à l'introspection. Blackthorn est un plaisir rétinien mû par une utilisation de la nature non sans rappeler celle d'un Lawrence d'Arabie. Blackthorn parvient à construire un western intimiste et lent, à échelle humaine, sans pour autant omettre le souffle et la grandeur de ses prédécesseurs (La Horde Sauvage).

Que ce soit son rythme atypique, ses décors à couper le souffle ou son cocktail équilibré de thématiques fortes (les racines, le mal du pays, la filliation, l'amitié, la rédemption...), Blackthorn surprend le spectateur de bout en bout. Sans jamais se prétendre un "grand western", il en prend pourtant tout les attributs et les met au service d'une histoire, belle, simple et forte. Cette manière de faire un vrai-faux western n'est pas sans rappeler le superbe 3 Enterrements ou L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford... Des westerns pur jus traités dans un style presque extérieur au genre. Et si Blackthorn s'encombre effectivement de flashs-backs qui brisent un peu son pouvoir hypnotisant, la Rédaction à été séduite par son équilibre entre sincérité, grandeur et minimalisme.

Concernant la note de la rédaction, 7 aurait été plus juste, mais devant le plaisir de sa découverte (qui supportera modestement, il est vrai, l'analyse) et son étonnante action retenue (mais captivante), nous avons préféré lui donner un "bonus", afin de vous donner envie de le découvrir vous-aussi. Que l'on adhère ou non au propos et à la forme de Blackthorn (et des raisons de na pas l'aimer, il y en a !), nous pensons que Blackthorn est un film maîtrisé, qui réussit à marier harmonieusement classicisme, modernité, originalité et plaisir (des qualités que nous prêtons au sublime Agora, pour lequel Mateo Gil avait écrit le scénario...). Pas un chef d'oeuvre, mais un film simple, solide et réussi, presque parfait en son genre au vu de ses ambitions et du plaisir qu'il procure : du cinéma, du vrai, comme on aime !

Procurez-vous Blackthorn ou d'autres films de Mateo Gil ou avec Sam Shepard, Eduardo Noriega, Nikolaj Coster-Waldaut ou Stephen Rea 

Océans (Jacques Perrin, Jacques Cluzaud, 2009)


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Dans un futur plus ou moins proche, un grand père se demande comment il pourrait faire comprendre à son petit-fils ce qu'était cet Océan que les hommes ont abîmés au point de le vider de sa vie... Voir ses merveilles suffirait à appréhender sa beauté...

Après Le Peuple Singe (en tant que producteur), Mikrocosmos (sur les insectes...) et Le Peuple Migrateur (les oiseaux...), Jacques Perrin poursuit son exploration des merveilles de la Nature, cette fois dans l'élément liquide.

C'est bien sûr en grande partie la technologie qui donne à Océans son pouvoir d'émerveillement sur le spectateur, mais pas seulement... Ses images, impressionnantes de beauté, coupent littéralement le souffle du spectateur, le mettant presque en situation d'apnée pour mieux pénétrer dans cet océan, mais au delà de sa "simple" beauté esthétique, c'est aussi par le sens de ces images que Océans nous touche !

L'accumulation d'images incroyables, souvent jamais vues (en tout cas de cette manière là !), laisse après leur vision une réelle adhésion au message de Jacques Perrin sur la nécessité, l'urgence, de préserver ce patrimoine naturel. Le message écologique, qui trouve depuis quelques années dans le cinéma un puissant allié, est ici transmis au spectateur sans tentative de le culpabiliser ou de le convaincre à tout prix. Jacques Perrin utilise pour seul argument ce que l'on pourrait résumer par "Regardez ! C'est si beau, si parfait, si énorme qu'il est évident que ça doit rester comme ça l'a toujours été", sa profession de foi, presque comme une prière religieuse...

Documentaire aux images fascinantes, hypnotisantes, certes, Océans ne manquera cependant pas de "références cinématographiques" : La transhumance des araignées de mer surpasse les plus impressionnants combats de 300... Certains habitants des profondeurs semblent avoir inspiré la créature de Alien... d'autres semblent sorties de l'univers de Hayao Miyazaki (Mon Voisin Totoro)... certaines semblent plus violentes et létales que les hordes de Starship Troopers... Quant au poisson-pierre, à l'allure grotesque, il s’avérera un chasseur plus redoutable encore que le Predator de Mc Tiernan ! Océans nous donne à voir la Nature dans ce qu'elle a de plus beau, de plus noble, et nous oblige à accepter humblement sa perfection, sa supériorité même ?

Océans, pour parfaire ses atouts, aura de plus la générosité de se faire discret quand à ses commentaires... Il est vrai que la majorité de ses scènes et ses images parlent (et fort !) d'elles-mêmes, le spectateur peut alors s'abandonner complètement à leur beauté contemplative... Si la pertinence des commentaires n'a d'égal que leur rareté, le spectateur n'échappera cependant pas à notre Bruno Coulais national, tantôt envahissant, tantôt en mode inspiration minimale, mais rien de grave cependant.

Océans est un opéra visuel à l'esthétique somptueuse. Contemplatif et pédagogique, il est un autant un plaisir visuel qu'intellectuel, et ce grâce à une liberté et une subtilité que l'on aurait aimé voir dans le magnifique Home de Yann Arthus-Bertrand. Ce documentaire est une merveilleuse réussite : "le poids des mots, le choc des images", mais sans les mots... :-)

Procurez-vous Océans ou d'autres films de Jacques Perrin, Jacques Cluzaud ou avec Jacques Perrin

Outpost 2 Black Sun (Steve Barker, 2012)


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En Europe, le nazisme semble de nouveau se propager rapidement... Lena, qui pourchasse les criminels nazis encore vivants, et Wallace, à la recherche d'une machine secrète qu'ils auraient créée, vont tenter d'enrayer cette nouvelle invasion. Mais ces nouveaux nazis sont en fait une armée de morts-vivants fantomatiques, mus par une puissante machine, le Black Sun, que bien des pays souhaitent acquérir !

C'est Steve Barker qui reprend les commandes, pour réaliser la suite, elle aussi "direct to DVD", de son sympathique Outpost (2008). Dans le premier opus, des mercenaires devaient mettre la main sur une machine secrète enfermée dans un ancien bunker nazi ; ils découvraient alors que les fantômes des nazis protégeaient ce bunker. Ce pitch basique nous avait alors permis de découvrir de magnifiques fantômes nazis (très réussis et bien flippant) dans un petit film 100% divertissement de genre, plutôt nerveux et franchement bien balancé. Avec Outpost 2 Black Sun, nous balançons bien moins...

Comme souvent avec les morts-vivants, moins on a d'explications, le mieux nous nous portons ! Nous vous renvoyons à la vision l'apocalypse "de fait" de La Nuit des Morts-Vivants pour constater qu'il n'y a pas besoin de "savoir" pour avoir peur. Le premier Outpost nous confrontait lui aussi à peu d'explications, sinon légères, sur ses créatures et mine de rien intensifiait  la peur qu'elle pouvaient susciter au bénéfice direct de l'action. Outpost 2 Black Sun échoue sur ce point lamentablement en modifiant la nature des nazis, qui sont maintenant plus proches des morts-vivants que des fantômes, et en leur prêtant des ambitions de 4ème Reich en envahissant de nouveau le monde (c'est comme Iron Sky, mais en remplaçant le second degré par un sérieux plombant !).

Outpost 2 sabote tous les atouts de son prédécesseur en tentant de donner vainement de l' "épaisseur" à ses personnages, et en abandonnant la trame "défouloir-prétexte" au profit d'un scénario plus "ambitieux". Le résultat est exactement l'inverse de l'effet recherché : l'action est moyennement efficace, molle et peu jouissive, et ses personnages aussi transparents que le nombre de nazis nécessaire à garder le bunker ne le sera pas à envahir le monde ! (faudrait pas confondre un peloton avec une armée...). Outpost 2 revêt alors un caractère laborieux et bien peu convaincant, en tout cas aux yeux du premier film.

Outpost 2 Black Sun, en remplaçant le minimalisme salvateur qui faisait la réussite du premier par un scénario plus étoffé, sombre dans les affres de la franchise fantastique commerciale. Il ressemble au final bien plus à un médiocre et énième épisode d'un Résident Evil (même si nous aimions bien l'énergie du premier de la série) qu'à ces perles britanniques "artisanales", originales et nerveuses (comme le modeste, mais rigolo et jouissif, Dog Soldier). L'amateur de série B fantastique supportera sans trop de réactions négatives l'expérience, trop content sans doute de retrouver dans le rôle des méchants nos nazis bien aimés, mais les autres ne seront confrontés qu'à un film mécanique, plat et peu inspiré. Ca va paraître bizarre pour un film de fantômes (enfin, plutôt de morts-vivants dans celui-ci), mais ce Outpost 2 Black Sun manque furieusement d'âme ! C'est pas honteux non plus, visible sans perte de neurones excessive, mais on attendait largement mieux !

Procurez-vous Outpost 2 : Black Sun ou d'autres films de Steve Barker

The We And The I (Michel Gondry, 2012)


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La cloche du lycée vient de sonner la première minute des vacances d'été pour les étudiants du Bronx. Dans ce bus qui traverse la ville et les ramène chez eux, chacun expose, confronte et dévoile, parfois, leur personnalité...

L'univers parfois sur-déjanté de Michel Gondry (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, Soyez Sympa, Rembobinez ou The Green Hornet) trouve ici une certaine modération afin de se concentrer sur le portrait de ces lycéens et, au delà des individualités, d'une certaine jeunesse.

Entièrement réalisé dans un bus, Gondry filme l'énergie et la jeunesse d'adultes en devenir. Au travers de leur parcours (en bus, mais aussi du rythme scolaire vers leurs vacances, aussi d'une année vers une autre...) la caméra de Gondry s'attache à capturer leurs interactions et, au travers de celles-ci, leur personnalité. Certains se cachent, certains s'imposent aux autres, d'autres esquivent ou jouent...

Pour retranscrire au mieux ce message (message d'amour et d'espoir ?) de Gondry à la jeunesse, il adopte un montage guidé par la vivacité de leurs échanges : les sujets de croisent, fusent et volent dans ce bus, le montage suivra ce turbulent rythme... A cette bouillonnante énergie viendra se greffer la spontanéité de ces acteurs non professionnels. Petit à petit le spectateur s'adapte au joyeux bordel de ce bus, puis entre en contact avec les jeunes, avec leurs postures, leur codes, et aussi leurs frustrations. Quelques effets de réalisation "Gondryesques" viendront décorer le tout. La saturation des thèmes et sujets de ces élèves et la bruyante exposition de la personnalité de chacun face au groupe, céderont lentement la place à l'intimité et laissera finalement apparaître, au fur et à mesure des arrêts qui videront le bus, leur véritable personnalité, celle qu'ils redoutent parfois de livrer au groupe.

Si l'exercice est rondement mené et fort bien exécuté, parfois même poétique et très touchant, The We And The I soulève cependant l'interrogation chez le spectateur. Le film de Gondry donne en effet la sensation d'osciller entre le documentaire scénarisé et l'anecdotique. Il capture bien le potentiel des gamins, leurs manières de s'inscrire dans la société qui les entoure, il dresse en effet un portrait juste et bienveillant de ces futurs adultes en plein développement, mais avec la même force, en abordant frontalement ce qu'ils sont,  impose aussi leur superficialité de "jeunes". L'ensemble est juste, riche, souvent pertinent, mais on se dit aussi à l'issue de sa vision "OK, oui bon, et alors ?".

Pertinent, donc, et objectivement réussi, The We And The I n'a cependant pas laissé à la Rédaction de Doorama de "dépôt cinématographique". Au delà de la fraîcheur qu'il dégage effectivement lors de sa découverte, The We And The I n'es pas parvenu à laisser de marques. Un bel instantané dont la portée libre et volatile nous a laissé un arrière goût d'éphémère... de superficiel, à l'image d'un des facette de ses jeunes. Finalement, nous n'aimons peut être pas tant que ça ces "jeunes" et l'étrange faculté qu'ils ont de pouvoir se protéger un peu des agressions de la société en se réfugiant dans leur univers... "Jeunes cons" ? Non, c'est nous les "vieux cons", envieux de leur jeunesse. Ceci posé : The We And The I n'as pas suscité le vent d'admiration que nous espérions, tout juste une agréable brise... Nous allons encore perdre des lecteurs, mais The We And The I nous paraît une oeuvre un peu surestimée, comme son réalisateur aux yeux d'une certaine presse.

Procurez-vous The We And The I ou d'autres films de Michel Gondry 

Thale (Aleksander Nordaas, 2012)


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Elvis et Léo nettoient les scènes de crime. Sur une scène, il découvrent une jeune femme, tenue cachée dans un sous-sol par la victime... Elvis et Léo découvrent une jeune femme étrange, bavarde et effrayée, en attendant l'arrivée de secours... Pourquoi était-elle maintenue à l'écart du monde ?

C'est la deuxième fois en peu de temps que le Norvège exploite son patrimoine mythologique, après le sympathique The Troll Hunter, et elle nous présente cette fois-ci une "huldra", sorte de fée dans les bois qui revêt l'apparence d'une jolie femme, mais avec une queue de vache. On pensera à un sketch de Kwaïdan, puisque l'huldra peut séduire les humains, se marier avec et combler son époux, à condition qu'il ne parle pas de ce mariage à d'autres... Sinon fin du bonheur !

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Quand l'Embryon Part Braconner (Koji Wakamatsu, 1966)


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Un soir, un homme ramène une femme à son domicile. Il est directeur de magasin, elle est simple vendeuse. Rapidement sa partenaire subit ses penchants sadiques et dominants. Séquestrée et humiliée, son bourreaux lui révèle ses raisons...

Extrême, provocant, violent, sadique et dérangeant, les adjectifs forts ne manquent pas pour qualifier le film de Koji Wakamatsu, frappé d'une interdiction aux moins de 18 ans lors de sa sortie en France en 2007. Son auteur, Koji Wakamatsu, un ancien yakuza à tendance anar dans les années 70, futur producteur de Nagisha Oshima, était alors davantage connu par chez nous pour ses films "Pink" ou politiquement engagés.

Au delà de forme éprouvante, un hui-clos psychologique qui aligne ses scènes d'humiliation et de domination, Quand l'Embryon Part Braconner décortique le relation bourreau-victime en l'illustrant de flashsbacks sur ses relations avec les femmes et avec la maternité. Radical et visuellement somptueux (l'appartement blanc, immaculé, est cependant éclairé des reflets d'eau : univers utérin...), le film de Wakamatsu nous fait remonter aux origines des pulsions et des frustrations de cet homme torturé par ses rapports avec les femmes. Sa victime incarne, au sens de la chair, tous ses refoulements, sur lesquels il pourra enfin exercer le contrôle qu'il ne peut avoir sur ses démons... Sexe et violence ne sont pour Wakamatsu que de simples modes d'expression de l'homme : démonstration !

Intense, traversé de fulgurances visuelles propres à faire comprendre l'enfer intérieur du bourreau comme celui, physique, de sa victime, Quand l'Embryon Part Braconner peut aisément se percevoir comme l'une des sources d'inspirations de cinéastes comme  Takashi Miike (Audition, Dead Or Alive, 13 Assassins) ou encore Gaspard Noé (surtout avec son Seul Contre Tous).

S'il est à réserver aux "spectateurs avertis" pour sa dureté visuelle, Quand l'Embryon Part Braconner s'avère tout aussi dérangeant pour son exploration psychologique et la frayeur qu'elle dégage (le bourreau n'a d'autre obsession que d'abaisser sa victime du statut de femme à celui de "chienne"...). On admire ou on rejette en bloc ce type de cinéma, puissant, extrême et jusqu'auboutiste, mais il trouve cependant sa raison d'être dans une courageuse audace qui consiste à explorer nos zones les plus sombres et à tenter de les représenter. Et que le spectateur se rassure : son final puissant rétablira l'équilibre si cher, et nécessaire, au spectateur. Du cinéma brut, fascinant, à ranger dans le rayon où se range Salo ou les 120 journées de Sodome, dont la vision laisse un malaise bien plus fort encore que ses images. "La beauté du laid" disait au autre grand artiste...

Procurez-vous Quand l'Embryon Part Braconner ou d'autres films de Koji Wakamatsu ou avec Miharu Shima

Cosmopolis (David Cronenberg, 2012)


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Eric Packer est un homme riche, qui a réussi à se faire une place au sommet de notre système capitaliste. Dans sa limousine transformée en bureau mobile, il traverse la ville pour se rendre chez son coiffeur... Alors que son empire personnel s'écroule et qu'une menace plane sur sa vie, la ville semble sombrer dans le chaos autour de lui.

Moyennement accueilli lors de sa sortie en salle, ce dernier David Cronenberg est l'adaptation d'un roman de Don DeLillo qui aborde le point de rupture du système capitaliste. Nous n'avons pas lu, ignares que nous sommes tous à la rédaction, le difficile,  ambitieux et visionnaire roman (parait-il) de DeLillo, mais Cronenberg a cependant accouché d'un film sombre, inquiétant, et lui aussi ambitieux.

Cosmopolis met donc en image la chute d'un homme au sommet... Installé, tel un messie, au plus haut de la chaîne économique pour son talent à faire de l'argent, Eric Packer voit sa position sociale remise en question par le comportement même du système économique qu'il pensait contrôler. La violence et la puissance du système se retourne contre lui, le privant de ses biens, le destituant de son rôle et sa fonction, pour le renvoyer dans le symbole de son pouvoir pour une ultime réflexion sur sa situation. La "limo", une tour d'ivoire luxueuse et mobile, isolée du monde et paradoxalement inondée d'informations, est filmée par Cronenberg comme un Purgatoire, un sas de décompression -de réflexion- entre le Ciel et l'Enfer. Pour son héros, l'Enfer est la misérable vie ordinaire de ces gens exclus de la richesse, pour le spectateur en revanche l'Enfer sera davantage l'inhumanité du capitalisme et sa capacité à corrompre les êtres.  

Agrégats sombre et froid de scènes hétéroclites et de réflexions détachées sur un système qui s'écroule, Cronenberg parvient, selon nous, avec brio à nous mener jusqu'au bout de cette descente aux enfers (retour à la normale ?) malgré le coté extrêmement bavard et l'aspect éclaté son film. La critique du système est bien présente, mais ce sera au spectateur de rassembler, compiler, ordonner et structurer les arguments de Cosmopolis... et la tâche n'est pas si facile qu'il n'y paraît ! Cronenberg se refuse à livrer des éléments prêts à l'emploi, il semble vouloir forcer le spectateur à prendre position et à faire le tri dans la salve qu'il met en image. Cosmopolis devient alors exigeant avec le spectateur...

Le climat d'instabilité, tant psychologique que social (avec la rue qui semble se "réveiller" pour remplacer le dollars par le Rat, sans doute plus représentatif...), donne à Cosmopolis un air de fin du monde à la Strange Days, sa froideur clinique nous rappelle le portrait d'American Psycho, son style, lui, est 100% Cronenberg ! Son réalisateur assemble donc une multitudes d'idées, de signes et d'angles de réflexion en prenant bien soin de ne pas trop structurer son propos, et c'est un choix qui s'avère payant ! Cosmopolis accompagne un homme déjà mort (Robert Pattinson, ex vampire de Twilight, autant dire un mort-vivant) jusqu'à son jugement dernier... Cronenberg nous fait part de ses pensées durant ce dernier trajet, et la forme éclatée et minimaliste qu'il choisit pour nous conter ce récit ne pouvait mieux retranscrire la complexité du cerveau de Eric Packer.

Film difficile et exigeant, Cosmopolis ne se livre au spectateur que s'il s'y abandonne... La mise en scène sobre de Cronenberg n'éclaire ce sujet difficile que si on accepte l'idée qu'il s'agit d'une réflexion "en live", pas encore totalement structurée dans la tête de son personnage. Cosmopolis est un instantané mental et systémique qui peut échapper au spectateur, tant il se refuse à être démonstratif, mais sa force est bien présente, son intelligence bien là : Cosmopolis cache bien ses séduisants atouts !


Procurez-vous Cosmopolis ou d'autres films de David Cronenberg ou avec Robert PattinsonJuliette Binoche, Paul Giamatti oMathieu Amalric

Charade (Stanley Donen, 1963)


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Le mari de Reggie Lambert est retrouvé mort, jeté d'un train. Reggie découvre alors le passé trouble de son ancien mari, et se retrouve menacée par plusieurs hommes en quête d'une somme d'argent qu'il est supposé lui avoir remis... Hamilton Bartholomew, de la CIA, et le séduisant Peter Joshua (Cary Grant) semblent vouloir l'aider, mais Reggie découvre que ce dernier mens sur sa véritable identité... Bien des surprises attendent Reggie !

Comédie policière très Hitchcockienne dans son esprit, Charade promène le spectateur de surprises en surprises dans une histoire de magot qui attire toutes les convoitises. Entièrement tourné à Paris, le film de Stanley Donen (Chantons sous la Pluie ou encore le magnifique Voyage à Deux, avec Hepburn aussi) impose son rythme et son suspense, avec une décontraction et un charme qui ne vieillit pas : Charade dégage toujours cette "vitalité" qu'il possédait lors de sa sortie.

Comédie romantique attachante, Charade repose avant tout sur son duo d'acteurs. Audrey Hepburn, cernée d'hommes prêts à tout pour mettre la main sur les 250 000 $ dont elle ignore la cachette, incarne a merveille cette candide veuve américaine, et avec Cary Grant forment l'un de ces couple iconiques du cinéma américain. Stanley Donen cèlera d'ailleurs le romantisme et le glamour du couple, en plaçant leur idylle naissante dans un Paris un peu gris, mais toujours aussi chargé de son magnétisme romantique... (une citation à Un Américain à Paris se cache d'ailleurs dans le film...).

Plein de légèreté et de fantaisie, Charade est un cocktail entre La Mort Aux Trousses et l'univers de Blake Edwards. Si n'arrive cependant pas à la beauté visuelle et technique du premier, sa mécanique précise, pour sans cesse surprendre le spectateur, ronronne parfaitement, et la vivacité et le cinglant comique des répliques du couple font immanquablement mouche ! Coté action, Stanley Donen ne laissera de répit au spectateur que pour observer le couple se rapprocher. L'humour qui parcoure ces scènes agit alors comme une bouffée d'air (on adore la douche de Cary Grant...) avant de reprendre de plus belle la poursuite du développement de l'intrique.

Charade est un bonbon, à la fois doux et acidulé ! Son rythme soutenu et son superbe couple agissent sur le spectateur comme une boisson euphorisante. On sourit, on s'amuse à avoir peur avec ses affreux méchants, on tremble pour Audrey, on brûle d'avoir le fin mot sur son magot... Charade est de ces films américain raffiné, racé et efficace, qui s'appuie sur un sens du spectacle et du Cinéma sans faille. Une douceur à consommer sans aucune modération, qui dépasse en tout point (artistiquement comme techniquement) ses modestes ambitions d'"entertainment". Hollywood, dans ses plus beaux habits, nous offre un superbe numéro de charme.

Procurez-vous Charade ou d'autres films de Stanley Donen ou avec Cary Grant, Audrey Hepburn, James Coburn, George Kennedy ou Walter Matthau

Le Prénom (Alexandre de La Patellière & Matthieu Delaporte, 2012)


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Vincent va devenir papa. Invité à dîner chez sa soeur et son mari, ainsi qu'un ami d'enfance, Claude. Alors qu'ils attendent sa femme, on lui demande le prénom qu'il a choisi pour son futur fils... Son choix va déchaîner les passions et tendre la suite de la soirée...

Film de potes, psychanalyse familiale, mais avant tout adaptation de la pièce de théâtre à succès éponyme, Le Prénom prend pour point de départ une simple conversation ordinaire, pour s'en servir comme d'un déclencheur et d'un révélateur, prétexte à faire exploser les liens les plus proches. Théâtre de boulevard filmé (un seul lieu, l'appartement...) Le Prénom propose une belle énergie, malgré ses limites.

On pense à Carnage de Polanski (que l'on préfère), lui aussi proche du théâtre, tant ce qui se devait d'être un moment anodin, un simple dîner ici, se transforme en épreuve de force. Après une introduction des plus sympathique et réussie, les quatre personnages se retrouvent donc pour un dîner où les affrontements vont se multiplier dans une expression presque aussi passionnelle qu'hystérique. Succession de cris, d'énervements et de prises à partie "musclées", où la colère de l'instant se mêle avec l'expression des petits reproches auparavant tus, Le Prénom offre au spectateur d'excellents moments et regorge de bonnes répliques qui "marquent des points". C'est rythmé, plutôt acide, et l'écriture joue habillement sur le fait que l'intimité (les personnages se connaissent depuis 30 ans...) se prête à merveille à des attaques plus frontales, et des coups bas mieux placés, puisque le temps leur a donné la connaissance des points faibles de l'autre... Les joutes verbales des personnages deviennent alors un art de haut niveau, un exercice de pro, dont le spectateur ne pourra qu'apprécier l'excellence !

On prend un plaisir voyeur à observer ses "petits déchirements entre amis", on rit, mais le rythme soutenu des échange subit pourtant quelques "ratés". Même si le choix délibéré de pousser les curseurs à fond est ici retenu, on peine à imaginer une telle soirée dans la vraie vie... Le ressort comique est bien évidement placé sur la limité, mais les comédiens -excellents- jouent si bien leur rôle, qu'on en oublierait presque la fiction et la caricature. L'accumulation des moments de tension, et leur expression forte, crée alors un coté artificiel qui alourdi un peu le film, alors que la performance des acteurs nous menait vers une sensation plus proche de "j'en ai des comme ça dans mon entourage". C'est son coté théâtral qui fait la truculence du Prénom, ses excès et sa manière de grossir le trait font naître le rire. Mais paradoxalement c'est aussi ce coté théâtral qui, porté au cinéma, peut nous faire décrocher de temps à autres du Prénom... Pour le dire autrement, on adore l'ambiance, mais les névroses sont un peu fortes, les hauts un peu "trop hauts", et les réconciliation un poil trop faciles, trop rapides...

Un poil excessif, Le Prénom n'en demeure pas moins un excellent moment de comédie où les acteurs prennent visiblement plaisir à se mettre en bouche les piques avant qu'ils ne les lancent. Humour de boulevard diront certains, c'est certain, mais ce défouloir vif et libérateur fait un bien fou au spectateur. "Battez-vous ! Battez-vous ! Nous on compte les points !". Et coté points, attendez-vous plutôt à un score de basket, 112-107, plutôt qu'un score de football de type 2-1...
Au fait, ce fameux prénom qui enflamme une soirée ? Il commence par la lettre... Non ! Découvrez-le vous même et invitez-vous à ce dîner presque parfait...

Procurez-vous Le Prénom ou d'autres films de Alexandre de La Patellière & Matthieu Delaporte ou avec Patrick BruelCharles Berling ou Valérie Benguigui

Le Voyeur (Peeping Tom, Michael Powell, 1960)


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Un opérateur cameraman commet des crimes qu'il filme à l'aide de sa petite caméra. Ce qui pousse Mark à coucher ses crimes sur la pellicule tient bien plus de l'obsession et du voyeurisme que de la pulsion sadique. Mark à besoin d'observer, de voir et sentir la peur de ses victimes...

On pense bien sûr à Alfred Hitchcock, à Psychose ou Fenêtre sur Cour, à cause des thème de Peeping Tom ou de sa construction basée sur le point de vue du tueur. Mais contrairement aux films du maître, Peeping Tom ne recherche pas le suspense, et c'est bien à une réflexion sur le cinéma, et sur le pouvoir de fascination de ses images, que Michael Powell nous convie.

Filmer la mort de ses victimes n'est pas suffisant pour Mark, il doit la leur montrer et capter dans son objectif la peur que celle-ci leur inspire, seule manière pour lui de satisfaire ses désirs. Je te filme en train de te voir filmé, et le spectateur regarde un homme qui filme une actrice devenue spectatrice de sa propre mort ! Michael Powell décortique le rapport entre le spectateur et l'image, entre ce qui est filmé et celui qui voit, et le met en perspective avec les obsessions de son propre personnage. Il interroge le spectateur sur son rôle, ses désirs et sur le sens des images. Puissante mise en abîme du film dans le film, passionnante approche sur la réalité des images, sur leur pouvoir, et sur l'appropriation/l'interprétation que le spectateur en fait. Peeping Tom est un bouillonement thématique d'une densité rare sur notre regard et sur le cinéma lui même : sur ce qu'il montre et ce qu'il ne ne montre pas... sur ce que l'on voit et l'interprètation que l'on s'en fait.

Formidablement, immanquablement, Michael Powell invite la sexualité à cette fusion des points de vue (devant/derrière l'objectif, point de vue du spectateur/réalisateur, caché/visible...). La caméra de Mark est sexuelle et phallique, le plaisir se revit seul dans sa chambre, se partage difficilement,, son désir s'exprime en levant sa caméra, son excitation n'est pas dans l'acte lui-même mais dans la représentation qu'il s'en fait, dans son fantasme de la réalité. Erection, masturbation, fantasmes, désirs et plaisirs constellent le film, à l'image de ce pied de caméra mortel qui monte doucement vers la gorge des victimes... Ce rapport sensuel, et sexuel, à la perception de l'image confère à The Peeping Tom sa puissance thématique, soulevant derrière les images que nous fabriquons ou consommons, la question de nos perversions cachées ou non... (et ne parlons pas du rôle qu'a pris l'image dans notre société, omniprésente et intime...)

L'horreur dont il est question dans The Peeping Tom s'exprime à l'image dans une mise en image magnifique, colorée, éclairée de couleurs primaires, traversée des rouges-verts-bleus de la lumière. Ces images presque artificielles, tel un décor de cinéma par leur élégante esthétique, renforcent notre réflexion sur ce que nous  nous regardons. A l'aide de sa mise en scène colorée et de ses images inventées, Michael Powell nous interroge sur notre vision des choses et nous renvoie à notre responsabilité et à nos pulsions : le spectateur prend plaisir à regarder un homme qui tue par plaisir ! Quel est le plus pervers ?  

Superbe, intelligent, inquiétant, voire dérangeant, Le Voyeur est un film fort sur ce rapport secret que nous entretenons entre les images, nos désirs et notre plaisir. Il oblige le spectateur à se pencher sur son coté sombre (génialement incarné dans le film par Carl Boehm) en l'invitant à une terrifiante histoire où la limite, floue, ténue, qui sépare le plaisir du tueur de la perversion du spectateur fascine autant qu'elle effraie. L'oeil, le sexe et l'imaginaire : un cocktail aux variations infinies que Peeping Tom agite, caresse, déshabille et orne d'attributs symboliques forts. Du grand cinéma, c'est sûr !

Procurez-vous Le Voyeur ou d'autres films de Michael Powell ou avec Karlheinz Böhm (Carl Boehm)

La Mort Aux Trousses (North By Northwest, Alfred Hitchcock, 1959)


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George Thornhill est kidnappé par deux hommes, persuadés qu'il est George Kaplan, un espion. Confronté bien malgré lui à une dangereuse organisation. Thornhill cherche alors à retrouver le vrai George Kaplan pour rétablir la vérité, traqué en permanence par l'organisation et la police.

Doorama poursuit sa redécouverte des grands films du Maître Hitchcock avec cette Mort aux Trousses, toujours aussi jeune, drôle et trépidante.

Comme souvent tout l'art du Maître consiste à nous surprendre, à nous choisir avec soin les clés qu'il nous donne, et celles qu'ils nous cache. Le résultat est un film entre aventure, espionnage, comédie et suspense absolument brillant, et comme toujours réglé comme une implacable mécanique de précision. Comme Cary Grant, le spectateur est projeté dans des péripéties trop larges pour lui, comme Cary Grant, il avance en terrain inconnu et, contrairement à Cary Grant, le spectateur vit un petit paradis scénaristique !

Les morceaux de bravoure ne manquent pas (la poursuite par l'avion, la scène finale sur le mont Rushmore...), mais une fois de plus, c'est dans l'inventivité et les détails que le film éblouit ! Ce couple dans un train, sans doute proche de faire l'amour... Pour contourner la censure, ne pouvant montrer les corps au lit, Hitchcock filme alors un langoureux baiser des deux "amants", debout contre la paroi de la cabine... Penchez l'image, remplacez la paroi par un lit, et leurs gestes se transforment alors en étreinte sexuelle, lui dessus, elle dessous, et inversement ! Les yeux ne voient pas grand chose, l'inconscient du spectateur, lui, saura parfaitement de quoi il s'agit. Génialement conçu et orchestré, Hitchcock, une fois de plus, laisse le spectateur tourner les scènes qui ne sont pas à l'écran...

Somptueux visuellement, drôlissime (James Mason et sa remarque sur la non 'sportivité' des vraies balles...!), malin et captivant de bout en bout, La Mort Au Trousse s'enrichit à chacune de ses visions. En plus d'être un véritable blockbuster offrant un divertissement de grande qualité, le spectacle de double d'un indicible jubilation intellectuelle. Cinéma proche de la perfection La Mort aux Trousse fonctionne toujours aussi efficacement, et son influence est encore palpable sur les cinéma actuel. Une référence, un modèle du genre !


Procurez-vous La Mort Aux Trousses ou d'autres films de Alfred Hitchcock ou avec Cary Grant Eva Marie Saint, James Mason ou Martin Landau

Salvation Boulevard (George Ratliff, 2012)


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Carl, un adepte de l'Eglise du Troisième Millénaire, accompagne son charismatique leader, le Pasteur Dan Day, pour rencontrer son contradicteur athée, le Dr. Paul Blaylock. Mais le pasteur tue accidentellement ce dernier. Les choses se compliquent lorsque le pasteur veut faire accuser Carl...

Casting de choix pour cette comédie qui prend pour toile de fond une église et son leader aux dents longues... Le moteur est connu : un innocent, simple monsieur tout le monde, est projeté sous une montagne d'emmerdes à la chaîne, et doit prouver son innocence face à une personnalité publique et reconnue. Entre comédie et thriller, Salvation Boulevard laisse hésitant.

Si la religion est effectivement égratignée dans Salvation Boulevard, il sera difficile d'en apprécier la pertinence, tant l'attaque est timide. Le coup de griffe est en fait porté sur son pasteur, plutôt que sur un mouvement religieux, et sa violence ne portera que sur ce pasteur qui ment pour sauver un grand projet de ville pour chrétiens. Si la moralité du bonhomme laisse à désirer, pas de quoi cependant faire de Pierce Brosnan un "méchant". Quand à l'accusé, un ancien fan de Grateful Dead remis sur le droit chemin, son calvaire d'innocent blâmé, certes parsemé d’embûches, n'éveillera ni  fous rires, ni grande remise en question pour le personnage...

Salvation Boulevard se veut critique (mais pas trop), se veut acide et un poil impertinent (mais surtout sans rien bousculer... on voudrais pas déranger !),  se veut moqueur (mais sans blesser surtout), se veut drôle (mais on s'arrêtera au "léger", plus prudent si la religion est la toile de fond...), et se veut plein de rebondissements (mais pas trop haut)... Alors si on ne peut pas franchement dire que Salvation Boulevard est désagréable à regarder, avec son beau casting (si, si !), on ne pourra certainement pas dire non plus qu'il est réussi !

Au beau milieu des genres et des intentions, la foi entre deux chaises, Salvation Boulevard fait des pieds et des mains pour se la jouer "indépendant" et décontracté, façon Little miss Sunshine (avec le même Greg Kennear), et tenter de ressembler à un film des frères Cohen, façon Burn After Reading,  mais sans le peps, la fantaisie ni ce petit vent de folie qui en donne la délicate saveur. Salvation Boulevard manque de rythme, manque sérieusement de C... (ca se termine par "ouilles"... cherchez...), et ne propose au final qu'un joli matériel mal assemblé. La toile de fond de la religion est à peine exploitée, la comédie timide, le thriller mal dessiné, ses personnages manquent d'ampleur et le cauchemar de Carl est bien loin de celui de La Mort Aux Trousses, ou de celui d'A Bout Portant !

Nous développerons donc une foi bien "tiédasse" sur ce Salvation Bouelvard. Nous resterons totalement agnostiques sur sa qualité, en revanche, et même si les acteurs ne parviennent pas à sauver l'ensemble, nous entretenons une foi intacte sur son casting, particulièrement sympathique ! Salvation Boulevard se consomme et puis s'oublie... sans gêner, ni déranger. RIP !

Procurez-vous Salvation Boulevard ou d'autres films de George Ratliff ou avec Pierce BrosmanGreg KinnearEd HarrisJennifer Connelly ou la délicieuse Marisa Tomei