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Iron Sky (Timo Vuorensola, 2012)


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En 2018, les nazis qui s'étaient réfugiés sur la Lune après la deuxième Guerre Mondiale, projettent de nouveau d'imposer leur idéologie. Ils finalisent un plan pour envahir la planète Terre, en pleine campagne de réélection de la présidente américaine...

Cet OVNI cinématographique, mettant en scène une invasion de nazis venue de la lune, nous vient de Finlande, et il a été entièrement auto-financé, hors gros studios, par des fans. Et autant le dire tout de suite, à l'image le résultat rivalise plus qu'honorablement avec n'importe quel blockbuster US de science fiction, puisque il égale, sinon dépasse, la qualité visuelle d'un spin off de la récente série Galactica.

Projet loufoque au scénar de série B ou Z, Iron Sky, malgré son sujet scabreux tout droit sorti d'une production Troma, évite habillement toute critique idéologique avec une bonne dose d'humour et de dérision. Histoire d'assurer le coup, Iron Sky tire dans toutes les directions en proposant des nazis très méchants (bien sûr) et s'offre le luxe de tacler (bien sûr) toute idéologie totalitaire, mais aussi (ha bon ?) l'impérialisme US en balançant une critique aussi provocante qu'audacieuse. Grand n'importe quoi foutraque, Iron Sky navigue entre la parodie, le pamphlet et le délire décomplexé en proposant rien de moins qu'un noir "blanchi" par les nazis comme héros principal pour contrer les plans d'un Hitler "démoustachisé", interprété par Udo Kier (Chair pour Frankeinstein ou la série The Kingdom de Lars Von Triers), avec l'aide d'une nazie repentie (Julia Dietze, sosie lointaine de Naomi Watts...).

A la fois film d'invasion hommage à la science fiction 50's, parodie et space opéra, il est difficile de ne pas reconnaître à Iron Sky une certaine réussite, que ce soit pour pour son idée délirante ou pour son résultat final qui encore une fois étonne par rapport à la taille de son budget.

Après, une fois qu'on a dit ça, il reste un film de science fiction en forme de clin d'oeil, où l'on regrette quand même la timidité de son humour (même si le diable se cache dans les détails, et Iron Sky sur ce point en a sous le capot) et la banalité toute relative de son scénario : remplacez les nazis par n'importe quel extra terrestre belliqueux et l'entreprise retrouvera le parfait anonymat d'une science fiction bas de gamme archi-usée et sans aucune saveur... Iron Sky est donc une véritable curiosité, dont la réussite tient sur une idée aussi énorme que tenue ! Il est réservé à un public averti, aux fans hardcore tendance geek de série B déjantée. Même si, à la rédaction, nous ne sommes pas fans de l'ensemble et que nous trouvons Iron Sky un peu long et trop balisé, son pitch demeure "ultime" et il est, dans son genre, une belle réussite, anecdotique certes mais ambitieuse et bien exécutée. Iron Sky, en quelque sorte, échoue à l'examen, mais avec les félicitations du jury !

Procurez-vous Iron Sky ou d'autres films de Timo Vuorensola ou avec Udo Kier

Série Noire Pour Une Nuit Blanche (Into The Night, John Landis, 1985)


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Les insomnies de Ed le mènent un soir à l'aéroport, là, il sauve une inconnue, de quatre tueurs iraniens particulièrement déterminés. Diana s'est mise dans une situation délicate. Il décide de l'aider, ils entament alors alors un long et dangereux périple dans Los Angeles pour tenter de résoudre ses problèmes.

John Landis (Hamburger Film SandwichLes Blues Brothers et l'un de nos films culte Le Loup Garou De Londres -ben oui !-) est à nos yeux un réalisateur "sympa". A redécouvrir cette petite comédie policière oubliée (à juste titre), et malgré ses défauts, nous n'aurons pas changé d'avis. Bien ancré dans les 80's, Série Noire Pour Une Nuit Blanche, encombré de son rythme un peu mou et son genre hésitant, fonctionne difficilement aujourd'hui, mais il n'est cependant ni dénué de charmes ni de quelques qualités. 

Même si Série Noire Pour Une Nuit Blanche se veut une dérive nocturne insomniaque, il peine largement à trouver son rythme. Cette "folle nuit mouvementée" apparaît aujourd'hui bien timide, sa comédie est trop discrète, ses péripéties peu intenses, et on passe un temps impressionnant à suivre les personnages arriver en voiture sur les lieux d'une scène, puis la quitter. Peu trépidante, l'aventure de Landis ne décolle que rarement et, sans pour autant nous ennuyer, a bien du mal à nous emmener dans le cauchemar que les personnages sont sensés vivre. Comme son personnage en manque de sommeil, Série Noire Pour Une Nuit Blanche est dans l'ensemble plutôt fatigué lui aussi.

Mais quelques moments nous récompenserons cependant de sa vision. D'abord retrouver un produit 80's, typique mais sans ses excès (le divertissement n'est pas sclérosé par la superficialité souvent de rigueur à l'époque), puis son amusante galerie de personnages. Parmi lesquels la sympathique silhouette de Jeff Goldblum (le très attachant Les Copains D'abord de Lawrence Kasdan ou La Mouche), la divine Michelle Pfeiffer (Ladyhawke ou Susie et les Baker Boys,dont toute la Rédaction est instantanément retombé amoureux), mais aussi la très brève et très amusante prestation d'un David Bowie moustachu ou encore son croustillant quatuor de tueurs iraniens, aussi excités du bulbe que de la gachette ! Et quand c'est John Landis incarne l'un d'eux : nous on adore !.

Outre ses personnages, on pourra aussi relever quelques jolis moments de mise en scène (sans doute mis en valeur par la tiédeur générale du film) comme la découverte de l'adultère de la femme de Goldblum empreinte d'un tact élégant bien que lourdement amenée, ou le meurtre sur la plage et la fusillade finale qui dégagent une étonnante nervosité, voire une certaine efficacité. On apprécie aussi la petite baston avec Bowie sur fond d'images de films d'Abbot et Costello au prise avec un Loup garou (ça vous rappelle quelque chose ?) et Frankeinstein... John Landis aime les références cinématographiques, sa série Dream On se basait d'ailleurs dessus.

Série Noire Pour Une Nuit Blanche n'a plus grand chose de très sexy mis à part, à notre connaissance, la seule apparition de Michelle Pfeiffer nue au cinéma, mais son rythme maladroit lui donne cependant une curieuse personnalité, et l'humour déjanté (bien trop timide et ponctuel ici, mais bien présent en filigrane) et la réalisation de John Landis parviennent à éviter l'ennui. Série Noire Pour Une Nuit Blanche est une bouffée de  nostalgie molle du genou, sympathique et attachante, mais on est quand même bien loin du génial After Hours de Scorcese, avec lequel il est souvent rapproché... "See You Next Wednesday" pour en discuter ?

Procurez-vous Série Noire Pour Une Nuit Blanche ou d'autres films de John Landis ou avec Michelle Pfeiffer ou Jeff Goldblum

Suicide Club (Sion Sono, 2001)


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A Tokyo, sur le quai d'une gare, 54 étudiantes se suicident ensemble  en se jetant sous un train. C'est le début d'une vague de suicide dont les causes ne sont peut être pas si naturelles et spontanées que cela. La Police débute son enquête...

Premier film de Sion Sono, Suicide Club déconcertera plus d'un spectateur, entre la personnalité imposante du cinéaste (Guilty Of Romance, Jelly Fish)et ses choix artistiques. Si Suicide Club est ponctuellement rythmé de dérapages gores, Sion Sono nous convie pourtant à un film hors norme en forme de charge contre la société, en forme de cri !

Suicide Club se base sur le taux impressionnant de suicide chez les jeunes japonais pour présenter ce fait social comme une mode, en objet de manipulation, ou en véritable crime.... et en fait qu'importe cette forme pour son réalisateur, puisqu'il brouillera les pistes à plusieurs reprises et refusera de livrer au spectateur les causes réelles  de ces suicides. Pour Sion Sono, il est plus important de "jouer" avec ces suicides, d'en rire presque, et surtout de pointer du doigt notre société et son rythme fou (rythme des chansons chantées par des gamines de 12 ans, mais aussi rythme des modes...).

Passé une première partie orientée autour de l'enquête policière (notamment autour d'un rouleau de peaux humaines retrouvé après chaque suicide de groupe...), Suicide Club abandonne alors sa régularité policière et narrative pour multiplier les pistes et les symptômes. Débarquent alors dans le film une bande de rockeurs Glam qui se réclament à la base de la vague de suicide, la piste d'un code caché dans un morceau de musique crétin de consommation de masse, le poids de la société nippone sur les jeunes, des ados désoeuvrés, la responsabilité des adultes dans cette vague, etc... Sion Sono se lâche alors, abandonnant presque son film, pour exprimer une série critiques désordonnées, fébriles et erratiques, d'une société nippone qui préfère réhabiliter ses pratiques ancestrales plutôt que de faire face à son nouveau visage abêtissant. Sion Sono provoque, se révolte, exprime sa colère devant la société nippone : Suicide Club est son cri.

Suicide Club est souvent qualifié d'OVNI cinématographique, et c'en est un ! Son véritable intérêt n'est pas dans sa mise en image (plutôt médiocre), mais dans l'énergie qu'il dégage. Tantôt dérangeant, tantôt barré et décousu, le film de Sion Sono est un film malade sur une société malade qui dégage cependant un réel pouvoir de fascination. A l'exception des 54 étudiantes qui ouvrent le film, Suicide Club ne laisse pas de souvenirs impérissables, pourtant il se découvre avec beaucoup d'intérêt et de curiosité et, surtout, il cache en son sein un réalisateur incontrôlable au style et à la personnalité fascinant. A la rédaction on aime bien quand c'est aussi peu lisse !


Procurez-vous Suicide Club ou d'autres films de Sion Sono 

The Dictator (Larry Charles, 2012)


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L'amiral Aladeen dirige depuis l'enfance la Wadiya, maintenant le pays dans la dictature la plus stricte. Afin d'empêcher une intervention de l'ONU, il accepte d'y faire un discours, mais est victime d'un coup d'état de son bras droit qui lui substitue un sosie... Aladeen, seul aux USA va se battre pour récupérer sa place !

Encore un film basé sur la construction d'un personnage fictif haut en couleurs, campé par Sacha Baron Cohen, aka Bruno, aka Borat, aka Ali G... Troisième collaboration avec Larry Charles, l'acteur portraitiste incarne un dictateur africain au comportement situé quelque part entre un vrai Kadhafi et le dictateur cubain de Bananas de Woody Allen ("dorénavant la population devra changer de slip toute les 3 minutes !").

La trame est identique à Borat, en sortant la personnage de son environnement habituel et en le confrontant sa culture à la culture américaine, source de gags aussi provocateurs que débridés. Sacha Baron Cohen effectue alors la livraison habituelle d'humour raciste (façon OSS 117 "qui passe" plutôt que L'Antisémite "qui passe pas"...) et pipi-caca, qui forcément, sous le nombre des gags et les formes d'humour (jeux de mots, comique de situation, décalage, parodie, comique visuel...), parvient à nous arracher un sourire ou un bon fou rire. Caricature à l'humour provocateur, The Dictator explore toutes les possibilités offertes par ce personnage de dictateur africain, et ne se prive nullement d'aller jusqu'au bout de sa démarche, d'autant plus que cette fois l'objet de la caricature fera l'unanimité puisqu'il s'agit d'un "méchant officiel" plutôt qu'une minorité à la limite du politiquement correcte (le paysan pauvre du pays de l'est, un homosexuel...).

Pour les fans de Sacha Baron Cohen, The Dictator fera parfaitement, voire haut la main, son office. Pour les autres (dont la rédaction de Doorama élevée aux Monty Python's Flying Circus et autres Y'a t'il un pilote dans l'avion fait partie) est une parodie pas très fine aux ressorts faciles et grossiers. S'il est impossible de ne pas ramener quelques bons moments (certains excellents même !) de sa vision, The Dictator est un agrégat de gags tous azimut, et de qualité inégale, autour d'une mince trame. Alors oui, on s'amuse, mais cette petite heure et demie ressemble quand même davantage à une course effrénée à l'audimat (oui, un terme de la télévision !) qu'à du cinéma. Autrement dit, ce n'est pas parce que Sacha Baron Cohen nous fait son show (qui commence à se répéter, quand même) et qu'il nous fait rire que que c'est un bon film. Un divertissement qui fonctionne le temps de sa vision et absolument sans aucune comparaison possible avec un autre Le Dictateur ! La différence ? Celle qu'il y a entre le génie et la simple compétence, entre le durable et l'éphémère.  

Procurez-vous The Dictator ou d'autres films de Larry Charles ou avec Sacha Baron Cohen

Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss, Stanley Kubrick, 1954)


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Davy est un boxeur sans avenir. Un soir, il aide sa voisine, Gloria, et entame une histoire avec elle. Mais pour que sa vie s'améliore enfin, il doit la tirer des griffes de son patron, un petit caïd, qui semble décidé à ne pas la laisser partir.

Premier film noir de Stanley Kubrick, avant l'Ultime Razzia, Killer's Kiss laisse déjà apparaitre toute la singularité de Kubrick et la force de son langage cinématographique. Si l'histoire de Killer's Kiss n'a rien d'exceptionnelle, c'est son traitement visuel et sa réalisation qui retiennent l'attention.

Nous sommes bien dans un film noir, les toutes premières images de Killer's Kiss ne laisse aucune ambiguïté : un homme s'est attiré des ennuis. C'est sous la forme d'un long flashback que le spectateur découvrira que Gloria en est à la base, puisque c'est à cause d'elle que Davy devra affronter Rapallo, tel un ultime combat. Au travers d'une narration alternant voix off et longues séquences très peu dialoguées, Kubrick impose déjà un sens impressionnant de l'image et des symboles qu'elle contient (la première scène dans la chambre annonce ce qui attend le personnage par ses seuls arrières plan : un long couteau au mur et une femme de l'autre coté de la cour... Mort et amour !).

Mais c'est véritablement dans sa mise en scène que Killer's Kiss surprend, en renforçant de multiples manières l'aspect Noir de son histoire, en commençant par le choix de noirs profonds et tranchés, simplement magnifiques. Que ce soit lors du combat de boxe, du meurtre dans une ruelle, du passage à tabac ou dans son affrontement final (contre un adversaire à la hache !), Kubrick innove, expérimente même, en choisissant une mise en scène inspirée et originale, qui surprend régulièrement le spectateur par sa violence suggérée (le héros poursuivi, chassé serait plus juste, sur les toits en plan large) ou montrée (le combat de boxe qui n'a rien à envier à ceux de Raging Bull).

Ce Baiser du Tueurs possède un rythme et une forme bien différents des films noirs de cette époque. S'il en reprend effectivement les codes (le loser, la blonde, la pègre, les emmerdes...), il s'accorde une grande liberté de traitement (jusque dans sa fin, proche du happy end, aux antipodes de Quand La Ville Dort...) et  tente en permanence de proposer une nouvelle lecture de ceux-ci. Killer's Kiss n'est pas un "grand Film Noir" par son histoire ou ses thèmes, mais il l'est en revanche par sa réalisation, qui expose magistralement la nature de ses personnages et la violence des situations auxquelles ils sont confrontés. Nous n'avons pas là l'un des classiques du film noir, mais plutôt l'acte de naissance d'un cinéaste unique et immense. Une réalisation majeure sur un film "mineur" (et là, Doorama vient de perdre 50 lecteurs !).

Procurez-vous Le Baiser du Tueur ou d'autres films de Stanley Kubrick

Réincarnation (Takashi Shimizu, 2005)


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Un réalisateur s'apprête à porter à l'écran un massacre qui a eu lieu il y a 35 ans dans un hôtel, et qui avait fait 11 victimes. Il choisit Nagisa Sugiura pour incarner la dernière victime du massacre, mais celle-ci se met à avoir des visions très précises du massacre. La visite de l'équipe sur les lieux du crime ravivera d'autres souvenirs...

Takashi Shimizu nous avait déjà apporté The Grudge et The Grudge 2, surfant sur la vague des films de fantômes qu'avait amorcé le terrifiant Ring de Hideo Nakata. Il aborde ici le tournage d'un fait divers dont certains protagonistes se découvrent les réincarnations des véritables victimes du drame, et mélange pour l'occasion fantômes et revenants.

Malgré quelques visions glaçantes et un scénario particulièrement bien écrit, Réincarnation peine pourtant à installer chez le spectateur une véritable peur. La confrontation de son héroïne avec les évènements passés et la découverte progressive de son rôle véritable dans le film comme lors du massacre se fait bien mollement, et l'alternance des visions et de la réalité prend un rythme mécanique qui plutôt que de faire grimper au rideau, installe le spectateur au fond de son fauteuil, bien tranquillement, comme rassuré par le rythme rassurant et prévisible des réminiscences du passé.

Il faudra attendre la dernière demi heure du film pour que l'énergie s'empare enfin de Réincarnation et que la vengeance décalée de ses esprits ne prenne enfin une vraie puissance mortelle et des allures plus convaincantes. Et effectivement, le final de Réincarnation tiendra ses promesses en proposant une succession d'images puissantes en belle harmonie avec son twist (twist par ailleurs plutôt réussi). Takashi Shimizu parvient alors à livrer de bons moments, mais perdra hélas de nouveau le rythme en peinant à conclure son film. On notera aussi la lointaine parenté avec Shinning, et cet hôtel qui respire encore la tuerie qu'il a accueilli se démarquera non sans talent de son modèle américain.

Réincarnation échoue dans ses intentions de faire peur par une construction laborieuse, presque trop méticuleuse, comme trop attentif à préparer le terrain de sa belle demie heure finale. Réincarnation donne l'impression d'être fabriqué par la fin, tout ce qui la précède semble alors artificiel, et sa bonne surprise finale n'en est alors plus une tant le spectateur s'est "imbibé" de ses éléments. Il pourra sembler sévère de reprocher à Réincarnation d'être finalement "trop bien construit", mais le ronronnement de sa mécanique et ses ficelles apparentes supprime toute surprise de sa première partie. Pourtant soigné, bien écrit et assez ambitieux dans sa dernière partie, Réincarnation, dans son ensemble manque d'âme ! Et pour un film de spectres (ou s'en rapprochant), ce n'est pas l'idéal...
Si les spectateurs les moins "consommateur"s de films de fantômes devraient quand à eux davantage profiter de Réincarnation, pour la rédaction de doorama, Réincarnation est en revanche soit un excès de zèle, soit un film qui confisque au spectateur sa liberté d'interprétation.

Procurez-vous Reincarnation ou d'autres films de Takashi Shimizu 

Faites Sauter La Banque (Jean Girault, 1963)


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Victor Garnier tient un magasin d'article de pêche. Ruiné par un placement hasardeux conseillé par le directeur de la Banque Durand-Mareuil, située en face de son magasin, il décide de récupérer son argent. Il entraîne alors toute sa famille dans la folle tentative de creuser un tunnel jusqu'à la banque, pour la cambrioler.

Ce Louis de Funes est la deuxième collaboration avec Jean Girault (le papa des Gendarmes de Saint-Tropez), juste après Pouic-Pouic. Plus rare et bien moins diffusé que bon nombres d'autres de ses films, Faites Sauter La Banque n'est pourtant pas mauvais du tout, peut être même plus digeste que d'autres.

Il ne faudra certainement pas attendre une grande finesse ou du pur génie comique de la part de Faites Sauter la Banque, mais ce De Funès qui embarque femme et enfants dans le perçage de tunnel apporte son lot de scènes cocasses, à l'humour convenu et sage, mais cependant efficace. L'idée de transformer la famille idéale en cambrioleurs donne un parfum particulier à cette comédie sympathique. Elle transpose en quelque sorte Mélodie en Sous-Sol , sorti un peu avant, chez une famille modèle (les repas en famille devant la TSF...) en remplaçant ses gangsters éprouvés par d'innocents et inexpérimentés M. et Mme tout le monde.


Si les gags sont un peu téléphonés, le film de Girault nous fait quand même passer un agréable moment. D'abord parce que son rythme pépère de petite comédie nous replonge avec bonheur dans une époque sereine et simple (ah la france village des années 60...), ensuite parce que De Funès, bien qu'ayant déjà trouvé son style, ne le surexploite pas encore trop. De Funès fait bien sur du De Funès mais le caractère de  son personnage, Victor Garnier, reste encore visible et présent derrière les grimaces et les attitudes de l'acteur. A l'approche du succès que l'on lui connaît Faites Sauter La Banque nous laisse davantage entrevoir l'acteur derrière le comique.

Nous ne connaissions pas ce Louis De Funès là. Bien que la rédaction de Doorama ait été élevée au rythme des diffusions télé de ses films, cette histoire de braquage familial de banque à gentiment fonctionné sur la rédaction. Si Faites Sauter La Banque ne fait pas partie des classiques de l'acteur, il mérite selon nous, et en dépit de ses faiblesses réelles, d'être découvert. Ne serait-ce que pour une leçon d’étayage de tunnel avec Jean Lefebvre ou pour Jean Pierre Marielle en directeur de banque hautain et altier. Entre deux films de sabre et deux films d'horreur, le léger souffle rafraîchissant de Faites Sauter La Banque nous a paru  infiniment facile et agréable à regarder, sympathique. A sauver de l'oubli parce qu'il le mérite !  

Procurez-vous Faites Sauter La Banque ou d'autres films de Jean Girault ou avec Louis de Funès ou Jean Pierre Marielle

Chicken Run (Peter Lord, Nick Park, 2000)


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Ginger ne rêve que de s'évader du poulailler et de quitter sa misérable vie de pondeuse. Lorsque le coq Rocky attérit un jour au beau milieu du poulailler, Ginger entrevoit alors la solution : Il faut voler ! Il faut faire vite aussi car les fermiers installent une terrible machine à faire des Tourtes au Poulet !

Les Studios Aardman à leur plus haut niveau, enfin, juste après Les Aventures de Wallace et Gromit ! Chicken Run demeure plus de 10 ans après comme au premier jour, totalement épargné du temps qui passe. La raison tient autant de l'incroyable niveau de qualité de l'animation "pâte-à-modeler", que d'une réalisation aussi inventive qu'adaptée, qu'à son scénario parodique référentiel.

Cette version fermière de La Grande Evasion (qui remplacera Steve McQueen par un avantageux coq flambeur doublé par Mel Gibson...), parvient à éviter de céder aux sirènes de sa lecture par les enfants. On est en effet surpris de voir que Chicken Run n'a d'enfantin que l'apparence de ses personnages (mais pas leur conception !) et qu'à de très très rares moments seulement il s'enferme dans une vision destinée aux enfants. Il parvient donc ainsi, avec ses trésors d'humour anglais bien senti et souvent très fin, à être au final davantage un film pour public adulte que pour les enfants (nous sommes à la rédaction persuadé que l'animation n'est pas synonyme de film pour enfants, mais l'êtes vous ? Si non : Chicken Run !). D'ailleurs il ajoutera à son modèle une lecture du génocide Nazi, qui donnera encore plus de sens et de souffle au film, en invitant la solution finale sous forme de machine à tourtes ! (audacieux, mais tellement bien amené).

Film pour adulte donc (mais pas que, bien sûr !), Chicken Run joue à fond la carte de la parodie et nous livre derrière sa matière animée image par image, une formidable galerie de personnages pleine de vie, et à la psychologie aussi travaillée que son animation ! Chicken Run est un travail de maître horloger d'une précision rare : expressions des poules, situations générales, décors, rythme, humour et même émotion parfois, sont superbement mis en oeuvre dans cette géniale histoire entre aventure et délire maitrisé.

Il nous parait difficile de trouver le moindre reproche à formuler à l'encontre de Chicken Run... Il propose un univers bien plus riche que celui de Disney (même si les objectifs ne sont pas les même, il est vrai), il prouve (mais fallait il encore le démontrer) que l'animation n'est "pas que" destinée aux enfants, et par dessus tout nous offre un film drôlissime, rempli de savoureux détails visuels comme scénaristiques. Lors de sa sortie, nous avions certes beaucoup aimé ce poulailler en folie, mais sans en tomber pleinement amoureux (quoi que Ginger, la jolie poulette...). Aujourd'hui, sa redécouverte nous à permis de voire (contempler ?) toute sa finesse, sa vie et son énergie que son rythme à 100 à l'heure ne nous avait pas laissé le temps de voire lors de notre première vision. La plus grande complexité possible sous des apparences de simplicité évidente : et si c'était ça le génie ?

Procurez-vous Chicken Run ou d'autres films de Nick Park ou avec Mel Gibson

Doorama fête ses 300 !


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Près de 300 films...
Du blockbuster régressif à la série B subversive... De Gotham City à Kobe... De l'après guerre aux guerres de demain... Du classique à l'obscur... De la mise à nue des pulsions refoulées de notre esprit à l'eviscération d'innocents adolescents... Doorama poursuit sa découverte et sa re-découverte du cinéma d'hier et d'aujourd'hui, du cinéma d'ici et d'ailleurs.

    

En essayant de garder le cap, le rythme et la qualité engagées depuis ce début d'année 2012 (avant, c'était juste pour nous chauffer !), la rédaction remercie ses lecteurs toujours plus nombreux de leur fidélité et leurs encouragements.

          

Nous espérons que notre humble avis pose maintenant quelques jalons qui balisent vos aventures cinématographiques, vous orientent et vous éclairent dans vos choix. Et par dessus tout, nous espérons, ne serait-ce qu'une seule fois, vous avoir fait découvrir une oeuvre qui vous aurait échappé sans notre modeste éclairage.

        

Merci de votre soutient et de votre fidélité !

La Rédaction.



Mad Detective (Johnnie To & Wai Ka-Fai, 2008)


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Une série de braquages est commis avec l'arme de service d'un inspecteur de police qui reste introuvable. Pour avancer dans une enquête qui piétine, l'inspecteur Ho fait appel à l'inspecteur Bun, son ancien supérieur, mentor et brillant profiler, évincé de la police pour maladie mentale.

La vague du polar Hong Kong s'est maintenant retirée depuis longtemps, emportant avec elle nombre de projets creux, puérils ou inutilement démonstratifs, mais elle nous a heureusement laissé Johnnie To, dont le filmographie éclipse avantageusement celle d'un John Woo surestimé, usé et fini depuis longtemps.

Il faut comprendre que derrière Mad Detective ne se cache pas un héros téméraire et bondissant, par "détective fou", il faudra bien envisager la folie sous son aspect médical, et c'est là tout l'intérêt du film : la poursuite d'une enquête rationnelle et "ordinaire" au travers de sa progression irrationnelle.

Mad Detective impose son originalité en déplaçant ses enjeux habituels de la résolution d'une affaire vers la méthode utilisée pour y parvenir. La réalisation soignée de Johnnie To & Wai Ka-Fai (souvent compères ces deux là...) s'appliquera à donner alors tout son intérêt à Mad Detective, par une très judicieuse mise en image de l'univers de folie du détective Bun (personnage et acteur par ailleurs vraiment excellent !). Brouillages des pistes et multiplication des hypothèses deviennent alors un véritable jeu avec le spectateur, fort bien étayées et représentées grâce à la pertinente "deuxième réalité" de l'inspecteur Bun. Mad Detective livrera même quelques jolis moments comme un repas à quatre, qui est en fait un "3 + 1 imaginaire".

Si l'enquête de Mad Détective ne restera pas forcément dans les mémoires pour son rythme ou son énigme, son déroulement en circuit fermé (des policiers enquête sur un policier disparu) participe pourtant formidablement à créer la tension du film tout en illustrant l'enfermement des personnages dans leur univers respectif (rationnel contre irrationnel). Mad Detective, trop concentré qu'il est sur sa mise en scène, réellement passionnante et réussie, voit son scénario passer au second plan devant le brillant exercice de réalisation : là est peut être la plus grande faiblesse du film.

Mad Detective n'est pas la meilleure oeuvre de Johnnie To (nous lui préférons l'hypnotique mais hétérogène P.T.U. ou le bouillonnant Breaking News), mais elle rentre dans la veine la plus originale et qualitative des productions Hong Kong. Mad Detective parvient délicieusement à réunir le thriller asiatique avec une mise en scène inventive et une réelle ambition artistique. Il peut donc, à ce titre, être une excellente occasion de s'ouvrir au cinéma de Hong-kong, en découvrant un film abouti de l'un de ce ses meilleurs réalisateurs (Johnnie To).
Une très agréable curiosité.
 

Procurez-vous Mad Detective ou d'autres films de Johnnie To

Silent Hill (Christophe Gans, 2006)


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Afin de comprendre le mal qui ronge sa fille adoptive, Rose se rend à Silent Hill, une ville abandonnée. Mais sur place sa fille disparait mystérieusement, Rose parcours alors la ville à sa recherche et découvre le terrible secret de Silent Hill.

Christophe Gans (Le Pacte des Loups, Crying Freeman) est un cinéphile né (absolument passionant lorsqu'il parle de cinéma...), et son sens de l'image est un de ses talents certains. Il donne à cette adaptation du jeu vidéo éponyme un style visuel impressionnant, inspiré et convaincant, et injecte ses puissantes et dantesques visions de l'enfer directement au coeur de nos rétines. Sur ce point là Silent Hill est à n'en pas douter une référence du genre. Son climat est une réussite.

Pour le reste, c'est une autre histoire. Littéralement imbibé de cinéma, le cinéma de Gans a du mal à trouver sa propre personnalité, comme si son scénario était parasité par ses influences. Comme pour le Pacte des Loups, son réalisateur en fait trop, semble avoir du mal à trouver son équilibre. Silent Hill, après une première moitié passionnante à découvrir, piétine un peu, puis s'enlise lorsqu'il tente de réinjecter du sens et des éléments scénaristiques à son récit. Le jeu était une longue quête, le film commence comme celà, mais greffe et mélange, malédiction, sorcellerie et une intéressante, mais maladroite, interprétation psychologique.

Inégal, Silent Hill alterne un climat et une esthétique souvent proches de la perfection, avec un piétinement et des hésitations qui l’empêchent de maintenir une peur constante. Christophe Gans en voulant développer et enrichir la trame initiale du jeux, et la mener au delà de son mince argument, devient victime de ce que nous pensons être sa boulimie cinématographique et d'excès de zèle.

Si Silent Hill ne convainc pas complètement, l'ambition est pourtant bien là et la solide réalisation de Christophe Gans parvient largement à maintenir le fragile édifice débout. Son rythme irrégulier n'empêchera pas le spectateur de suivre avec intérêt ses superbes héroïnes. Radha Mitchell, en mère sexy en diable, et Laurie Holden (vue dans la série The Walking Dead) en flic courageuse emmènent efficacement le film vers son dénouement inattendu. Il serait par ailleurs intéressant de se pencher sur l'interprétation à donner quant au fait que l'enfer de Silent Hill, d'un point de vue psychanalytique, soit essentiellement féminin. De là à relancer le débat de l'hystérie réservée au beau sexe... Mais non,  nous souhaitons garder nos lectrices !

En guise de conclusion, même si Silent Hill perd de son intensité au fur et à mesure de son déroulement, sa réalisation à de quoi faire pâlir pas mal de réalisateurs. Et même si le résultat n'est pas tout à fait à la hauteur de son potentiel, il regorge d'ambiances apocalyptiques et d'excellent moments, et se voit (ou revoit) avec plaisir (peut être même davantage la seconde fois...). Et si cette histoire entre horreur et fantastique vous agace, concentrez vous sur son hallucinant univers visuel : là, il y a de quoi faire !


Procurez-vous Silent Hill ou d'autres films de Christophe Gans ou avec Radha Mitchell

Lady Snowblood 2: Love Song of Vengeance (Toshiya Fujita, 1974)


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En 1905, Yuki Snowblood" Kashima est finalement arrêtée par la police pour ses crimes passés. Libérée par la police secrète on lui  demande d'espionner un anarchiste afin de récupérer un document compromettant pour le gouvernement en place. Snowblood épousera pourtant la cause de ce dernier, trouvant ainsi un nouveau but.

Suite assez lointaine de Lady Snowblood, on retrouve Meiko Kaji dans le rôle de l'impitoyable femme assassin, dont les talents ne sont cette fois plus l'instrument d'une vengeance personnelle, mais mis au service de la défense des intérêts des plus faibles. Snowblood n'a d'ailleurs plus de raison d’être puisque l'accomplissement de sa vengeance l'aura laissée vide, dorénavant inutile.

Cet épisode est définitivement plus engagé, plus politique, puisque opposant les intérêts d'un peuple affaiblis par l'après guerre russo-japonaise aux ambitions capitalistes de ses dirigeants.


Lady Snowblood 2, reprend donc l'énergie et la détermination de Snowblood, mais lui assigne une mission d'intérêt générale, comme pour expier de ses crimes passés (37 quand même !) et parvenir à la rédemption. Ce deuxième film est bien plus pragmatique que son prédécesseur, la poésie symbolique des geysers de sang du premier opus laissent ici place à bon nombre de plans plus serrés, à la cruauté bien plus affichée, et presque complaisante.

Bien que la réalisation soit particulièrement attentive à la clarté du déroulement de son scénario et ponctué de superbes plans (le sang dans l'eau, l'attaque de Snowblood sur la plage...), elle échoue curieusement à donner ne serait-ce qu'un semblant de rythme à Lady Snowblood 2. Là où Toshiya Fujita emplissait, saturait presque, le premier Lady Snowblood d'énergie et de fureur, il opte ici pour une mise en scène bien moins dynamique, mais d'une grande fluidité, comme pour marquer le feu éteint de son personnage. Hélas lorsque celui-ci se ravive, sa mise en scène ne marquera pas ce renouveau. Cette volonté de traiter différemment cette fausse suite est à notre avis dommageable pour le rythme général de l'ensemble (on aimais le feu du premier !), mais elle permet cependant à son réalisateur de dégager une plus grande noirceur. Ce Lady Snowblood 2 commence avec une héroïne éteinte, presque morte, se poursuit dans un ghetto opprimé, et et se terminera au crépuscule de l'ère Meiji. Sombre on vous dit !
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La rédaction préfère le premier opus, mais sous ses aspects de suite un peu tranquille qui réexploite les atouts auparavant créés, se cache en fait un univers entièrement nouveau. Il n'est presque plus question de vengeance, mais de justice ici. Il n'est plus question d'individu, mais de groupe. Ce n'est plus un opéra empreint de lyrisme et de poésie, mais une pièce de théâtre, plus pragmatique, plus réaliste. Ce lady Snowblood 2, même s'il souffre d'un rythme "affligé" (comme son personnage ?),révèle au final un film de genre isolé, teinté d'un intéressant coté engagé, voire subversif. Et subversif, il le sera, en cassant certains codes du genre puisque son héroïne,face à la marche forcée de la modernité capitaliste,délaissera même son sabre pour une arme à feux...

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